Bilan

La stratégie raisonnable du nouveau CEO de Credit Suisse

Une hausse de capital de 6 milliards de francs et un rendement amélioré, voici les objectifs de Tidjane Thiam qui livrait mercredi matin les grandes lignes de sa stratégie. Les investisseurs sont déçus par l'absence de mesures drastiques, malgré la suppression de 1600 postes en Suisse.

Le CEO de Credit Suisse présente un plan d'économies globales de 3,5 milliards d'ici à fin 2018.

Crédits: Keystone

Les marchés voulaient que ça saigne. Or, ils ont été déçu par le rendez-vous de ce mercredi matin à 7h30 à Zurich. Ce matin, l'action Credit Suisse perdait 3,3%. En effet, le nouveau CEO de Credit Suisse Tidjane Thiam (53 ans) n'a pas annoncé de mesures drastiques pour améliorer la rentabilité des fonds propres. La principale nouvelle consiste en une augmentation de capital de plus de 6 milliards de francs. Celle-ci sera financée par un investisseur privé à hauteur de 1,35 milliard et l'émission d'actions pour 4,7 milliards de francs.

Olympien, le Franco-Ivoirien installé à son poste depuis juillet dernier a répliqué à un journaliste: " Comment, nous n'avons pas de "big plan"? Nous allons augmenter le capital et en retirer un meilleur rendement. Voilà des objectifs ambitieux. Je ne vois pas ce que vous voudriez de plus."

Venu du monde de l'assurance, l'ex-CEO de Prudential à Londres tient un discours rafraîchissant dans l'univers sybillin de la banque. "Je ne vous donnerai pas d'objectifs chiffrés pour les résultats car si je le faisais, je serais stupide. Tous les objectifs chiffrés sont systématiquement manqués. Je peux vous indiquer les objectifs de réduction de coût, un facteur que je contrôle. Mais le résultat d'exploitation dépend de facteurs que je ne maîtrise pas."

Contrairement au souhait du marché, Credit Suisse ne compte pas se séparer de sa banque d'investissement, dont la taille sera néanmoins revue à la baisse. "Nous voulons renforcer notre position de leader dans la banque privée et la gestion de fortune. Si nous nous contentons de mettre un beau costume pour aller diner avec nos clients, nous allons les perdre. Il nous faut conserver à l'interne l'expertise de la banque d'investissement pour faire un bon travail."

Chez Credit Suisse, le secteur de la banque d'investissement est sous pression en raison d'exigences toujours plus élevées en matière de fonds propres et de taux d'intérêt à un plancher historique. Monopolisant la moitié des actifs, la banque d'investissement a présenté sur le premier semestre 2015 un rendement du capital de 12%, tandis que la gestion de fortune et la banque privée rapportaient 22%.

D'énormes attentes pèsent sur les épaules de Tidjane Thiam qui a pris la tête du deuxième établissement de Suisse derrière UBS avec la mission de redynamiser un établissement assoupi. La banque a perdu du terrain sur ses concurrents ces dernières années, tandis que le titre se faisait distancer en bourse. Le précédent CEO, l'Américain Brady Dougan, a suscité les critiques pour ne pas avoir réagi à la baisse des marchés financiers qui a suivi la crise de 2008, tandis que la rivale UBS resserrait sa banque d'investissement. Depuis 2013, l'action UBS a progressé de 36% contre 13% pour Credit Suisse sur la même période.

1600 suppressions de postes en Suisse

S'ils manquaient de radicalité, les remaniements exposés par Tidjane Thiam en présence du président du conseil d'administration Urs Rohner n'en sont pas moins conséquents. Les activités de banque privée et gestion de fortune aux Etats-Unis sont vendues à Wells Fargo pour un montant non précisé. Des économies de l'ordre de 3,5 milliards de francs doivent être réalisées sur une durée de trois ans, impliquant la suppression de 1600 emplois en Suisse et 5000 dans le monde. La banque universelle en Suisse fera encord l'objet d'une entrée en Bourse partielle prévue à fin 2017.

Concernant les résultats du troisième trimestre 2015, la rentabilité s'est sensiblement dégradée en raison de conditions de marché décrites comme "difficiles". La banque déçoit clairement les attentes des analystes par un produit d'exploitation qui s'est replié de 8% sur un an, à 5,98 milliards de francs CHF. Le bénéfice net attribuable aux actionnaires a fondu de 24% à 779 mio CHF.

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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