Bilan

La hausse des «monnaies matières premières» va se poursuivre

Qu’est-ce que l’Australie, la Norvège, le Canada et l’Afrique du Sud ont en commun? Le fait d’avoir des monnaies reflétant les cours de matières premières en pleine progression depuis 2008. Pétrole, gaz, métaux industriels, produits agricoles, or ou diamants sont les principales sources de richesse de ces pays, dont l’autre caractéristique commune est d’avoir des économies très développées quoique de taille moyenne. Leur ascension risque néanmoins de faire les frais de décisions prises bien loin de chez eux, à Zurich.

Surnommés «commodity currencies» par le FMI en 2003, les dollars australien, néo-zélandais et canadien, le rand sud-africain et la couronne norvégienne reflètent des économies en pleine santé, en raison de la demande soutenue de leurs exportations par la Chine et d’autres pays émergents. Le renchérissement y est parfois tel que certaines banques centrales ont dû relever leurs taux. En Australie, ils s’élèvent déjà à 4,75%. Depuis le début de 2009, le dollar australien s’est apprécié de près de 30% face au dollar américain. Plus modeste, la hausse de la couronne norvégienne est néanmoins proche de 20%. Pendant ce même temps, l’euro ne gagnait que 3,6% face au billet vert.

Pour les investisseurs qui souhaitent s’exposer à d’autres monnaies que le dollar et à l’euro, la banque Syz a lancé un fonds UCITS de monnaies exotiques (dollar australien, real brésilien, peso mexicain, zloty polonais, roupie indonésienne), l’Extra Yield Selector. Il enregistre une hausse de 11% depuis octobre 2008. Son avantage: «Etre décorrélé des marchés traditionnels», souligne Fabrizio Quirighetti, responsable de la gestion du fonds. Depuis, la roupie indienne et la lire turque ont remplacé le zloty et le peso, et le gérant de Syz table sur un gain de 8% ces neuf prochains mois.

Pour l’investisseur suisse, il existe toutefois un risque sur les commodity currencies: la BNS pourrait casser la tendance. «Ces devises se négocient beaucoup contre le yen et le franc suisse, rappelle André Keller, stratège chez Saxo Bank à Zurich. Elles font l’objet d’un carry trade soutenu. Or, si elle durcit sa politique monétaire, comme on lui en prête l’intention, la Banque nationale suisse rendra moins attractives les conditions de négoce entre le franc et ces différentes devises.» Si elle élève de 0,25% son objectif de taux à 0,5%, peut-être en juin déjà, la BNS amoindrira la différence de rendement entre la monnaie helvétique, dans laquelle emprunter ne coûte presque rien, et celle de ces pays exportateurs de matières premières, qui offrent des conditions de placement bien plus élevées.

«La tendance ne devrait pas s’inverser à court terme, répond Jan Poser, stratège à la Banque Sarasin à Bâle. Les matières premières devraient continuer de s’apprécier, ce qui stimulera la croissance de ces pays et élèvera encore la valeur de leur monnaie.» Un durcissement de l’institut d’émission helvétique devrait être d’autant plus réduit que rien ne devrait se passer du côté du Japon. «L’intervention concertée du G7 au lendemain de la catastrophe de Fukushima pour faire baisser le yen exclut tout relèvement de taux d’intérêt de ce côté-là», poursuit André Keller. Les adeptes du carry trade ont encore de beaux jours devant eux.

 

 

Devises

Guerre des monnaies: comment gérer le risque La Compagnie Benjamin de Rothschild a développé un outil visant à la stabilité des résultats de change.

«La monnaie est devenue une véritable arme à géométrie variable, selon l’intérêt de l’une ou l’autre des puissances économiques.» Mathieu Gilbert, directeur de la gestion quantitative à la Compagnie Benjamin de Rothschild (CBR) était début avril à Zurich. Le banquier présentait un programme de gestion disciplinée du risque de change – ou currency overlay. Baptisé ER-COM, cet outil promet à la fois protection et dynamisme.

Ce service permet aux entreprises et investisseurs institutionnels de se prémunir du risque de résultat de change, tandis que la diversification monétaire est inhérente à un portefeuille global. Un thème très actuel alors que le contexte économique international souffre de la crise de la dette européenne. La création de la monnaie unique n’a pas apporté la stabilité souhaitée. Conjuguée à l’instabilité boursière et à l’incapacité des banques centrales à contrôler leur devise, la volatilité monétaire devient un risque supplémentaire sensible, souligne la banque.

«En pionnier, le groupe Edmond de Rothschild a lancé dans les années 1990 un programme gérant aujourd’hui plus de 10 milliards de francs de montant de risque», rappelle Franck Sabbah, responsable du currency overlay management de la CBR, elle-même rattachée au groupe Edmond de Rothschild. Fort de son expérience dans le suivi des tendances, Mathieu Gilbert livre son analyse sur la dette américaine, en précisant qu’elle n’a pas valeur d’anticipation du marché. «On ne peut pas exclure totalement aux Etats-Unis la possibilité d’un scénario similaire à celui de la crise de la dette souveraine européenne de 2010. Un tel épisode pourrait avoir lieu si l’attention du marché venait se porter sur la capacité des Américains à rembourser leurs engagements.»

Le spécialiste poursuit: «Cependant, face à une crise, les Etats des Etats-Unis se montreraient bien plus solidaires que les Etats européens, ce qui leur assure une marge de manœuvre et une capacité de réaction supérieures.»

Quant à l’évolution du dollar, Mathieu Gilbert la voit clairement baissière. «Les différents programmes de «quantitative easing» – l’équivalent moderne de la planche à billets – ainsi que la pression politique exercée sur les partenaires commerciaux sont révélateurs de la volonté américaine. Celle-ci souhaite clairement la dépréciation du dollar. La devise américaine connaît ce mouvement depuis les années 1970, en passant de quatre à moins d’un franc suisse aujourd’hui.» (MV)

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