Bilan

L’alimentation saine vaut 1000 milliards

Investir dans la consommation verte - à travers des valeurs comme PureCircle, Unilever, Mondelez, Symrise - offre un potentiel attrayant. La croissance du secteur sera favorisée par Amazon.

  • PureCircle est le leader mondial des édulcorants à base de stevia pour le secteur de l’alimentation et des boissons.

    Crédits: Dr

Manger sainement des aliments sans produits chimiques (pesticides, additifs) ni OGM est une dimension de plus en plus importante pour les consommateurs des pays développés. Dès lors, les investisseurs feraient bien de s’intéresser aux titres exposés à la croissance future de ce marché, en particulier au secteur agroalimentaire et aux ingrédients et modes de production qui sont appelés à se développer. 

Selon une enquête de l’Institut Nielsen d’août 2016, intitulée «What’s in our food and on our mind?», 58% des consommateurs dans le monde veulent davantage de produits naturels. Et, d’après une étude d’Euromonitor/Financial Times de juin dernier, 30% des consommateurs «lisent attentivement la composition nutritionnelle des produits alimentaires et des boissons». 

Le CEO de Danone, Emmanuel Faber, ne s’y est pas trompé. Lors de la conférence annuelle du secteur (CAGNY) en février, il observait que les millennials, en particulier, veulent «percer le voile de l’industrie et regarder ce qu’il y a derrière les marques», ajoutant que ces jeunes consommateurs veulent des «marques engagées, avec des produits authentiques, plus de naturel, de simplicité, de local, à une échelle aussi petite que possible». Les millennials scrutent donc de très près les ingrédients et sont prêts à dépenser plus pour des labels certifiant que le contenu est sain et durable, cela d’autant qu’ils sont en recherche de nourriture biologique aussi pour leurs enfants en bas âge.

D’après Nordea Asset Management, au cours des dix dernières années, le secteur de l’alimentation saine a presque doublé en taille. «Du fait de l’accélération de sa croissance, ce marché devrait franchir le cap des 1000 milliards de dollars au cours des prochaines années», estime Hilde Jenssen, responsable produits pour l’équipe Fundamental Equities de la banque. Elle recommande d’investir dans l’agriculture biologique, un placement à long terme au potentiel encore trop peu développé. «Malgré la taille colossale du marché de l’alimentation saine, le pourcentage des exploitations agricoles biologiques décolle à peine et représente moins de 10% du total des terres cultivées en Europe et tout juste 1% aux Etats-Unis», constate Hilde Jenssen.

L’agriculture biologique ne consiste pas seulement à abandonner les produits chimiques, ajoute l’analyste de Nordea. Les exploitants doivent apprendre à gérer les nutriments du sol sans engrais chimiques et à lutter contre les mauvaises herbes et les insectes sans avoir recours aux herbicides ni aux insecticides. «Ce sont des comportements difficiles à mettre en place. L’agriculture biologique nécessite différents équipements et autres investissements de départ et demande plus de travail, essentiellement pour lutter contre les mauvaises herbes. Les réglementations imposent aussi une rotation des cultures, ce qui limite le nombre de récoltes au cours d’une année donnée. En général, ces systèmes n’atteignent donc des rendements conventionnels qu’au bout d’une période de transition de cinq ans.» 

Mais, une fois l’investissement réalisé, les techniques s’avèrent supérieures à celles de l’agriculture conventionnelle, «car on estime qu’elles utilisent 45% d’énergie en moins, réduisent de 40% les émissions de carbone et enrichissent le sol, au lieu de l’appauvrir», indique Hilde Jenssen. L’amélioration de la santé des sols dans les systèmes biologiques augmente de 15-20% la percolation de l’eau et favorise la reconstitution des nappes phréatiques, ce qui accroît la performance, d’après les comparaisons de données effectuées lors de tests par le Rodale Institute (rodaleinstitute.org).

Des sociétés à suivre...

Nordea Asset Management cite de grandes marques qui s’engagent afin d’optimiser la production et soutenir les agriculteurs sur le plan commercial. PureCircle, leader mondial des édulcorants à base de stevia, est basé à Chicago et coté à la bourse de Londres. Il produit la stevia, édulcorant naturel 40 fois plus sucré que le sucre ordinaire, dont la culture demande moins d’espace et qui peut être récoltée jusqu’à quatre fois par an, fournissant un revenu plus stable aux agriculteurs.

Autre entreprise citée par Nordea: Unilever, la multinationale basée à Londres et à Rotterdam, cotée sur le marché Euronext d’Amsterdam, qui aide en Inde 8000 agriculteurs à optimiser la culture de tomates sur plus de 45 km2 de terres. Enfin, Mondelez, le géant américain de l’agroalimentaire, orienté sur les produits chocolatés, «s’est associé aux gouvernements et aux coopératives agricoles au Ghana et en Côte d’Ivoire, afin d’atteindre des taux de déforestation nuls dans les deux pays, selon Nordea. Il s’agit d’un objectif majeur, dans la mesure où ces pays représentent 60% de la production mondiale de cacao.»

Parmi les leaders mondiaux des ingrédients et arômes alimentaires sains, Nordea cite le groupe irlandais Kerry Group, coté à Londres, qui fournit aux entreprises agroalimentaires des ingrédients naturels, à l’instar de son produit à base de céleri de culture, qui confère à la viande une texture naturelle tout en préservant la fraîcheur du goût sur toute la durée de conservation. International Flavors and Fragrances (IFF), groupe basé à New York, profitera aussi de la croissance de ce marché. Enfin, toujours dans les saveurs et arômes, l’allemande Symrise, cotée à Francfort, fournit des ingrédients au secteur, avec l’objectif d’atteindre 100% de sources durables d’ici 2020.

Signe des temps, Amazon a racheté en 2017 la chaîne de supermarchés bio Whole Foods et dispose, avec 300 millions d’utilisateurs actifs, d’une vitrine de choix pour booster les produits de l’écoconsommation, ce qui aidera le marché à prendre son essor. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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