Bilan

La remontée de l’euro fait respirer la BNS

Avec l’essor de la monnaie européenne, l’institut suisse, bénéficiaire à fin 2012, acquiert une marge de manœuvre considérable. La question se pose de savoir si cette situation va durer.
Crédits: Hubert/Starke/Corbis

La devise helvétique, ancrée depuis le 6 septembre 2011 à 1,20 franc contre 1 euro, est tombée à presque 1,25 mi-janvier. En effet, l’euro a pris son essor suite au signal, donné par Mario Draghi le 10 janvier, que l’économie de la zone euro était en voie de redressement.

La tension a donc baissé d’un cran pour la Banque nationale suisse (BNS), qui détient 200 milliards d’euros dans ses réserves, ces derniers lui valant des critiques au plan suisse et international. Déjouant tous les pronostics pessimistes quant à sa politique d’achats massifs d’euros, la Banque centrale helvétique a clôturé 2012 sur un bénéfice élevé de 6 milliards, dont 4,7 milliards de gains sur ses réserves de devises.

La question, désormais, est de savoir si la force de l’euro face au franc est durable. Pour l’heure, les vertus de valeur refuge du «Swissie» se sont nettement atténuées. «On observe un retour de l’appétit des investisseurs pour le risque, qui les mène à investir en actions leurs liquidités jusque-là parquées en francs suisses, estime Jan Poser, chef économiste de la Banque Sarasin. Cela était prévisible, avec le rebond économique qui se matérialise aux Etats-Unis, et le début d’amélioration en zone euro.» Son équipe pronostiquait le franc à 1,23 au premier trimestre. «Toutefois, ajoute Jan Poser, nous croyons que ça ne va pas durer. Vers la fin de l’année, la croissance va s’affaiblir à nouveau, car les effets de l’austérité vont se faire sentir. Aux Etats-Unis, des économies de plus de 1% du PIB seront nécessaires, et ce frein à l’économie mondiale entraînera un retour à l’aversion au risque, et donc un renforcement du franc.» Sarasin voit le franc remonter à 1,20 en fin d’année. Consolation: ces prévisions signifient au moins que le taux plancher de la BNS pourra être maintenu.

Pour l’heure, «la BNS récupère une très grande marge de manœuvre, selon Fabrizio Quirighetti, chef économiste de la Banque Syz. Avec un euro à 1,20 franc, si quiconque vendait des euros contre des francs, c’est la BNS qui devait les acheter. Mais, à 1,24, quiconque veut vendre des euros trouvera des acheteurs autres que la BNS. La BNS est désormais dans le marché.»

L’euro à 1,34 franc

 

L’institut dirigé par Thomas Jordan pourrait même imaginer de vendre des euros afin de réaliser des gains de change sur ses énormes réserves. Mais c’est peu probable car la BNS n’a, pour l’heure, strictement aucun intérêt à mettre l’euro sous pression. En revanche, «si l’euro montait jusqu’à 1,40 franc, la BNS aurait tout loisir d’utiliser ses réserves pour apprécier le franc, estime Fabrizio Quirighetti. Elle est dans une très bonne position aujourd’hui.» Pour le chef économiste de Syz, la force de l’euro a des chances de perdurer, sauf en cas de récession sévère aux Etats-Unis, en Europe, ou de fort ralentissement en Chine. En outre, les liquidités en francs suisses sont un investissement fort dissuasif, depuis que des banques comme UBS, Credit Suisse et la Banque Cantonale de Zurich ont annoncé l’introduction de taux d’intérêt négatifs sur les dépôts à court terme. «Etre long franc suisse et short euro ne fait plus sens aujourd’hui, cela coûte de l’argent et les vertus de valeur refuge du franc ne sont plus recherchées.» En fin d’année, la Banque Syz voit le franc à près de 1,25.

A la Compagnie de Trésorerie Benjamin de Rothschild, les spécialistes sont «positionnés dans une logique de dépréciation du franc suisse face à l’euro, en pur suivi du mouvement haussier», indique Mathieu Gilbert, directeur, responsable de la gestion quantitative. A titre personnel, Mathieu Gilbert estime que «l’environnement, où les volatilités structurelles sont en baisse, est favorable à une appréciation de l’euro face au franc». Selon le spécialiste, la prochaine cassure importante se situe à 1,25, après quoi le marché guettera le seuil de 1,30, avant de placer l’objectif à 1,34.  

 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

Du même auteur:

L'INSEAD délivre 40% de MBA en Asie
La bombe de la dette sera-t-elle désamorcée ?

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."