Bilan

La Chine a ralenti mais elle reste forte

Les principaux indices boursiers chinois ont perdu, depuis le mois de juin, presque la totalité des gains engrangés depuis le début de l’année. Comment interpréter ce ralentissement?
  • Pour les investisseurs chinois, des opportunités de placement sont à saisir.

    Crédits: Reuters

L’investissement boursier est devenu le nouveau jeu favori du peuple chinois. Du chef d’entreprise à la mère de famille, c’est le triomphe du petit porteur. La bourse, croyait-on, ne peut que monter. Cette impression de croissance illimitée a entraîné une spéculation intensive sur les marchés actions. Or l’optimisme est le carburant des bulles spéculatives. Et comme nous nous situons dans une économie globalisée où les attentes se propagent rapidement, le déclin que connaissent actuellement les économies occidentales a heurté l’optimisme chinois, forçant les investisseurs à prêter attention, pour la première fois, aux fondamentaux des entreprises de l’Empire du Milieu.

Le Shanghai Composite, qui avait démarré l’année à 3234 points avant de monter à un plus haut de 5178 points le 12 juin, s’est s’effondré de plus de 40% durant les semaines qui suivirent. L’été a dû paraître bien long pour Pékin.

Indéniablement, ce ralentissement a eu un fort impact sur l’économie mondiale et notamment sur les prix des matières premières, qui ont subi d’énormes pressions à la baisse. Signalons par exemple les cas de l’Australie et du Brésil. La première exporte 86% de sa production de matières premières vers la Chine alors que le second a vu son industrie minière frappée par la contraction de la demande chinoise en minerai de fer.

Nouveaux relais de croissance

Ces perturbations financières remettent-elles en cause la solidité de l’économie chinoise? Non, la Chine n’est pas en train de s’effondrer car ses bases sont saines. Nous observons une réorientation de ses investissements vers son marché domestique, notamment dans les infrastructures, l’eau et le développement durable, et cela afin d’être moins dépendante des turbulences globales touchant son économie exportatrice.

Ce changement stratégique a un prix et ce sont les investisseurs qui paient. Face à la morosité économique occidentale et à la baisse des investissements européens sur son territoire, la Chine se devait de trouver des relais de croissance.

Dans cette perspective, des opportunités d’investissement sont à saisir, particulièrement l’industrie des services et des nouvelles technologies, qui profitent actuellement de cette restructuration, dont le porte-drapeau, la classe moyenne chinoise, monte en puissance. L’ouvrier peut désormais être un consommateur comme les autres. Symbole de ce changement, Alibaba, le géant du e-commerce, connaît un développement absolument fulgurant depuis sa création en 1999. La Chine abandonne progressivement son statut d’usine du monde.

L’interventionnisme de l’Etat, sans doute trop important pour ne pas rebuter les investisseurs, reste un frein à cette mutation. Lors de la chute des bourses du pays, la Banque Populaire de Chine a mis en application des mesures drastiques dans le but de limiter les pertes. Les grands actionnaires,et certains cadres d’entreprise, se sont vu interdire de vendre leurs actions pour une durée de six mois. Il est clair qu’une telle politique peut largement faire perdre confiance aux investisseurs.

Outre sa réorientation stratégique, la Chine possède des fondamentaux que ne peuvent effacer une chute du cours de bourse de ses actions ou une volatilité un peu plus forte qu’à l’accoutumée. Sa croissance ou encore les bénéfices de son industrie restent importants, bien qu’en déclin. L’idée de dépasser l’ogre américain n’a jamais été aussi présente.

D’ailleurs, l’année dernière, la Russie et la Chine ont conclu un accord visant à exclure le dollar de leurs échanges commerciaux, et l’Empire du Milieu a été un acteur majeur de la création de la nouvelle Banque du développement, alternative au FMI et à la Banque mondiale. La Chine est bien vivante et il faudra compter sur elle pour tirer l’économie mondiale dans les prochaines années. 

*  Responsable stratégie de marché chez Swissquote.

Peter Rosensteich*

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