Bilan

La débâcle boursière chinoise assombrit une économie déjà morose

Les Bourses chinoises ont vu s'envoler plus de 3000 milliards de dollars en valeur. Les ménages devraient se mettre à réduire leurs dépenses.

Après une croissance économique de 7,4% en 2014, Pékin anticipe déjà pour cette année sa pire performance depuis 25 ans.

Crédits: Reuters

L'effondrement des Bourses chinoises, qui ont vu s'envoler plus de 3000 milliards de dollars en valeur, est un motif d'inquiétude supplémentaire dans une économie en plein ralentissement même si les effets de contagion apparaissaient limités... pour le moment.

Les chiffres donnent le vertige: en capitalisation, c'est plus d'une douzaine de fois le PIB de la Grèce, ou bien plus du tiers du PIB de la Chine (l'an dernier) qui s'est évaporé en trois semaines sur les Bourses de Shanghai et Shenzhen, lors de leur dégringolade de 30%.

Or, selon des chiffres officiels, plus de 95% des 90 millions d'investisseurs présents sur les marchés d'actions chinois sont des particuliers.

De quoi redouter que les ménages ayant vu leurs économies fondre brutalement en Bourse se mettent à réduire leurs dépenses.

Ainsi, les ventes de voitures en Chine ont chuté de 3,36% sur un an en juin, selon une fédération professionnelle, qui blâmait principalement les turbulences boursières.

Dans ses efforts pour réformer le système financier et muscler le secteur privé, Pékin avait largement encouragé la population à acheter des actions, rappelait Jeremy Stevens, économiste de Standard Bank.

Avec succès: 52 millions de nouveaux comptes pour transactions boursières ont été ouverts depuis début janvier, mais cet engouement "a élargi les dégâts potentiels", indiquait-il.

AUBAINE POUR L'IMMOBILIER

Pour autant, les analystes s'accordaient à reconnaître que l'impact sur la consommation chinoise et l'économie réelle devraient dans l'immédiat s'avérer modérés.

En effet, en dépit de son spectaculaire plongeon, la Bourse de Shanghai reste en hausse de 90% sur un an et d'environ 15% depuis le début de l'année.

Par ailleurs, malgré l'explosion des achats d'actions par des particuliers, les portefeuilles boursiers ne représentent qu'une petite partie des économies des ménages chinois.

D'après UBS, seuls 20% de la richesse des ménages sont placés dans le secteur financier --une proportion qui tombe à 12% si l'on prend en compte les propriétés immobilières. C'est bien moins qu'en Occident.

A l'inverse, d'autres classes d'actifs pourraient même profiter de la situation: incités à retirer leurs fonds des Bourses, les Chinois pourraient investir à nouveau dans l'immobilier, un secteur qui s'était fortement dégonflé après des années de surchauffe.

"Le marché immobilier s'améliore et a commencé à remonter", ce qui incitait d'ores et déjà certains ménages à vendre leurs actions pour acheter des propriétés, observait Brian Jackson, du cabinet IHS Economics.

"La forte volatilité des Bourses ne peut qu'amplifier ce rebond de l'immobilier", a-t-il déclaré à l'AFP.

COUP DE FROID SUR LE SECTEUR FINANCIER

Avant que les Bourses ne décrochent violemment, les analystes s'attendaient à voir la croissance chinoise accélérer légèrement au deuxième semestre, dopée par les assouplissements monétaires à répétition de la banque centrale.

Mais la brutale déroute des marchés pourrait menacer ce sursaut, alors que la conjoncture générale reste morose.

La "surchauffe des activités de trading" a contribué à accroître de 0,5 point de pourcentage la croissance chinoise au premier trimestre 2015, selon Capital Economics.

"Du coup, un fort refroidissement de l'activité dans le secteur financier aurait des conséquences substantielles", estimait un économiste de ce cabinet, Mark Williams.

Après une croissance économique de 7,4% en 2014, Pékin anticipe déjà pour cette année sa pire performance depuis 25 ans.

"Si la volatilité (boursière) continue et, encore plus crucial, si les volumes d'échanges s'effondrent au troisième trimestre, alors vous verrez le contrecoup pour la croissance", abondait M. Jackson.

DETTES ET 'EFFETS SECONDAIRES'

Par ailleurs, "un nombre important d'entreprises s'étaient mises à spéculer elles aussi en Bourse", relève Jeremy Stevens, de Standard Chartered.

Face à une demande terne et au rétrécissement inexorable de leurs marges, beaucoup n'ont pas résisté à la tentation de gains faciles.

De nombreuses firmes ont par ailleurs utilisé leurs actions comme garantie pour emprunter auprès des banques... ce qui laisse craindre une onde de choc via ces créances aux établissements financiers.

Les banques pourraient donc faire face à des risques exacerbés de défauts de paiements, et se montrer réticentes à accroître leur volume de crédit --une défiance dont pâtiraient les entreprises et l'activité.

"Les effets secondaires ne sont pas encore visibles", avertissait-on chez Bank of America-Merrill Lynch. "Nous prévoyons un ralentissement plus prononcé de la croissance, un amoindrissement des bénéfices des entreprises... et une plus forte probabilité de crise financière".

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