Bilan

La Banque nationale, sans queue ni PEG

La décision de la BNS de mettre fin au taux plancher de 1 fr. 20 contre 1 euro est risquée et surprenante. Les justifications qu’elle avance le sont tout autant. Décryptage.
  • La politique de la BCE risque de provoquer un nouvel affaiblissement de l’euro.

    Crédits: Dr

Incroyable décision que celle prise par la Banque nationale suisse d’abolir le cours plancher jeudi 15 janvier! Il y avait bien des bruits que le franc suisse avait déjà percé ces dernières semaines sa parité plancher de 1,20 contre l’euro. Ces bruissements dans le landerneau des cambistes avaient relancé les critiques sur le bien-fondé de cette politique peu conventionnelle de la BNS. De là à penser qu’elle allait être abolie…

Selon la BNS, le franc suisse serait moins surévalué aujourd’hui qu’il ne l’était en septembre 2011, lorsqu’elle a instauré le taux plancher: ce premier argument ne tient pas. En termes réels, le taux de change du franc contre un panier des monnaies de nos partenaires commerciaux est resté stable durant toute la période du plancher. S’il a perdu un peu de sa hauteur récemment, c’est uniquement en raison de la hausse du dollar, mais certainement pas de l’euro.

D’après mes calculs, le cours de la parité du pouvoir d’achat (PPA) du franc contre l’euro se situe autour de 1,31. On peut débattre sur le bien-fondé de cette méthode en arguant que le résultat dépend du point d’ancrage de la courbe de la PPA au taux de change du marché.

Par contre, le point d’ancrage n’a aucune incidence sur la pente de cette courbe, qui dépend, elle, du différentiel d’inflation entre la Suisse et la zone euro. Or le graphique le montre clairement: la courbe de la PPA est horizontale depuis septembre 2011, preuve que la cherté du franc n’a pas bougé d’un iota.

Le deuxième argument de la BNS est celui de la disparité des politiques monétaires des principales banques centrales. Alors que la Fed a opté pour la restriction, la BCE s’apprête à lancer un programme d’achat massif des obligations souveraines de la zone euro. Il est vrai que cette politique risque de provoquer un nouvel affaiblissement de l’euro, mais, lorsqu’on lui pose la question, le président de la BNS est le premier à dire qu’une bonne partie de cette décision est déjà escomptée par les marchés.

Si l’on en juge par le niveau extraordinairement faible du rendement des obligations souveraines au sein de la zone euro, l’argument de Thomas Jordan paraît crédible.

Peu convaincants

Autre argumentation étrange, cette même présidence de la BNS décidait de brandir il y a quelques mois à peine le spectre de la déflation en Suisse pour justifier bec et ongles le maintien du plancher. Comment comprendre dès lors son abandon, alors que le contre-choc pétrolier, sans parler de la forte appréciation du franc observée depuis la semaine dernière, risque de plonger la Suisse dans cette même déflation que la BNS cherche à éviter?

Enfin, justifier la décision de l’abandon par l’arme de taux d’intérêt encore plus négatifs fait presque sourire. D’une part, cette politique a déjà fait la preuve par le passé de son inefficacité à enrayer la cherté du franc. D’autre part, l’assouplissement monétaire par les taux d’intérêt représente bien peu de chose par rapport au durcissement qu’entraîne la revalorisation d’un franc qui risque de pénaliser lourdement les exportations en Suisse.

Etrange décision que cette abolition du taux plancher. Pour ma part, je suis d’avis que le coût du maintien du plancher était bien moindre que celui d’un scénario de déflation pour la Suisse que son abolition rend plus probable. 

* Professeur en macrofinance à l’Université de Genève

sean layland

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