Bilan

La BNS veut laisser le marché trouver le remplaçant du Libor

Le taux Saron pourrait remplacer à l'horizon 2022 le Libor en perte de vitesse, mais la BNS ne veut pas être à la manoeuvre pour décider de ce changement.

Si la BNS est disposée à accompagner le processus de réforme du taux Libor, elle ne veut pas intervenir dans le choix de son remplaçant.

Crédits: keystone

Le taux Saron pourrait remplacer à l'horizon 2022 le Libor, écorné par un vaste scandale de manipulation et en perte de vitesse, a estimé vendredi Dewet Moser, membre suppléant de la direction générale de la Banque nationale suisse (BNS). Mais l'institut d'émission ne veut pas être à la manoeuvre pour décider de ce changement, voulant laisser au marché le soin de trouver un remplaçant.

"Le Saron, taux de référence du marché des pensions de titres en francs qui existe depuis 2009, pourrait représenter une solution toute trouvée", a indiqué M. Moser lors d'une conférence organisée à Zurich par l'opérateur de la Bourse suisse Swiss Exchange et la Swiss Bond Commission.

Depuis fin 1999, le London Interbank Offered Rate (Libor) constitue le taux de référence de la stratégie de politique monétaire de la BNS pour lequel elle communique une fois par trimestre une marge de fluctuation. Cette dernière se situe actuellement entre -1,25% et -0,25%. De ce taux dépendent de nombreux produits financiers comme les crédits, emprunts, dérivés et rémunération des comptes d'épargne.

Des contrats financiers en francs suisses pour un montant d'environ 6500 mrd CHF utilisent ainsi le Libor comme taux de référence.

Mais ce taux, calculé quotidiennement à Londres, s'est retrouvé à partir de 2008 au coeur d'un vaste scandale de manipulation financière. Plusieurs grands établissements - dont UBS, Royal Bank of Scotland, Lloyds, Bank of America, Citigroup, HSBC, JP Morgan Chase - ont été depuis sanctionnés avec de lourdes amendes pour s'être concertés afin de le manipuler.

Ces dérives ont poussé le régulateur britannique (Financial Conduct Authority, FCA), qui le supervise, à vouloir l'abandonner par étapes d'ici quatre ans. Le taux en lui-même continuera d'exister, mais sera supplanté par d'autres taux jugés plus fiables. De fait, les volumes échangés liés au Libor n'ont cessé depuis de chuter.

Pour le responsable de la BNS, "la crédibilité et la fiabilité d'un taux de référence dépend aussi pour une grande partie de la liquidité du marché auquel il s'applique. Or le volume des opérations sur le marché monétaire non gagé, base du calcul du Libor, a sensiblement diminué à la suite de la crise financière et il ne s'est toujours pas redressé".

"L'avenir du Libor est (...) en train de se jouer", a-t-il insisté.

Ne pas influencer le processus

Si la BNS est disposée à accompagner le processus de réforme du taux Libor, elle ne veut pas intervenir dans le choix de son remplaçant, a insisté Dewet Moser. "Nous ferons de notre mieux pour soutenir le processus de réforme, mais nous ne voulons pas influencer le processus", a-t-il lancé à un parterre de spécialistes du marché financier.

Selon le responsable de l'institut d'émission suisse, la période de transition entre le Libor et un taux de remplacement - éventuellement le taux Saron (Swiss Average Rate Overnight) - "sera très exigeante pour le secteur privé" et le passage d'un taux de référence vers un autre "très complexe". "Il y a encore un long chemin à parcourir, mais la Suisse est bien préparée pour la prochaine étape des réformes", a estimé M. Moser.

Alors que les discussions sont en cours pour remplacer le Libor, le sort de ce taux de référence "n'est pas encore scellé", a souligné M. Moser, appelant cependant les acteurs financiers "à agir maintenant pour préparer la transition".

De l'avis des spécialistes, la transition du Libor vers un autre taux de référence ne devrait pas avoir d'impact sur les clients finaux - particuliers ayant contracté une hypothèque ou entreprises ayant émis de la dette.

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