Bilan

La Chine prête à resserrer sa politique monétaire

La banque centrale chinoise (PBOC) va relever les ratios de réserves obligatoires pour certains établissements financiers, un durcissement inattendu.

Mais la PBOC a précisé que ces baisses de ratios "n'avaient rien à voir avec la forte hausse des prêts bancaires, pas plus qu'avec le système de supervision macro-prudentielle" du secteur.

Crédits: AFP

La banque centrale chinoise (PBOC) a annoncé vendredi qu'elle allait relever les ratios de réserves obligatoires pour certains établissements financiers, un durcissement inattendu potentiellement destiné à endiguer la récente envolée du crédit --bien que l'institution s'en défende.

Au terme d'un examen du secteur, "certaines banques ne répondent plus aux critères exigés pour bénéficier des ratios préférentiels de réserves obligatoires, et elles ne pourront plus continuer à en bénéficier", a indiqué la PBOC dans un communiqué.

En pratique, ces banques seront sommées de mettre de côté des réserves correspondant à un ratio plus important de leurs encours de crédit, ce qui restreindra automatiquement leur capacité à accorder de nouveaux prêts.

Ces ajustements au cas par cas seront effectués jusqu'au 25 février, a ajouté la PBOC, rappelant cependant que "la très grande majorité des banques" ne sont pas concernées.

L'agence Bloomberg avait révélé plus tôt que ce durcissement viserait surtout les banques régionales et locales, accusées d'avoir récemment accéléré leurs prêts de façon spectaculaire quitte à accumuler les créances douteuses.

La mesure, bien que limitée, pourrait être l'amorce d'un retournement, ou du moins le signal d'une prudence nettement accrue de la part de la banque centrale, qui n'a pas ménagé ses efforts pour contrer l'essoufflement persistant de l'activité dans la deuxième économie mondiale.

Depuis fin 2014, elle a ainsi baissé par six fois ses taux d'intérêt pour abaisser le coût du crédit, et a réduit à de multiples reprises les ratios de réserves obligatoires, pour les inciter à prêter davantage... à condition notamment d'accorder des crédits aux petites entreprises et firmes rurales.

Si cette politique ultra-accommodante a semblé donner un coup de pouce à l'économie en fin d'année, elle a également un inquiétant revers: une récente envolée des prêts bancaires, et du volume de crédit en général.

Les prêts accordés par les banques chinoises ont ainsi quadruplé en janvier par rapport à décembre, se hissant à un niveau record, à 2.510 milliards de yuans (344 milliards d'euros).

Une avalanche de crédit qui accroît encore les menaces liées à l'endettement colossal des gouvernements locaux et des entreprises en Chine, alors que l'assombrissement de la conjoncture précipite les risques de défauts de paiement et de créances douteuses sur le bilan des banques.

Mais la PBOC a précisé, contrairement à ce qu'affirmait Bloomberg, que ces baisses de ratios "n'avaient rien à voir avec la forte hausse des prêts bancaires, pas plus qu'avec le système de supervision macro-prudentielle" du secteur.

Pour autant, cette décision "renforce l'idée que le gouvernement n'a aucune intention de réitérer le plan de relance massif mis en place en 2009-2010", commentait Tim Condon, un analyste d'ING cité par Bloomberg.

"Il ne sera pas facile aux +firmes zombies+", notamment les entreprises industrielles en sévères surcapacités et structurellement non rentables, "de survivre en empruntant continûment", a-t-il averti.

De nombreuses sociétés minières et sidérurgiques ont cessé depuis longtemps d'être rentables, plombées par les surcapacités sur fond de demande morose et de stagnation de l'immobilier ; elles ne survivent plus que grâce aux crédits bancaires et aux subsides publics.

Mais Pékin -- qui vante ses efforts pour rééquilibrer son modèle économique vers les services, les nouvelles technologies et la consommation intérieure -- a promis des ajustements douloureux pour trancher dans ces surcapacités industrielles.

Enfin, la banque centrale pourrait avoir un autre intérêt à ralentir ses assouplissements monétaires voire à durcir sa position: enrayer la glissade du yuan, alimentée par des fuites massives de capitaux hors de Chine.

En effet, une politique "trop accommodante" pourrait renforcer les pressions à la baisse sur le yuan, a estimé vendredi le gouverneur adjoint de la banque Yi Gang, lors d'une conférence à Pékin.

Nombre d'analystes tablent cependant sur une nouvelle baisse des taux d'intérêt chinois cette année, alors que la croissance du géant asiatique, au plus bas depuis 25 ans, continue de s'enfoncer.

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