Bilan

La BNS pousse à la prise de risque

La Banque nationale suisse cherche à restaurer l’attractivité des placements en monnaies étrangères en jouant sur les écarts des taux d’intérêt. L’efficacité de cette politique reste à prouver.
  • La BNS a introduit un taux d’intérêt négatif de 0,75%.

    Crédits: Dr

«C’est une plaisanterie, j’espère!» C’est ce que le président de la Banque nationale suisse a répondu récemment à un banquier qui faisait part de son intention de placer une partie des liquidités de ses clients dans les coffres de la banque. Le banquier en question plaisantait à moitié quand il a répondu que ses clients avaient vite fait le calcul: «Pour un compte de 1 million de francs placés en liquidités, le taux négatif de 0,75% dicté par la BNS implique un «coût» de 7500 francs par année. La location d’un coffre standard coûte, elle, 200  francs, et celui-ci peut contenir la coquette somme de 25 millions en billets de 1000  francs…»

Evidemment, le coût de la location individuelle d’un coffre n’est rien par rapport aux frais réels qu’engendre l’opération, si elle est pratiquée à large échelle: le transport des billets, leur stockage, les frais d’assurance peuvent vite rendre la transaction très onéreuse, et l’opération demeure risquée. Si la politique de la BNS pousse au risque, ce n’est donc pas à celui inhérent à l’utilisation du coffre-fort comme outil de placement de l’épargne des ménages.

Ce que recherche notre Banque centrale avec sa politique des taux d’intérêt négatifs, c’est de restaurer l’attractivité relative des placements en monnaies étrangères pour les investisseurs et entreprises suisses. C’est donc un appel à la prise de risque en devises étrangères que lance la BNS aujourd’hui avec sa politique.

La Suisse connaît traditionnellement une balance des transactions courantes excédentaire. Un solde positif qui, en temps normaux, s’accompagne de sorties nettes de capitaux de la Suisse vers l’étranger, à la faveur de rendements plus élevés qu’en Suisse. Mais les temps «normaux» sont révolus depuis la crise de la dette en zone euro, qui a débuté en novembre 2009.

Depuis cette date, les investisseurs ont redécouvert l’attrait du franc comme valeur refuge, attrait renforcé par la politique de la Banque centrale européenne qui a fortement réduit l’écart entre les taux d’intérêt en euros et ceux du franc. Les exportations nettes de l’épargne excédentaire des ménages se sont muées en entrées nettes de capitaux vers la Suisse, obligeant par là même la BNS à se substituer aux ménages dans leur rôle d’investisseur en devises étrangères. Aujourd’hui, elle aimerait rendre son tablier, ou du moins, ne plus être la seule à s’en revêtir.

L’avenir du franc se joue à Athènes

Admettons que, dans l’idéal, il faudrait réinstaurer un écart de 2% entre les taux d’intérêt de la Suisse et ceux de la zone euro. La situation est-elle équivalente lorsque les premiers sont à 1% et les seconds à 3% ou lorsque les taux suisses sont à -1% et les taux en euros à 1%? Pas vraiment. Dans le premier cas de figure, l’investissement en euros se fera sur une partie de l’épargne, à titre de diversification vers des monnaies plus rémunératrices.

Lorsque les taux sont négatifs en Suisse, la question de sortir du franc se pose pour une fraction beaucoup plus importante de l’épargne, attendu qu’elle est grevée d’une forme d’impôt si elle reste en francs. Pour un Suisse, le problème de placer son épargne monétaire en euros tient à la volatilité du marché des changes, nettement supérieure à celle des taux d’intérêt. Une sortie de la Grèce de la zone euro et… hop, votre surplus de rendement en euros ne pèse plus très lourd face à la perte engendrée sur le change.

Restaurer un écart positif entre les taux en euros et ceux du franc va-t-il suffire à faire perdre de la hauteur au franc? Pas sûr. Il faudrait pour cela que la situation se stabilise dans la zone euro. L’avenir du franc se joue beaucoup plus à Athènes qu’à Zurich ou Francfort.

*Professeur en macrofinance  

Michel Girardin*

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