Bilan

La dette asiatique restera attrayante

Les emprunts de débiteurs privés asiatiques affichent un écart de rendement supérieur à leurs homologues américains et européens, malgré une volatilité en hausse pour 2016.
  • La dette asiatique est détenue à 60% par des investisseurs locaux.

    Crédits: AFP
  • Pour le marché chinois, il paraît intéressant de préférer les emprunts immobiliers.

    Crédits: AFP

Sur le planisphère des couples risque-rendement des classes d’actifs, la dette asiatique en dollar occupe une position attrayante. Sur les cinq dernières années, elle a offert un rendement proche de celui des actions américaines pour une volatilité presque inférieure de moitié.

Ainsi, il a été possible de dégager une performance annualisée de 6,4% sur des portefeuilles en dette asiatique de qualité investissable et libellée en dollar. Et cela avec une volatilité annualisée de 5%, ce qui lui permet d’afficher un ratio d’information supérieur à 1. Mais les performances du passé n’étant en rien garantes de celles de l’avenir, quelles sont les perspectives de cette classe d’actifs?

Les caractéristiques

Contrairement à ce que la composition des portefeuilles traditionnels pourrait laisser croire, la dette asiatique n’est pas un marché marginal. Depuis 2008, il s’est beaucoup étoffé et a crû pour atteindre 620 milliards de dollars (valorisation de l’indice composite JP Morgan JACI au 29 janvier 2016). De plus, il s’agit d’un marché de qualité puisque 80% des titres à taux fixe asiatiques sont de qualité investissable, le solde représentant le haut rendement.

La croissance de la dette asiatique a, pour l’essentiel, été alimentée par la Chine, qui représente actuellement 41% de cet indice contre seulement 7% en 2007. Elle devance ainsi nettement la Corée, Hongkong et l’Indonésie dont les parts respectives se situent autour des 10%. Cette progression des émetteurs chinois est plus particulièrement le fait des débiteurs de qualité. Elle reflète leur volonté d’allonger leurs profils de maturité en tirant parti de la faiblesse des taux sur les emprunts en dollar. Elle résulte également de leurs acquisitions à l’étranger et du besoin de diversifier leurs sources de financement.

Sur un plan sectoriel, le marché de la dette asiatique paraît peu diversifié puisque, ensemble, les émetteurs des secteurs financiers (29,7%) et de l’immobilier (20%) représentent la moitié de l’indice. Cependant, bien que ces segments soient dominés par les émissions chinoises, une bonne diversification peut être obtenue grâce aux émetteurs d’autres pays.

Une autre caractéristique intéressante de la dette asiatique réside dans sa base d’investisseurs: les locaux y dominent largement avec un taux de détention de plus de 60%, le solde étant réparti à peu près également entre les investisseurs américains et ceux de la région Europe - Moyen-Orient. Quant à la répartition par type d’investisseurs, les gérants de fonds dominent encore le marché (49%), mais leur part tend à refluer depuis cinq ans au profit des banques (24%) et des caisses de pension et assureurs (14%). 

Que peut-on attendre de 2016?

Comme en 2015 déjà, le volume des nouvelles émissions, qui devrait être de l’ordre de 140 milliards de dollars, tendra à se normaliser après le pic de 2014 où il avait atteint 180 milliards. Cependant, compte tenu de la situation macroéconomique globale, il ne faut pas s’attendre à de fortes progressions des bénéfices des entreprises.

Pour les émetteurs de qualité, cette faiblesse des marges ne devrait pas poser de problème. En revanche, la situation pourrait être plus tendue sur le segment du haut rendement. Au début du 2e semestre 2015, on avait observé une progression des révisions de notation à la baisse, essentiellement sur ce segment, et en particulier dans l’industrie minière et le secteur industriel.

Cette évolution s’est stabilisée, mais on relève néanmoins une divergence croissante entre l’évolution des notations des émetteurs de qualité et celle des émetteurs de dettes à haut rendement. Alors que pour les premiers les révisions à la hausse sont plus nombreuses que les révisions à la baisse, le phénomène est inverse pour les seconds. Cependant, dans les deux cas, les taux de défaut implicites se situant à des niveaux très élevés par rapport à la moyenne historique effective des taux de défaut, la situation ne peut être qualifiée de préoccupante.

Sur le plan des valorisations, les emprunts de qualité paraissent actuellement relativement plus intéressants que les titres à haut rendement même si, globalement, il faut s’attendre pour 2016 à un surcroît de volatilité et à des variations de cours plus marquées.

Parmi les emprunts de qualité, il convient de privilégier les émetteurs non financiers. Et, sur le segment du haut rendement, les matières premières ainsi que le pétrole et le gaz devraient être sous-pondérés. Pour le marché chinois, il paraît intéressant de préférer les emprunts immobiliers aux emprunts d’émetteurs du secteur de l’industrie. Globalement, le différentiel de rendement entre les titres notés BBB et BB se réduisant, ces derniers ne présentent plus guère d’attrait.

En 2016, la sélection des titres sera essentielle pour tirer parti au mieux des emprunts de débiteurs privés asiatiques qui continuent d’afficher un écart de rendement supérieur à leurs homologues américains et européens. Et, pour les investisseurs qui craignent la hausse des taux, une stratégie axée sur la duration courte, de l’ordre de deux-trois ans, peut permettre de dégager également des rendements intéressants au moyen d’emprunts dont les coupons varient entre 4 et 6% et offrent un rendement moyen à l’échéance de 3,6%. 

*  Responsable taux fixes, Fullerton Fund Management

Patrick Yeo*

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