Bilan

La retraite à 62 ans, ça coûte cher?

C’est le rêve de beaucoup: quitter le monde du travail avant l’âge légal de la retraite. Mais il ne peut se réaliser sans une stratégie financière adaptée et bien préparée. Conseils.

Prendre une retraite anticipée implique de renoncer à son salaire; il est important de savoir ce que l’on accepte de sacrifier afin de réaliser ce rêve. Pour illustrer ce thème, prenons le cas de Vincent, 50 ans, disposant d’un salaire fixe de 100 000 fr. et d’un bonus de 20 000 fr. Sa fortune s’élève à 50 000 fr., à laquelle s’ajoute son 3e pilier A de 68 000 fr. 

1. Choisir le train de vie souhaité  

Premièrement, il faut établir un budget actuel et un autre, projeté pour les 62 ans (l’âge prévu dans notre exemple), en se posant les questions suivantes: quel est le train de vie souhaité? Quels engagements financiers ou projets faut-il prendre en considération? Un budget va l’aider à déterminer sa capacité d’épargne.  

2. Comptabiliser les futurs revenus

Deuxièmement, il faut passer en revue les sources de revenu possibles à la retraite: l’AVS, la caisse de pension, la prévoyance individuelle (3e pilier A ou B), la fortune accumulée et un éventuel héritage. 

Commençons par l’AVS. On peut toucher la rente au maximum deux ans à l’avance, mais en acceptant des prestations réduites de manière définitive. Supposons que Vincent ait droit à la rente maximale, qui est aujourd’hui de 2350 fr. à 65 ans. En anticipant sa retraite d’une année, il recevra une rente amputée de 6,8%, soit 2190 fr. et ce jusqu’à la fin de ses jours (dans l’hypothèse d’absence d’indexation). En recevant sa rente dès 63 ans, ce montant, diminué de 13,6%, tombera à 2030 fr.

Sans oublier que l’obtention anticipée de la rente ne dispense pas de la poursuite du versement des cotisations AVS jusqu’à 65 ans. Faut-il anticiper l’AVS? Mathématiquement parlant, cela ne vaut la peine que si l’espérance de vie est faible. Pour éviter l’anticipation de la rente, la caisse de pension propose parfois une «rente pont». Elle peut être financée par le retraité lui-même, les rentes versées sont déduites de son avoir de vieillesse LPP, ou par l’entreprise.

A l’instar de l’AVS, l’anticipation de la retraite va réduire les prestations de la caisse de pension également. En effet, le taux de conversion du capital en rente sera réduit. Si à 65 ans il est de 6,8%, à 62 ans il pourrait n’être que de 6%. La réduction de la rente s’explique par la diminution du capital accumulé par rapport à celui qui serait atteint en cotisant jusqu’à l’âge de retraite réglementaire (les cotisations épargne étant plus élevées durant les dix dernières années et elles ne bénéficient pas des intérêts composés versés) et par l’allongement de la période de versement des rentes.

Concernant la prévoyance individuelle, il est possible de retirer son pilier 3a dès cinq ans avant l’âge légal de la retraite. Vincent devra alors payer un impôt de sortie (soit 7700 fr. pour 163 000 fr. d’épargne) et il ne pourra plus bénéficier de l’économie fiscale de sa cotisation (pour 6768 fr. par an, il économisait 2030 fr. d’impôt). La fortune accumulée à ce jour par Vincent est placée pour moitié en actions et il n’a pas d’attente d’héritage.  

3. Déterminer une stratégie

La troisième étape consiste à comparer le besoin en revenu déterminé selon le budget et le revenu généré par les différentes sources ci-dessous mentionnées. Deux cas de figure se présentent alors: il y a «trop de rente», dans ce cas, la prise de capital de la caisse de pension serait une option. Sinon, il faudrait déterminer la lacune en capital ainsi que la capacité d’épargne afin de combler le déficit. 

Dans notre exemple, Vincent souhaite prendre la retraite LPP à 62 ans, il n’a pas de «pont AVS» et il espère vivre au moins jusqu’à ses 84 ans (selon les statistiques, c’est son espérance de vie). Il souhaite toucher son AVS à 65 ans seulement. Il a donc décidé de conserver son placement actuel de 50 000 fr. en espérant avoir un rendement moyen de 3%, ce qui donnera 71 000 fr. à 62 ans. Il continuera à investir 6768 fr. dans son 3e pilier A et il espère obtenir un capital net de 155 300 fr.

Pour combler la lacune en capital (voir graphique ci-contre), Vincent peut investir davantage dans des fonds ou racheter sa caisse de pension, si cela est possible. Dans la pratique, on observe que celui qui ne dispose pas d’une fortune personnelle ou n’a pas constitué de 3e pilier aura sans doute de la peine à prendre une retraite anticipée, c’est pourquoi un tel projet doit se préparer très tôt pour compléter le manque à gagner.  

* Directeur, conseil patrimonial et prévoyance, BCGE

Albert Gallegos

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Un bon conseil? Payez-vous d’abord!
Six principes pour bien préparer l’avenir

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."