Bilan

La finance éthique reste trop chic

L'achat d'un fonds de placement frappé du sceau de l'investissement socialement responsable (ISR) s'apparente à l'acquisition d'une montre Rolex. Etonnant. Sous leur forme actuelle, les placements éthiques peuvent être assimilés à un produit de luxe. C'est la conclusion à laquelle arrive Yves Felder, un financier de UBS, dans le cadre d'un travail de diplôme de la Haute Ecole de gestion de Genève. Près de 300 personnes ont été interviewées. «Pour les gens aisés, il s'agit d'un acte dit d'altruisme impur, sans véritable attente de rendement, analyse-t-il. Ces produits sont achetés par curiosité ou pour se donner bonne conscience.» Environ 20% des sondés dont le salaire dépasse 120000 francs par an avouent en avoir détenu. Une étude de Eurosif, le Forum européen de l'investissement responsable, atteste que les très riches s'y intéressent de plus en plus. Sur le Vieux-Continent, ce type de placements représente actuellement 8% des portefeuilles des millionnaires, soit l'équivalent de 540 milliards d'euros. A l'horizon 2012, cette part progressera à 12% et dépassera la barre des 1000 milliards d'euros. Traditionnellement, les fonds «verts» sont prisés des institutionnels, notamment des caisses de pension, dont les statuts les obligent parfois à favoriser les critères éthiques dans leur politique d'investissement. Rares sont les petits épargnants qui y investissent. «Plus de 40% des interviewés ne connaissent pas le concept», relève Yves Felder. En plus, les attentes ne sont pas compatibles avec l'offre existante. «Les sondés souhaiteraient que les investissements éthiques soient concentrés sur un projet précis, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui», observe-t-il. En pratique, les banques appliquent des filtres «verts» pour sélectionner les entreprises vers lesquelles les investissements sont dirigés. Cela revient à exclure certaines activités (tabac, armement ou alcool) ou à privilégier les sociétés les plus vertueuses d'un secteur. De surcroît, les banques communiqueraient mal. «Elles mettent en avant les opportunités offertes à long terme, ce qui sous-entend performance, alors que les investisseurs veulent du socialement responsable.» Les épargnants restent suspicieux. «Il est vrai que le philanthrope qui fait un don à une oeuvre caritative n'est pas le même que le philanthrope moderne investissant au travers d'un fonds éthique, et qui table sur un retour sur investissement.»

L'exemple les produits financiers solidaires Pour séduire, les placements durables doivent nourrir des projets sur le terrain. 57% des participants de l'étude menée par Yves Feldersur les placements éthiques veulent que les bénéfices soient redistribués sur le terrain dans des causes qu?ils défendent. Pour se faire, les produits axés sur la solidarité, encore rares, devront être multipliés. Il donne l'exemple du fonds Swisscanto Swiss Red Cross Charity Fund, dont la moitié des revenus et des commissions de gestion sont reversées à la Croix-Rouge suisse. Les stratégies basées sur l'engagement actionnarial, de type Ethos, auraient également un bel avenir. «Il est judicieux d'agir directement en faisant de l'activisme auprès des dirigeants des firmes pour privilégier la bonne gouvernance, notamment en matière de rémunération et de fixation de bonus.» Un bon moyen pour les tenants de l'investissement durable de séduire le plus grand nombre au-delà des frontières des grandes fortunes.

Photo: Yves Felder / © Lionel Flusin

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