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La BoE pourrait être contrainte à agir dans l'urgence

La Banque d'Angleterre (BoE) a déjà prévenu vendredi qu'elle se tenait prête à agir pour assurer la stabilité monétaire et financière du Royaume-Uni.

La livre montre des niveaux de volatilité qui pourrait déclencher une intervention officielle de la Banque d'Angleterre sur le marché des changes.

Crédits: Reuters

L'effondrement de la livre britannique et la dégringolade de la Bourse de Londres après la victoire du "Brexit" pourrait pousser la Banque d'Angleterre (BoE) a agir de façon drastique et dans l'urgence, estimaient les analystes vendredi.

Les marchés ont été pris par surprise après avoir "mal évalué de façon spectaculaire les risques de Brexit", a noté Ken Odeluga, analyste du courtier City Index.

Une chute de la livre de jusqu'à près de 12% face au dollar, et plus de 9% face à l'euro, "en l'espace d'une nuit" a une "conséquence directe pour le pouvoir d'achat des citoyens britanniques", a relevé Sylvain Loganadin, analyste chez FXCM.

Selon les résultats définitifs publiés vendredi matin, 51,9% des électeurs ont voté pour le Brexit (pour "British Exit") lors du référendum de jeudi, marqué par une participation importante (72,2%), au terme d'une campagne très disputée qui a montré de profondes divisions au sein du pays.

La livre est tombée jusqu'à son niveau le plus faible depuis septembre 1985 face au dollar, dans ce qui a été "aisément sa plus grosse chute en un jour en environ 30 ans, et elle montre des niveaux de volatilité qui pourrait déclencher une intervention officielle de la Banque d'Angleterre sur le marché des changes", a observé M. Odeluga.

La BoE a déjà prévenu vendredi qu'elle se tenait prête à agir pour assurer la stabilité monétaire et financière du Royaume-Uni, surveillant de près l'évolution de la situation.

Le gouverneur de la BoE Mark Carney a ajouté que l'institution était prête à débloquer pour plus de 250 milliards de livres (326 milliards d'euros) de fonds additionnels et qu'elle était capable de fournir des liquidités considérables en devises étrangères.

"La Banque d'Angleterre a fourni quelques paroles réconfortantes, ce qui a permis à la livre d'effacer un peu de ses pertes mais sa trajectoire dans les heures à venir est difficile à prévoir", a noté Ana Thaker, analyste du courtier PhillipCapital UK.

Vers une baisse des taux d'intérêt ?

Et certains analystes n'excluent pas que la banque centrale britannique soit contrainte à sortir l'artillerie lourde sur le plan monétaire.

"La livre devrait continuer à se déprécier dans les semaines à venir et ce pendant un certain temps. La BoE sera à mon avis impuissante et devra baisser ses taux à court terme, ce qui peut être considéré comme une mesure d'extrême urgence!", a expliqué à l'AFP Sylvain Loganadin.

Selon leurs prévisions les plus pessimistes, les experts en devises de la banque HSBC s'attendent désormais à ce que la livre tombe à 1,25 dollar à la fin du troisième trimestre et 1,20 dollar à la fin 2016, des niveaux plus vus depuis le printemps 1985, "alors que les incertitudes persistent pour le reste de l'année".

Selon eux, la livre pourrait aussi tomber à 92 pence face à l'euro à la fin de l'année, au plus bas depuis fin 2009.

Cette chute risquerait de mettre un coup au moral des Britanniques, fièrement attachés à leur monnaie et qui se sont toujours farouchement opposés à une éventuelle adoption de l'euro.

Le taux directeur de la BoE est fixé depuis mars 2009, quand le Royaume-Uni était en récession suite à la crise financière de 2007-2008, au niveau historiquement bas de 0,50%.

Sur le marché, la probabilité d'une baisse des taux d'intérêt de la BoE a bondi de 11,4% jeudi à 40,7% vendredi.

Et "le rôle historique de prêteur de dernier recours (pour les banques en difficulté) pourrait bien être nécessaire dans la pratique, peut-être pas dès vendredi, mais à court terme", a souligné à l'AFP Ken Odeluga.

Et ce même si d'après la BoE comme selon l'opinion du marché les banques britanniques ont retenu la leçon de 2008 et disposent désormais de finances plus saines et robustes.

En effet, "les contorsions phénoménales des marchés financiers pourraient causer des dommages inattendus aux fonds tampon des banques", a prévenu M. Odeluga.

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