Bilan

La BNS reconduit sa politique monétaire malgré l'embellie conjoncturelle

Sans surprise, la BNS a reconduit jeudi sa politique expansionniste, confirmant le maintien du taux des avoirs à vue en zone négative et les interventions au besoin sur le marché des changes.

Pour 2018, l'institut d'émission table sur une avancée du PIB "d'environ 2%".

Crédits: keystone

Sans surprise, la Banque nationale suisse (BNS) a reconduit jeudi sa politique expansionniste, confirmant le maintien du taux des avoirs à vue en zone négative et les interventions au besoin sur le marché des changes. Le "niveau élevé" du franc et les largesses monétaires de l'homologue européenne ne permettent pas un serrage de vis, malgré le relèvement des prévisions conjoncturelles.

Le secteur bancaire devra encore composer avec un taux d'intérêt appliqué aux avoirs à vue de -0,75%, selon les indications fournies jeudi par la BNS. La marge de fluctuation du Libor à trois mois demeure comprise dans la fourchette de -1,25% à -0,25%.

Les déséquilibres sur les marchés hypothécaires et immobiliers font toujours l'objet d'une surveillance spécifique.

La banque centrale affirme que depuis la dernière évaluation de la politique monétaire, en septembre, le franc s'est affaibli face à l'euro et dernièrement aussi face au dollar. "Sa surévaluation s'est par conséquent encore atténuée", précise la BNS, qui estime néanmoins que la devise helvétique reste à un "niveau élevé".

"Nous maintenons le cap expansionniste de notre politique monétaire afin de stabiliser l'évolution des prix et de soutenir l'activité économique", a martelé le président Thomas Jordan en conférence de presse.

La formulation de la BNS diffère légèrement de celle employée en septembre et implique la poursuite d'un affaiblissement du franc. "Les valeurs refuges sont actuellement moins recherchées. Ce développement demeure toutefois fragile", explique la banque nationale.

Concernant le bilan, le président a souligné que la BNS n'avait pas de projet de le réduire tant que la politique monétaire actuelle restait adaptée. "Nous avons au contraire encore de la marge pour étendre notre bilan", a-t-il insisté.

Prévisions légèrement à la hausse

Les mesures actuelles sont présentées comme un moyen de maintenir à bas niveau l'attrait des placements en francs, réduisant la pression sur cette monnaie.

Elles s'inscrivent pourtant dans un contexte favorable pour l'économie helvétique, reconnu d'ailleurs par la BNS. Cette dernière a légèrement revu à la hausse ses prévisions de croissance pour la Suisse, tablant pour cette année sur un produit intérieur brut (PIB) étoffé de 1% contre "près de 1%" lors de son pointage de septembre.

Pour 2018, l'institut d'émission table sur une avancée du PIB "d'environ 2%". "Grâce à l'environnement international porteur et aux conditions monétaires favorables, la reprise de l'économie suisse devrait se poursuivre dans les mois à venir", selon le communiqué. Les prévisions d'inflation ont également été améliorées.

Cet optimisme est partagé par d'autres institutions, à l'instar du KOF, qui également revu à la hausse ce jeudi sa modélisation pour l'économie suisse. Le rebond conjoncturel s'inscrit par ailleurs dans un contexte plus global, estime la BNS qui a également relevé ses prévisions de croissance pour la zone euro et les Etats-Unis.

Reste que la banque centrale n'est, pour l'instant, pas encore maître de son destin. La "fragilité" susmentionnée est intimement liée au taux de change franc/euro. Pour M. Jordan, il est encore trop tôt pour discuter d'une normalisation de la politique monétaire. Le président a expliqué "ne pas être pressé" à ce sujet.

"Risque d'une nouvelle appréciation"

"Le risque d'une nouvelle appréciation persiste, surtout en cas de regain sur le marché de l'aversion au risque", a souligné pour sa part Andréa Maechler, membre du directoire.

Tant que la Banque centrale européenne (BCE) reconduit sa politique monétaire accommodante, respectivement son programme de rachats d'actifs, son homologue suisse ne pourra pas serrer la vis de son côté, par crainte de voir les investisseurs de se ruer sur le franc.

Dans l'après-midi, la BCE se pliera également à l'exercice. Un nouveau resserrement n'est pas attendu après celui opéré en octobre, malgré l'embellie conjoncturelle en zone euro.

Dans un commentaire, VP Bank estime que toute autre annonce que celle faite par la BNS ce jeudi aurait été un grosse surprise. Plus vite la BCE mettra un terme à sa politique expansionniste, plus vite la banque nationale retrouvera sa liberté, affirme l'établissement liechtensteinois. Il ne faut pas attendre un relèvement des taux négatifs avant 2019, selon lui.

Deutsche Bank repousse même cette échéance au deuxième semestre 2019, voire plus tard, tout dépend des décisions prises par la BCE. Les étrangers ayant investi en francs devraient néanmoins continuer à rapatrier leurs avoirs, au fur et à mesure que la situation économique s'améliore et que les risques politiques s'éloignent en zone euro.

Les marchés restaient prudents avant la BCE. Vers 12h00, les indices vedette SMI et du marché élargi SPI étaient à l'équilibre à respectivement 9395,38 et 10'755,00 points.

Depuis les annonces de la BNS, le franc a globalement faibli face à l'euro. A la mi-journée, la paire EUR/CHF affichait 1,1689.

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