Bilan

La Grèce a-t-elle fait défaut?

Athènes n’a pas officiellement fait défaut, mais le point de non-retour pourrait être atteint le 20 juillet. Analyse.

Le premier ministre grec Alexis Tsipras a demandé mardi au FMI un report du remboursement.

Crédits: AFP

Mardi à minuit (heure CET), la Grèce n’a pas honoré le paiement de 1,6 milliard d’euros qu’elle devait au FMI, dans le cadre d’un prêt de 23 milliards par l’institution de Bretton Woods. Jusque-là, seuls la Somalie, le Soudan et le Zimbabwe se trouvaient dans cette situation face au FMI. Mercredi matin, les titres des médias évoquent un « défaut » grec. Mais ce n’en est pas un, techniquement.

En temps normal, un non-paiement au FMI est suivi d’une extension de 30 jours par l’institution, après quoi les responsables du Fonds notifient le conseil d'administration. Mais la directrice du FMI Christine Lagarde pourrait déjà avoir notifié officiellement le conseil. La procédure standard prévoit que, dans les 12 à 24 mois suivant un paiement manqué, l’aide est progressivement suspendue, puis des mesures sont prises en vue de l’exclusion pure et simple du pays insolvable du FMI.

Pour l’heure, rien n’est encore joué pour la Grèce. Le conseil du FMI (qui réunit les 188 pays membres) examinera la demande des autorités grecques pour une prolongation de l’échéance, mais celle-ci est peu probable. Dans ce cas, la Grèce ne recevra plus de fonds additionnels de l’institution. Cela compliquera les remboursements des autres dettes qui arrivent à échéance.

Réactions à la chaîne

La question est de savoir si le non-paiement au 30 juin est considéré comme un défaut ou non par les agences de notation. Car s’il est qualifié comme tel, la Banque centrale européenne (BCE) sera obligée dans l’immédiat de retirer l’assistance des 89 milliards d’euros de liquidités offerte aux banques grecques, ce qui entraînerait leur effondrement. En effet, seules des banques solvables ont droit à ce type d’assistance. Les agences de notation considèrent toutefois qu’il n’y a pas eu, à ce stade, un défaut.

Dans une note datée du 30 juin, Standard & Poors explique que le défaut n’est effectif qu’en cas d’incapacité ou de refus d’un pays de payer une dette de type commercial, à des créanciers non publics. Un incident de paiement vis-à-vis de gouvernements ou d’institutions supranationales comme le FMI ou le Fonds européen de stabilité n’est pas considéré comme un défaut dans la méthodologie de Standard & Poors, qui estime toutefois que ce manquement peut affecter les autres obligations de la Grèce vis-à-vis de créanciers privés.

C’est pour cela que le défaut véritable pourrait intervenir après le 20 juillet. Car à cette date, la Grèce doit rembourser 3,5 milliards d’obligations en euros à la BCE. Si Athènes ne rembourse pas la banque centrale, celle-ci interrompra toute aide, et s’ensuivra une réaction à la chaîne. « En l’absence d’un accord de financement contre réformes avant cette date, un défaut sur la dette contractée auprès de la BCE pourrait être inévitable et pourrait être le déclencheur d’une sortie désordonnée de la Grèce de la zone euro », estime Luca Paolini, chef stratège de Pictet Asset Management.

Les banques grecques sont déjà fermées jusqu’à la semaine prochaine pour éviter des retraits massifs. Cela dit, Standard & Poors estime que le non-remboursement de ces obligations à la BCE n’affecterait pas directement des créanciers commerciaux, ce qui signifie qu’il ne s’agirait toujours pas d’un défaut au sens technique du terme.

« Nous déclarerions un défaut (ndlr : qui correspondrait alors à la notation « Selective Default ») si le gouvernement grec manquait un paiement d’une obligation commerciale. » Les échéances de la Grèce vis-à-vis des créanciers commerciaux viendront rapidement : celles-ci incluent 2 milliards d’euros en bons du Trésor à rembourser le 10 juillet, 83 millions le 14 juillet, et 71 millions le 27 juillet. Quelque 39 milliards d’euros de dette grecque sont de nature commerciale, soit 22% de son PIB, tandis que les 261 milliards restants sont dus à des créanciers officiels.

L'idée d'un vote remise en question

Autre risque majeur, qui fait partie des réactions à la chaîne entraînant un défaut: le programme d’aide à la Grèce prévoit qu’en cas de non-paiement au FMI, le Fonds européen de stabilité financière a la possibilité d’exiger le remboursement anticipé de ses prêts. Dès lors, si le FESF réclame que les 164 milliards d’euros soient remboursés immédiatement, cela entraînera une série de défauts de la Grèce vis-à-vis de ses multiples créances publiques et privées. Un scénario toutefois jugé improbable par les analystes, car les gouvernements européens veulent justement éviter de déclencher une panique.

Alors que les Grecs sont sujets à un contrôle des capitaux et ont de ce fait un accès limité à leurs comptes en banque, jusqu’au référendum du dimanche 5 juillet sur l’accord – encore non défini - entre le pays et l’Eurogroupe, tout pourrait se jouer ces prochaines heures. Même le référendum n’est plus si certain. Selon le site Politico, le vice-premier ministre grec remet en question l’idée d’un vote. Si ce dernier avait lieu, et que les Grecs disaient non à un accord, le maintien de la Grèce comme membre de la zone euro serait compromis. Pour l’heure, toute se passe en coulisses, et les responsables européens, à commencer par le président de la Commission Jean-Claude Junker, semblent prêts à mettre de l’eau dans leur vin, et peut-être à entrer en matière sur un plan de financement à deux ans, assorti d'engagements en faveur de réformes.

Sans nouveaux apports de liquidités ces prochaines semaines, ni stabilisation du système bancaire grec, le gouvernement peinera à payer les retraites et les salaires des fonctionnaires ces prochaines semaines, à moins d’émettre des reconnaissances de dette, voire de commencer à imprimer sa propre monnaie. Ce qui, de facto, représenterait une sortie de la zone euro («Grexit»), scénario qui accélérerait l’insolvabilité de la Grèce plutôt que de résoudre ses problème, conviennent les analystes.

 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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