Bilan

La startup suisse qui surfe sur les cours du grain

En lançant leur startup voici deux ans, les cofondateurs d'AgFlow voulaient proposer une information rapide, organisée et transparente pour les cours des matières premières agricoles. A la veille d'un nouveau round de financement, l'histoire prend des airs de success story.
  • Les cours des matières premières font l'objet d'un suivi détaillé, comme ici l'évolution des cours du maïs en Amérique du Sud.

    Crédits: Image: AgFlow
  • Grâce aux courtiers, l'information est disponible en direct et sans filtre.

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  • Siavosh Arasteh a constaté l'omnipotence des majors dans l'information sur les cours des matières premières agricoles et a voulu proposer une alternative avec sa startup AgFlow.

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Quel est le cours du blé au port de Hambourg aujourd'hui? Le cadence mensuelle des importations chinoises de soja brésilien est-elle supérieure aux attentes? Le maïs ukrainien est-il plus cher comparé aux années précédentes? Sur les marchés des matières premières agricoles, seuls les géants du négoce international ont les moyens d’organiser les informations des marchés physiques pour cerner au mieux les tendances et les prix en direct. Pour tous les autres acteurs, soit 40% des volumes échangés, il fallait jusqu'à récemment s'appuyer sur des outils lacunaires ou datés. C'est en partant de ce constat que plusieurs spécialistes du secteur, après un parcours au sein d'institutions spécialisées, ont décidé de lancer AgFlow.

Leur idée de base est simple: s’appuyer sur un réseau composé de courtiers internationaux et d’experts pour connaître en direct les prix des cargaisons et informer de manière transparente les acteurs du marché à travers le monde. «Nous nous étions rendu compte que l'information était très fragmentée et difficile à standardiser, ce qui induisait un gros travail de recoupage des données, donc beaucoup d'inefficience», constate Siavosh Arasteh, cofondateur et CEO d'AgFlow, une startup basée à Genève. «Il ne s'agit pas d'un site de trading en ligne, mais bien d'un cadre d'information globale», insiste-t-il.

Une version bêta dès fin 2013

Pour arriver à développer ce qui s'apparente à l'une des plus grandes bases de données sur les prix des matières premières agricoles, les startupers doivent travailler sur deux tableaux: la constitution d'un réseau de contributeurs de première main fiables et efficaces d'un côté, et le développement d'une plateforme web ergonomique, réactive et personnalisable de l'autre côté. Pour le premier volet, c'est essentiellement vers les courtiers qu'AgFlow s'est tournée: directement en prise avec les marchés et localisés là où se font les affaires, ils sont aussi intéressés à se faire connaître et à se montrer plus transparents. Pour le volet de la plateforme, une année de travail a été requise avant le lancement. Mais l'outil mis en ligne en version bêta fin 2013 répond aux attentes. Désormais, c'est une version opérationnelle qui est disponible avec des milliers de prix publiés chaque semaine sur désormais près d'une centaine de produits agricole et près de 150 marchés internationaux, scrutés par une soixantaine de courtiers.

Evolution des prix du maïs à l'export en Amérique du Sud

Pour l'utilisateur, la marche à suivre est simple: il lui suffit de renseigner sa recherche le plus précisément possible, en sélectionnant par exemple le blé de la Mer Noire et il voit rapidement s'afficher les cours de cette céréale sur les différents débouchés possibles, au points d’origines comme aux destinations. Au fur et à mesure que la journée avance, les prix sont réactualisés avec les clôtures des marchés ou les événements ayant un impact sur les cours.

Agflow - Introduction Video from AgFlow Videos on Vimeo.

Le système a séduit de nombreux acteurs du secteur. Lancé sous forme de souscription à partir de fin 2014, l'offre a conquis plus de 100 clients implantés dans plus de 35 pays. Un succès qui n'était pas garanti l’an dernier: «Nous amenons de la transparence et de la fluidité dans un domaine assez opaque jusque-là, nous étions donc des perturbateurs et certains ont dû nous regarder avec méfiance ou du moins une certaine réticence. Nous avons depuis réussi à faire la preuve de notre efficacité », se réjouit Siavosh Arasteh.

Pour atteindre cette efficacité, AgFlow s'appuie sur ses deux «jambes» initiales, le département Market qui ausculte les cours des matières premières, les marchés et leurs courtiers, et le département Produit qui développe l'outil. Mais la startup a aussi créé un troisième département, dévolu à l'intégration des données, pour réaliser la passerelle entre les deux autres et atteindre un résultat optimal. Une organisation qui a permis de voir les données s'envoler: 5'000 quotations hebdomadaires étaient processés en juin 2015, la barre des 10'000 a été franchie fin septembre. Le tout avec neuf personnes seulement au sein de la startup. Mais la croissance est là et les effectifs devraient croître prochainement: «Le prochain recrutement est acté; il portera sur un responsable des ventes», annonce Siavosh Arasteh.

De nombreux projets de développement

Mais c'est aussi du côté des capitaux que la croissance s'effectue. Une levée de fonds initiale avait permis de réunir 400'000 francs, avant qu'un second round n'aboutisse à un résultat de 800'000 francs. A l'automne 2015, une nouvelle levée de fonds se lance: «Notre objectif est de réunir cette fois-ci 1 million de francs», annonce le directeur général d'AgFlow.

Avec ces fonds, de nouveaux projets pourront voir le jour. Et ils ne manquent pas au sein de la startup. En plus d'un développement du volume de données, en densifiant encore son réseau international et pénétrant de nouveau marchés, AgFlow veut aller plus loin: incorporer à son produit la dimension du transport maritime et des mouvements portuaires...

L'ensemble de ces évolutions devrait permettre à AgFlow d'atteindre une taille critique qui la placera comme un interlocuteur privilégié des majors du secteur. Celles-ci ont pu contempler avec une certaine attention la naissance et la genèse de cette startup, mais elles pourraient prochainement commencer également à s’appuyer sur ses services. Et en ce sens, Siavosh Arasteh et ses cofondateurs savourent la position centrale de la Suisse dans cette branche: en plus des grands groupes de négoce, notre pays concentre également les partenaires de ce type d'activités (banques, assurances, spécialistes du shipping,...).

De là à attiser les convoitises? Siavosh Arasteh le reconnaît: «Il y a eu des contacts avec des entités sans doute intéressées à l’avenir par un rachat. Mais il est bien trop tôt encore pour envisager cette issue. «Nous avons l’opportunité de bâtir une entreprise transformatrice dans un secteur fascinant. De nombreuses opportunités de partenariats et d’intégrations de marchés se présente devant nous et nous nous concentrons sur leur execution».

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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