Bilan

La prévoyance de «génération 3.0»

L’approche basée sur le risque offre du rendement au meilleur prix, selon Théodore Economou, de Lombard Odier. Elle est facilitée aujourd’hui par l’évolution technologique.

Théodore Economou, chef des placements multi-asset de Lombard Odier.

Crédits: Dr

L ’avenir pour les caisses de pension suisses résiderait dans l’approche basée sur le risque, à en croire Théodore Economou. Cet ancien gestionnaire de la caisse de pension du CERN vient de prendre la tête des investissements multi-asset de Lombard Odier. La banque privée genevoise gère 38  milliards d’actifs institutionnels, dont 11  milliards sous forme de stratégies «smart beta» et «risk based».

De quoi s’agit-il? «Dans un monde avec des taux d’intérêt à 0%, et des taux à 10  ans négatifs en Suisse à -0,75%, il n’est pas possible de réaliser les objectifs de rendement de 3 à 5% requis pour assurer la solvabilité des caisses de pension», explique Théodore Economou. Au lieu de se laisser tenter par une prise de risque accrue, il s’agit de viser une maximisation du rendement par rapport à un budget de risque déterminé, poursuit le chef des investissements.

L’approche, adoptée depuis 2009 par le fonds de pension de Lombard Odier, repose sur des techniques quantitatives. Elle permet de construire un portefeuille en fonction du risque souhaité, d’intégrer des facteurs tels que les monnaies, de gérer les placements de façon dynamique, et d’exploiter des primes de risque alternatives (ou anomalies). «Il s’agit en effet de solutions quantitatives, systématiques, de processus clairs, transparents et liquides», résume l’expert.

Certains fonds de pension réalisent certes 15 à 20% de rendement par an, mais ils restent opaques dans leurs stratégies. La transparence et la liquidité sont à préférer, selon lui, car elles permettent à l’industrie de la prévoyance d’accéder à des placements attrayants à des frais raisonnables.

Pourquoi préconise-t-il cette approche à présent alors que les techniques quantitatives existent depuis de nombreuses années? D’abord, dit-il, parce que l’évolution technologique permet d’utiliser à plus grande échelle les systèmes quantitatifs. Théodore Economou parle de «Quant de troisième génération», et dit avoir trouvé à la banque le capital intellectuel et les capacités opérationnelles et techniques pour mettre en œuvre ces stratégies.

Ensuite, il y a le contexte. «La pression n’était pas là auparavant. Lorsque les actions gagnent 10% par an et que les obligations sont en terrain positif, cette approche est moins essentielle. En revanche, si les taux sont à -0,75%, il me faut réaliser au minimum 3,75% pour arriver à 3% de rendement.»

La caisse de pension de Lombard Odier, démontre-t-il, a visé un rendement de 3% par an depuis 2009, avec un minimum de risque, et a perdu moins que l’indice LPP le 15 janvier, lors de l’abandon du taux plancher. «Nous n’avions pas d’exposition au facteur monnaies et étions très diversifiés par marchés.»

Quant à savoir si cette approche est plus rentable que la gestion traditionnelle, qui divise simplement le portefeuille en actions et obligations, le stratège répond qu’il s’agit d’une gestion qui est surtout plus efficiente. «Alors que l’indice LPP 25 ou 40 peut assurer une rentabilité de cash à +3% au prix d’une amplitude de marché de 28%, nous assurons ce rendement avec une variation de 8%.» Sachant que la rentabilité attendue aujourd’hui est de cash +1%, il indique que sa méthode permet d’atteindre cet objectif avec deux fois moins de risque que l’indice LPP.

Enfin, grâce à l’évolution technologique, la gestion quantitative devient moins chère, avec un coût de 65  points de base, pour une stratégie qui propose une diversification traditionnellement fournie par des hedge funds, ce qui permet de les incorporer dans un portefeuille et de «démocratiser» ces techniques autrefois réservées aux traders sophistiqués.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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