Bilan

La Suisse, prédateur devenu proie des OPA

Si l’accélération des fusions-acquisitions offre des opportunités renforcées par le franc aux entreprises suisses, elles deviennent aussi la cible de rachats à coup de milliards.
  • En février dernier, le groupe chinois Zhejiang Haers Vacuum Containers rachète les gourdes SIGG pour 16,1 millions de francs.

  • ChemChina a sécurisé un emprunt de 12,7 milliards de dollars pour achever son OPA de 43 milliards sur Syngenta. 

  • L’horloger Frédérique Constant et ses marques Alpina et DeMonaco est passé sous le contrôle du japonais Citizen au printemps dernier. 

  • Après Corum et Eterna, le groupe chinois CityChamp Datong s’est offert le Mirador.

  • Le conglomérat chinois HNA a lancé une OPA de 1,4 milliards de francs pour reprendre Gategroup la filiale de catering créée par Swissair. 

  • La firme de private equity française Eurazeo a racheté les écoles hôtelières Glion (photo) et Les Roches pour 380 millions de francs.

Charles, Vögele, Syngenta, Mercuria, Propaganda, Gategroup, le Mirador, SIGG, Metalor, Housetrip, Frédérique Constant, Glion, Les Roches… Depuis le début de l’année, la multiplication des rachats de fleurons helvétiques, en particulier par des groupes chinois mais pas seulement, donne l’impression que le pays vend ses bijoux de famille. En réalité, le bilan est plus nuancé. Car les entreprises suisses sont aussi un discret leader en matière d’acquisitions depuis 2010 et le renforcement du franc.

La Suisse numéro un des fusions acquisitions

D’abord, le contexte international est redevenu plus favorable à ces grandes opérations de consolidation. Depuis 2010, le volume global des opérations de fusions-acquisitions a doublé de 2,723 milliards de dollars à 4 678 milliards l’an dernier. Il atteint 2,411 milliards depuis le début de l’année 2016. Les secteurs de la technologie de la santé et de l’immobilier concentrent près du tiers de ces transactions.

Jusqu’à l’an dernier les entreprises suisses étaient toutefois restées une cible secondaire pour ces opérations financières. Au nombre d’entreprises acquises par des groupes étrangers, la Suisse évoluait entre le 30ème et le 15ème rang mondial depuis 2010 selon les statistiques de Dealogic, loin derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni terrain de chasse privilégié des appétits internationaux.

En fait, lorsque l’on observe l’origine des entreprises acquéreuses, la Suisse s’est régulièrement classée au premier rang des statistiques de Dealogic de 2010 à 2014. Pas moins de 927 entreprises sont ainsi passées sous pavillon helvétique au cours de ces cinq années quand les groupes américains menaient eux 117 opérations.

Certes, les opérations menées par les groupes et les fonds de private equity américains sont généralement plus grosses alors que les entreprises suisses se sont faites une spécialité d’acquisitions très ciblées. SGS a par exemple participé à pas moins de 13 opérations d’acquisitions depuis janvier dernier

Le tournant de 2015

La situation a brutalement changé en 2015 avec l’entrée en lice des entreprises chinoises sur le marché global des fusions-acquisitions. En 2015 et avec seulement 10 opérations, la Chine a pris le premier rang des pays acquéreurs - devant la Suisse 4ème avec 1,2 milliards - investissant 4,1 milliards de dollars.

Le rythme a encore accéléré depuis début 2016 avec 48,8 milliards investis dans des rachats par des groupes chinois en 12 opérations quand les entreprises helvétiques en ont dépensé 7 milliards dans une centaine d’opérations.

Surtout, les entreprises suisses, qui dissuadaient les acquéreurs étrangers pour cause de franc fort, se sont mises à les attirer depuis début 2015. 269 entreprises helvétiques ont ainsi été acquises ou fusionnées l’an dernier pour un montant de 12 milliards de dollars.

Mais c’est surtout la taille des cibles suisses qui a changé. Depuis le début de cette année, ce sont ainsi pas moins de 68 milliards de dollars qui ont été investis dans le rachat de 170 entreprises suisses. Du coup, si elle reste au second rang des pays acquéreurs la Suisse a bondi à la septième place des économies cibles pour des rachats d’entreprise.

En juillet dernier, une étude de la société de conseil Deloitte observait aussi une augmentation de 20% au premier semestre des acquisitions de PME suisses par des investisseurs étrangers.  «Après une baisse d’activité en 2014-2015 pour cause de franc fort on observe une nette reprise sur 2015-2016 explique Pierrik Roy, directeur au sein du Financial Advisory chez Deloitte. «A côté de la faiblesse structurelle des taux d’intérêts qui favorise les acquéreurs, c’est la qualité des entreprises suisses aussi bien en termes de technologies, de know how que de présence commerciale globale qui attire ces investisseurs.»  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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