Bilan

La Chine accentue la dévaluation de sa monnaie face au dollar

Pékin a de nouveau abaissé fortement mercredi le niveau de référence du yuan, pour le deuxième jour consécutif, accentuant de plus belle la dévaluation de la monnaie chinoise.

Largement perçue comme un appui désespéré des autorités pour revigorer le commerce extérieur chinois après un effondrement des exportations en juillet, la décision de la PBOC a avivé les inquiétudes sur la solidité de l'économie du géant asiatique.

Crédits: Reuters

Pékin a de nouveau abaissé fortement mercredi le niveau de référence du yuan, pour le deuxième jour consécutif, accentuant de plus belle la dévaluation de la monnaie chinoise, tombée au plus bas depuis quatre ans face au dollar, et inquiétant les marchés mondiaux.

La banque centrale chinoise (PBOC) a abaissé de 1,62% --à 6,3306 yuans pour un dollar, contre 6,2298 yuans mardi-- le taux-pivot autour duquel le renminbi (autre nom du yuan) est autorisé à fluctuer au sein d'une étroite fourchette.

L'institution avait déjà réduit mardi de presque 2% ce taux de référence, sa plus brutale dépréciation depuis 2005 et la fin de l'arrimage du yuan au billet vert.

La PBOC a néanmoins cherché mercredi à rassurer: "Vu la situation économique et financière dans le monde et en Chine, il n'y a pas de fondement pour une dépréciation continue", a-t-elle souligné.

Peine perdue, la valeur de la monnaie chinoise ne s'en est pas moins écroulée de plus belle sur le marché des changes: mercredi à la mi-journée, elle s'échangeait à environ 6,44 yuans pour un dollar, au plus bas depuis l'été 2011.

Cette brutale dévaluation de facto a fait trébucher les Bourses et les cours des matières premières, dont la Chine est grande consommatrice.

Largement perçue comme un appui désespéré des autorités pour revigorer le commerce extérieur chinois après un effondrement des exportations en juillet, la décision de la PBOC a avivé les inquiétudes sur la solidité de l'économie du géant asiatique.

D'autant que l'affaiblissement du yuan renchérit pour la Chine le coût de ses importations libellées dans d'autres devises et pourrait donc plomber sa demande.

-DILEMME-

La banque centrale, cependant, s'est bien gardée de parler de "dévaluation", un terme susceptible d'évoquer les prémisses d'une "guerre des devises", et a pointé un simple ajustement technique.

Le "taux pivot" du yuan qu'elle publie chaque matin et qui définit la fourchette de fluctuation autorisée (2% de part et d'autre) reflète désormais la clôture des échanges la veille, l'offre et la demande, et les mouvements des grandes devises, a-t-elle expliqué.

"Un ajustement unique" pour se rapprocher de la réalité du marché, et non destiné à se répéter, a affirmé mardi la PBOC.

Mais la nouvelle réduction dévoilée mercredi a accéléré la dégringolade de la monnaie, avec le risque de précipiter des dévaluations en représailles d'autres pays soucieux de défendre leur compétitivité.

"La PBOC faisait face à un dilemme", décrypte Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

"Si elle n'abaissait pas à nouveau son taux-pivot pour intégrer la chute du yuan mardi dans les échanges, cela aurait signifié qu'elle renonçait déjà à sa promesse de tenir compte du marché", expliquait-il.

"Mais d'un autre côté, elle risque d'invalider son affirmation que l'action de mardi était un ajustement +une fois pour toutes+ et de conforter l'idée que ce n'est que le début de dévaluations successives".

-'ETAPE POSITIVE'-

Selon plusieurs analystes, cependant, le soutien à la compétitivité des exportations chinoises --notamment face aux Etats-Unis-- n'était pas la priorité de la PBOC.

Son objectif, en offrant plus de flexibilité au renminbi, aurait été plutôt de conforter les espoirs de Pékin de voir le yuan rejoindre les grandes monnaies mondiales de référence.

La Chine ambitionne ainsi de l'inclure dans les Droits de tirage spéciaux (DTS), l'unité de compte du Fonds monétaire international (FMI) actuellement composé de quatre devises (dollar, euro, livre et yen).

Or le Fonds, qui doit se prononcer en novembre, a posé ses conditions, exigeant que le yuan suive les fluctuations du marché et soit "librement utilisable".

L'institution multilatérale a salué mardi comme une "étape positive" les mesures de la PBOC... tout en précisant qu'elles n'auraient pas "d'implication directe" sur sa décision concernant les DTS.

De leur côté, les Etats-Unis ont prudemment commenté la dévaluation, qui risque de plomber leurs exportations mais qui répond en partie à leurs exigences sur une convertibilité plus libre du yuan.

Pour autant, Pékin pourrait être tenté d'éviter une glissade durable et prononcée du yuan. Celle-ci serait à double tranchant, accélérant les flux de capitaux hors de Chine, de la part d'investisseurs inquiets de voir fondre la valeur de leurs actifs.

"Les autorités chinoises pourraient intervenir en coulisses ces prochains jours, probablement via des achats de devises", pour donner le signal qu'il ne faut pas s'attendre à voir le yuan chuter indéfiniment, estimait Julian Evans-Pritchard.

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