Bilan

La France refuse une monnaie belge célébrant Waterloo

Deux siècles après la chute de Napoléon, l'empereur reste un sujet sacré en France. Les autorités du pays font pression sur la Belgique pour empêcher la frappe d'une pièce de 2€ commémorant la bataille de Waterloo.
  • Tableau du peintre Clément-Auguste Andrieux de 1852 prenant pour thème la bataille de Waterloo en 1815.

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  • La pièce de 2€ sur Waterloo ne verra pas le jour: la bataille continuera de ne figurer que sur des médailles commémoratives.

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L'Europe reste encore bien loin de l'Union monétaire: la simple décoration d'une pièce de 2€ sème actuellement la zizanie entre les membres historiques de l'UE que sont la France et la Belgique. En cause: le projet belge de faire frapper une pièce de 2€ commmorant la bataille de Waterloo (à 20km au Sud de Bruxelles) à l'occasion du 200e anniversaire de l'ultime défaite de Napoléon Bonaparte, à l'issue de laquelle l'empereur partit en exil définitif à Sainte-Hélène.

Pour les Français, cette initiative serait malvenue. Ayant eu vent du projet, les autorités françaises ont adressé une missive au Conseil européen pour tenter de décourager les autorités du plat pays de mener la frappe à son terme. Dans cette lettre, les responsables hexagonaux affirment que «la bataille de Waterloo est un événement ayant une résonnance particulière dans la conscience collective, qui va plus loin qu’un simple conflit militaire. La circulation de pièces portant un symbole négatif pour une fraction de la population européenne nous apparaît préjudiciable dans un contexte où les gouvernements de l’Eurozone essayent de renforcer l’unité et la coopération dans l’union monétaire».

Quelle perception pour Napoléon?

Car le noeud du problème demeure, deux siècles après sa chute, dans la perception du personnage de Napoléon: héritier des Lumières et enfant de la Révolution française, auteur du Code civil et réformateur du pays pour nos voisins d'outre-Jura, il est davantage un tyran ayant provoqué guerres, morts et conquêtes tout en orchestrant un culte de sa personnalité dans un contexte autocratique dans de nombreux autres pays européens.

Comme le prévoient les textes européens, la Belgique avait présenté son projet à ses partenaires de la zone euro à l'avance. Le 26 février, les représentants français, allemands, néerlandais, italiens et des autres pays ont donc pris connaissance du souhait belge de frapper cette monnaie. Et comme les textes le prévoient également, un recours est possible. Ceci dit, cette disposition n'a pratiquement jamais été utilisée par un pays membre jusqu'à présent. Or, cette fois-ci, la France a décidé de faire jouer ce droit. Et les Belges ont décidé la semaine dernière qu'ils retiraient leur projet de pièce commémorative, comme le narre le Telegraph.

Les europhobes britanniques hilares

Le fait que ce soit un média britannique qui relaie cette information n'est pas anodin. Et ce à plus d'un titre. Premièrement, ce sont les armées menées par Wellington, général britannique à la tête d'une alliance européenne, qui ont triomphé de Napoléon à Waterloo: il y avait donc une légitime fierté à voir ce succès commémoré sr une pièce. Deuxièmement, le Royaume-Uni n'est pas membre de la zone euro, ayant précédé conserver la livre Sterling. Et les déboires de la monnaie européenne ces dernières années semble leur donner raison. Enfin, la vague europhobe actuelle dans l'archipel britannique renforce les railleries sur cette bisbille franco-belge.

C'est ainsi que plusieurs élus conservateurs britanniques se sont moqués de la France et des échecs de l'Europe. Sir Peter Luff, membre du parlement britannique s'est déclaré «ravi que la zone euro veuille célébrer l'échec de la France à créer un super-état européen», maintenant volontairement le flou sur le sens de ces paroles: s'agissait-il de l'échec de Napoléon en 1815 ou de ces guéguerres sur la frappe d'une pièce de monnaie supranationale? Il ajoute que «la sensibilité des Français est décevante et ils devraient reconnaître qu'il s'agit d'un grand moment dans l'histoire de l'Europe de la liberté et de la démocratie», faisant cette fois-ci sans ambiguité référence à la bataille napoléonienne.

La zone euro devrait donc se passer de la pièce de 2€ commémorant Waterloo. Mais pas sûr que les autres pays européens, ayant eu un aperçu de la susceptibilité française, n'hésitent désormais plus à intervenir à l'avenir pour bloquer d'autres projets de pièces qui ne leur conviendraient pas.

 

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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