Bilan

La Suisse verra-t-elle naître l'univers investissable du bitcoin?

Alors que plusieurs banques du pays ont déjà proposé des produits en bitcoin, la Suisse peut-elle se positionner comme le marché de référence pour l'investissement dans la crypto-monnaie? De nombreuses questions autour de cet actif restent posées.

Investir dans le bitcoin: des banques suisses ont été pionnières, mais le pays est-il le meilleur marché pour ce type de placements?

Crédits: Getty

Swissquote, Vontobel, Falcon et SwissBorg se sont lancés dans les cryptomonnaies. Un secteur d'opportunités, mais où tout reste à définir. Genève peut-elle être une «place d’importance» pour les crypto-monnaies et la blockchain, un centre financier 2.0? C’était le vœu formulé jeudi 12 octobre par Yves Bennaïm, consultant en marketing en ligne, qui représente la Suisse dans les discussions internationales sur un cadre de référence commun (ISO) pour les technologies blockchain.

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Lors de ce petit-déjeuner d’enthousiastes du bitcoin qui s'est déroulé jeudi à Genève, il s’agissait de «mettre de côté les peurs, les préjugés, les histoires sulfureuses» en rapport avec les crypto-currencies, et de se souvenir que par le passé, les ordinateurs, smartphones et autres percées technologiques majeures avaient suscité les mêmes méfiances», a souligné Yves Bennaïm, qui organisait l’événement. 

A l’heure actuelle, le "bitcoin-bashing" de grandes banques comme JP Morgan atteste de leur crainte de perdre le juteux marché de l’intermédiation (investment banking) dans les émissions de ces nouveaux «actifs» boursiers que sont les crypto-monnaies.

Vontobel et Swissquote pionnières dans le bitcoin

Pionnière, la Suisse l’est avec des banques comme Vontobel et Swissquote, qui ont toutes deux émis en juillet un produit de placement sur le bitcoin. La banque privée zurichoise Falcon a également lancé un service d’investissement en bitcoin pour ses clients. Et SwissBorg, fondée par le Genevois Cyrus Fazel et le Français Anthony Lesoismier, est la première société financière (et aspirante à devenir banque) qui vient de se lancer, en étant 100% basée sur Ethereum (protocole d'échanges décentralisés, concurrent du bitcoin).

Du côté de Swissquote, il s’agit d’une «solution facile pour effectuer des transactions sur le bitcoin», explique Lino Finini, membre de la direction de la banque pionnière du trading en ligne, basée à Gland. Le client peut investir dans des bitcoins dès 5 euros ou dollars, via son compte de trading existant, comme il le ferait pour n’importe quelle autre devise. Pour ce faire, Swissquote n’entre pas directement dans la blockchain mais passe par le dépositaire, la société luxembourgeoise Bitstamp, qui exécute et confirme pour elle les transactions. «Swissquote garantit le risque du client, précise Lino Finini, et s’engage à remplacer en tout temps le montant investi en bitcoins».

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De son côté, Vontobel dispose également d’un tracker sur le bitcoin. Les deux instruments sont des sortes de produits structurés ou dérivés, permettant de parier sur le cours de la monnaie virtuelle. Swissquote envisage aussi de lancer des services de crypto-wallet, qui permettent d’utiliser le compte comme un porte-monnaie pour des transferts dans et hors du bitcoin ou effectuer des achats en bitcoin.

Reste que le cadre réglementaire est toujours flou en Suisse. Les cryptomonnaies sont considérées en droit comme un actif qui peut servir d'instrument de paiement alternatif à la monnaie officielle. A ce titre, ils ne font pas l'objet d'une réglementation spécifique en Suisse, souligne Ronald Kogens, avocat spécialisé en technologie Blockchain, à l'étude Froriep Legal.

Les monnaies virtuelles, explique le juriste, peuvent être qualifiées comme des actifs aux propriétés de moyen d'échange (monnaie), ou comme des "tokens", sortes de valeurs mobilières qui confèrent différents types de droits: droit d'échanger des biens et services, titre obligataire (dette), ou droit de participation au succès d'une entreprise (rendement basé sur le chiffre d'affaires de la société). Si le token incorpore des droits-valeurs, il est assimilé, lors d'une émission sur le marché (ICO ou Initial Coin Offering), à une valeur mobilière, par exemple à un instrument dérivé.

Blanchiment, inflation, produits dérivés,...

La loi sur le blanchiment d'argent pourrait s'appliquer, dans la mesure où elle couvre les émissions ou la gestion d'instruments non cash pouvant servir comme moyens de paiement. En outre, si le token est utilisé dans un but de placement collectif, la loi sur les placements collectifs s'applique. Lorsque le token incorpore une obligation de remboursement, il peut selon les cas être régi par la réglementation bancaire.

Au-delà, reste à savoir si le bitcoin est un actif investissable aux propriétés permettant l'épargne: est-il un refuge contre l'inflation, ou est-ce que la multiplication des différentes cryptomonnaies (plus d'un millier de différents "coins" existent actuellement dans le monde) est susceptible de diluer la valeur de chacune par l'abondance de l'offre globale? La création de produits synthétiques (dérivés) sur le bitcoin, qui pourrait être facilitée et probablement accélérée par la technologie, aura-t-elle un potentiel d'amplifier les risques de tels investissements à l'avenir? Autant de questions auxquelles il faudra répondre, passée l'euphorie spéculative de la première génération d'initiés sur le bitcoin, un marché qui représente, pour l'heure, moins d'une centaine de milliards de dollars (pour le bitcoin en particulier) et près de 200 milliards si l'on compte l'ensemble de l'univers des cryptomonnaies.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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