Bilan

La Fed va guider l’investissement

Après sept ans de politique monétaire accommodante, la Réserve fédérale américaine a augmenté ses taux directeurs en décembre. D’autres hausses vont suivre.

La nervosité a pris place sur les marchés.

Crédits: lcas Jackson/Reuters

Après sept ans de politique monétaire accommodante aux Etats-Unis, la hausse des taux directeurs la plus attendue de l’histoire est arrivée en décembre. Mais l’écart entre le rythme prévu par la Fed et le marché est considérable. Quel que soit le chemin emprunté, cela impactera profondément les places boursières, et l’investisseur qui saura saisir correctement l’évolution de la courbe réussira son année. 

La Fed a augmenté ses taux cibles sur les fonds fédéraux de 25 points de base, mais le retour à la normale sera long. Le comité de politique monétaire (FOMC) a clairement annoncé que le relèvement serait graduel et dépendant des indicateurs économiques. Paradoxalement, il en a fait une hausse contrebalancée par un discours prudent. Malgré le sentiment positif – l’heure était venue de monter les taux – les prévisions économiques ne montraient pas plus d’optimisme qu’à la réunion précédente: une croissance attendue à +2,4% en 2016 et une inflation sous-jacente, excluant l’énergie et l’alimentation, à +1,6%. 

Sans être un indicateur officiel, les avis des membres du comité donnent une bonne indication des conditions de politique monétaire à venir. Chaque membre du FOMC a donné ses prédictions pour les taux des fonds fédéraux, prévoyant une augmentation de 1,25 à 1,5%. On peut en déduire que la Fed relèvera ses taux à quatre reprises jusqu’à 1,375%, soit une hausse à chacune de ses huit réunions sur l’année 2016.

Cependant, entre les prévisions trop optimistes de l’inflation américaine et la débâcle sur les marchés financiers internationaux, la hausse des taux pourrait être moins agressive qu’envisagée. Le marché des dérivés de taux anticipe un taux des fonds fédéraux à 0,9% d’ici à  la fin 2016, bien en dessous des prévisions de la Fed. Bien que cela ne fasse pas partie de ses mandats officiels, l’environnement financier international continuera d’exercer une influence importante sur sa stratégie. 

Inflation modérée

L’inflation américaine est bien en dessous de l’objectif de 2%, ralentie par la chute des prix de l’énergie et la valorisation du dollar. La présidente de la Fed Janet Yellen s’est montrée confiante: la poussée déflationniste se dissipera avec la remontée du prix du pétrole. Pourtant, face à la surabondance, les perspectives de reprise sont limitées. Même en excluant l’effet volatil de l’énergie, l’inflation sous-jacente reste très basse. Le dollar fort, une des conséquences non désirées de la posture agressive de la Fed en opposition à l’assouplissement monétaire dans les autres pays, sera également un frein pour l’inflation.

De même que les salaires, dont la hausse a été largement contenue et qui subissent des pressions à la baisse dans les pays producteurs de pétrole. Les rendements sur la dette et les titres du Trésor protégés contre l’inflation, connus comme le taux d’inflation implicite, montrent que le marché anticipe un taux d’inflation en dessous de 2% pour les trente prochaines années.

Un début d’année mouvementé sur les marchés boursiers offre une couverture idéale pour différer une hausse des taux. La volatilité, mesurée par l’indice VIX, a augmenté de 65% depuis ses plus bas en août dernier et le S & P 500 a perdu 10% en quelques semaines. La Chine continue de ralentir, ce qui indique qu’elle n’a pas encore touché le fond. La nervosité a pris place sur les marchés, et la Fed ne voudra certainement pas ébranler les investisseurs ni potentiellement la confiance des consommateurs, en relevant prématurément ses taux.

En considérant les freins aux prévisions de la Fed, nous anticipons en 2016 une hausse d’un à deux quarts de point de base (0,25% à 0,50%), suffisamment marquée pour impacter les marchés à l’international. Les Etats-Unis vont alors attirer plus de capitaux, notamment en provenance des pays émergents, provoquant l’appréciation du dollar et la chute de l’or. 

Les entreprises dont la spécialité est de convertir les taux d’intérêt surperformeront en 2016. Par exemple, les banques, qui paient des taux d’intérêt à court terme sur leurs dépôts et investissent dans des obligations à longue duration, bénéficieront de l’écart élargi entre les deux (Bank of America, Goldman Sachs). Les gestionnaires de paie profiteront également de la hausse des taux en plaçant l’argent à court terme avant de verser les salaires (Automatic Data Processing, Paychex). Les assureurs, dont les primes sont investies dans des actifs sans risque avant d’être utilisées pour les demandes de règlement, gagneront également (Metlife, Aflac).  

* Responsable des stratégies de marché, Banque Swissquote.

Peter Rosensteich*

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