Bilan

La ruée vers l’or noir devrait se poursuivre

L’émergence rapide de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis a créé un choc de l’offre qui a bouleversé le marché mondial. Les prix, en hausse depuis les plus bas de début 2016, se tasseront-ils en 2018?

Ces dernières années, le marché du pétrole a vu son équilibre bouleverser par l’émergence d’un nouvel acteur aux Etats-Unis: le pétrole de schiste. Sa production a bondi de 400% en l’espace de sept ans alors que la production traditionnelle de pétrole est stable autour de 5 millions de barils par jour (mb/j) depuis dix ans (voir ci-contre, le graphique du haut). L’Energy Information Administration (EIA) estime que les Etats-Unis produiront en moyenne 10,3 mb/j cette année et 10,9 mb/j l’an prochain, les plaçant ainsi en deuxième place du classement mondial, juste devant l’Arabie saoudite (9,9 mb/j en 2017) et derrière la Russie (10,6 mb/j).

Il y a dix ans, les Etats-Unis importaient l’essentiel de leurs besoins de pétrole (13,4 mb/j en 2006) alors qu’en octobre dernier les importations nettes n’étaient que de 2,5 mb/j. La production de pétrole de schiste explique en large partie cette évolution, mais il convient de rappeler la décision historique du président Obama en décembre 2015 de lever l’interdiction d’exporter le pétrole américain.

Cette transformation de l’industrie d’extraction de pétrole a été rendue possible par, d’une part, l’approche libérale des autorités pour l’octroi de licences d’exploration et, d’autre part, par les progrès remarquables des producteurs en matière de baisse des coûts et de gains de productivité. Selon l’agence Rystad Energy, le prix de revient des plateformes en production est passé de plus de 70 dollars par baril en 2013 à moins de 40 dollars en 2017. Le prix de marché du brut américain ayant dépassé 60 dollars depuis début 2018, en hausse de plus de 50% depuis juin dernier, on comprend mieux l’importance des investissements dans le secteur.

La hausse du prix du pétrole, depuis ses plus bas de début 2016, s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’expansion synchrone des principales économies internationales est synonyme d’une demande de carburant en hausse. La Banque mondiale a d’ailleurs récemment relevé ses prévisions de croissance pour 2018. Ensuite, les baisses de production décidées par l’OPEP et d’autres producteurs importants comme la Russie ont été assez largement suivies. Fin novembre, les différents signataires ont ainsi reconduit leur accord de réduire la production d’un total de 1,8 mb/j pour neuf mois supplémentaires.

De plus, les exemptions accordées au Nigeria et à la Libye ont été abrogées. Par ailleurs, certains producteurs majeurs ont enregistré des baisses de production conséquentes. Par exemple, la crise économique que traverse le Venezuela a lourdement impacté son industrie pétrolière: la production est passée fin 2017 à 1,6 mb/j, son niveau le plus bas depuis les années 1980.

Excès d’offres

Toutefois, ces éléments n’ont pas permis de corriger l’excédent de production par rapport à la demande de pétrole (voir le graphique du bas). Ainsi, les stocks mondiaux de brut de 2,91 milliards de barils restent très nettement au-dessus de leur moyenne historique: selon l’EIA, ils représentent environ 62 jours de demande de pétrole, contre 57 jours il y a cinq ans.

L’explication principale de cet excès d’offre par rapport à la demande est fournie par le dynamisme de la production américaine. Depuis les premières négociations entre l’OPEP et la Russie à Alger en septembre 2016, la production américaine a progressé de 1,5 mb/j, gommant une part significative de la réduction de production qui a été décidée.

En conclusion, l’émergence rapide de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis a créé un choc de l’offre qui a bouleversé le marché mondial. La hausse de cette production devrait toutefois se poursuivre en 2018, ce qui devrait finir par faire tasser le prix du brut, dont le niveau devrait tendre vers 62 dollars
le baril d’ici au début 2019. 

* Chef stratège de Société Générale Private Banking (Suisse)

Alan Mudie*

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."