Bilan

La Fed et la BCE pourraient converger

La probabilité que les deux banques centrales les plus importantes du monde suivent une politique monétaire similaire d’ici à cet automne a sensiblement augmenté. Analyse et conseils.

La Fed vient de relever son principal taux directeur d’un quart de point.

Crédits: Dr

Au début de l’année, les analystes pensaient majoritairement que le dollar allait surpasser les monnaies du G10 sur les marchés des devises. Ils s’attendaient en effet à ce que la Réserve fédérale (Fed) soit la seule banque centrale de ces pays à relever ses taux en 2017. Le différentiel de taux ainsi obtenu aurait favorisé le billet vert sur une période prolongée. Cependant, les données économiques en Europe s’améliorent rapidement et les risques politiques se dissipent peu à peu, ce qui pourrait pousser la Banque centrale européenne (BCE) à resserrer sa politique monétaire. Dans le même temps, la croyance en une accélération économique aux Etats-Unis a perdu du terrain. La probabilité que les politiques des deux banques centrales les plus importantes convergent d’ici à septembre a ainsi sensiblement augmenté.

Or, le resserrement simultané des politiques monétaires des deux côtés de l’Atlantique aura un profond impact sur les marchés des changes et des actions, mettant un terme à l’optimisme débridé actuellement à l’œuvre. Soutenus artificiellement durant plusieurs années, ces derniers pourraient ainsi connaître une importante correction à la baisse. 

En mars, la Fed a donc relevé son principal taux directeur d’un quart de point pour le porter dans une fourchette entre 0,75 et 1%, ce qui montre un optimisme (toutefois mesuré) quant à l’évolution des marchés financiers. Cependant, l’inflation ne s’est pas réellement améliorée, ni les salaires, forçant une certaine prudence. Les projections sont restées inchangées pour l’année en cours avec deux hausses restantes, suivies par trois autres en 2018. La présidente de la Fed Janet Yellen a tenu à rassurer: «Nous avons largement le temps de voir ce qu’il arrivera.»

L’annonce a suscité des réactions paradoxales. Ainsi, les rendements des bons du Trésor à 10 ans ont lâché 10 points de base, l’indice vedette S&P a progressé de 1%, le dollar s’est replié et les titres des marchés émergents ont suscité un regain d’intérêt des investisseurs. Les craintes sont plutôt faibles de voir les taux se resserrer plus abruptement et la politique de la Fed stimule de toute évidence la demande pour les titres risqués. 

Impact sur le marché des changes

La deuxième partie de l’équation est le fait que l’Europe n’a plus besoin de mesures d’urgence. L’inflation s’est accélérée dans la zone euro, donnant de nouveaux arguments pour sortir de la politique monétaire expansionniste de la BCE. En l’absence de tout bouleversement politique majeur d’ici à septembre, les conditions devraient être réunies pour y mettre fin. Lors d’une conférence de presse début mars, Mario Draghi a indiqué que les risques de déflation ont largement diminué et que «le sentiment d’urgence n’est plus présent», un clair changement de ton.

L’inflation tend à remonter, même en excluant la hausse des prix de l’énergie. Elle se fixe à 0,9%. Dans une interview parue dans le Handelsblatt, Ewald Nowotny, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, a suggéré contre toute attente que le processus de normalisation pourrait comprendre un relèvement du taux des dépôts avant celui du taux principal. La BCE pourrait également ne pas attendre
la fin du programme d’assouplissement quantitatif, ouvrant la voie à un resserrement plus rapide. La politique timide de la Fed, conjuguée à une BCE moins accommodante, nous porte à croire qu’il est difficile d’envisager la paire EUR-USD faiblir durablement sous 1,05 USD. 

A court terme, les investisseurs devraient se tourner vers les actifs risqués et privilégier les pays moins exposés aux incertitudes politiques américaines pour diminuer le «facteur Trump», notamment les marchés actions des pays disposant d’un solide marché intérieur, d’un différentiel élevé de taux d’intérêt et bénéficiant de prix des matières premières en hausse tels que l’Australie, le Brésil et l’Inde. Sur le Forex, la tendance à la hausse de la paire EUR-USD pourrait rester modérée en raison de l’élection en France, mais lorsque les deux politiques monétaires convergeront et que le mouvement antieuropéen perdra du terrain, elle pourrait s’accélérer.  

* Responsable des stratégies de marché chez Swissquote Bank

Peter Rosenstreich*

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