Bilan

La banque aurait-elle plus d’avenir à l’Est?

Le Vaudois Jürg Stäubli a gagné un appel d’offres étatique pour la reprise d’une banque au Kirghizistan. Avant lui, Riccardo Tattoni était entré dans le capital d’une banque en Estonie.
Claude Le Ber, président du conseil de la KSBC, et Jürg Stäubli. Crédits: Lionel Flusin

A l’heure où plus aucune banque étrangère ne vient s’implanter en Suisse, certains hommes d’affaires suisses ont décidé d’aller investir à l’Est. C’est ainsi qu’en avril dernier, après un processus qui a duré quatorze mois, le gouvernement kirghiz a choisi le dossier de la Kyrgyz Swiss Bank Corporation (KSBC) pour la reprise de la Kyrgyzdyikanbank.

Cette banque appartenait à Kourmanbek Bakiev, le président du pays renversé suite à un soulèvement populaire en avril 2010. Nationalisée, la banque en question a ensuite été quasiment mise en veilleuse. Six candidats étaient intéressés par sa reprise, dont UniCredit (via ATF Bank désormais en mains kazakhes), Gazprombank, et une banque turque.

«Dans les années 2000, j’ai enseigné pendant quatre ans les fusions-acquisitions et les introductions en bourse dans une université d’Etat à Moscou. Un jour, je reçois une demande pour effectuer un travail sur les privatisations d’entreprises. En fait, le gouvernement kirghiz avait demandé à l’Université de Bichkek une étude sur ce thème, laquelle s’est naturellement adressée à l’Université de Moscou.

C’est comme cela que j’ai été contacté par l’Université de Bichkek», raconte Jürg Stäubli. Il se rend dans ce pays pour la première fois en 2010 et y rencontre le ministre de la Justice qui lui propose un mandat de consultant pour créer un institut de banque et finance au sein de la Faculté des sciences économiques. Dans la foulée, il a été nommé au sein de l’Autorité de surveillance de l’université, et c’est comme cela qu’il a entendu parler de la mise au concours. 

Ne laissant rien au hasard, le Vaudois d’adoption s’entoure alors de Claude Le Ber, précédemment directeur général du CCF (Suisse), puis membre de la direction générale du Crédit Lyonnais (Suisse), puis directeur général de la Banque Safdié et de la Banque Bénédict Hentsch.

Claude Le Ber se rend à plusieurs reprises sur place et recrute Imanaliev Shamil Davutovich, l’ex-directeur d’UniCredit Bank et futur directeur général, pour monter le dossier. «Seuls 4% de la population de 5,5 millions d’habitants possèdent un compte bancaire. Si ce taux passe à 6% déjà, cela représente un incroyable potentiel», s’enthousiasme Jürg Stäubli. Avec son équipe de 23 collaborateurs, la KSBC ne propose pour l’heure que des services de dépôt, de prêt et de trafic de paiement.

Elle envisage l’ouverture de guichets à Osh, au sud, près de la frontière chinoise. Les deux pays font partie de la dynamique Organisation de coopération de Shanghai qui favorise les échanges commerciaux.

«Ce pays veut sortir de l’emprise russe; 27% de ses importations de biens viennent de Chine et une grande partie des exportations chinoises pour la Russie transite par le Kirghizistan. L’avenir économique est en Afrique et en Asie. Il faut être dans ces marchés. Le Kirghizistan est le seul pays intéressant, car le processus démocratique a tellement avancé qu’il sera difficile de revenir en arrière», relève Jürg Stäubli.

La Suisse a d’ailleurs transformé l’an dernier son bureau de coopération en ambassade pour toute la région. «Il existe un traité signé en 1999 entre la Suisse et le Kirghizistan qui facilite les investissements dans ce pays et protège les investisseurs, notamment d’éventuelles nationalisations», ajoute Claude Le Ber.

Initiative originale de Jürg Stäubli: la mise en place d’un conseil d’administration mixte pour diriger la KSBC. A côté du président Claude Le Ber, on trouve deux Suisses, le docteur en droit et expert fiscal Kaloyan Stoyanov et Claude Widmer, ancien chef de la division commerciale de la Banque Cantonale de Genève, mais aussi trois femmes kirghizes au CV impressionnant: Nazik Beishenaly, 34  ans, docteur en économie de l’Université de Grenoble; Asanova Bermet Baatyrbekovna, 39  ans, auditeur externe, ex-KPMG; et Ainura Aibalaeva, sortie de l’ENA à Paris dans la promotion Valmy en 1998 et qui siégeait dans le conseil exécutif de l’Asian Development Bank jusqu’en octobre 2012.

Riccardo Tattoni mise sur l’Estonie


L’ancien patron de la Société Bancaire Privée (rebaptisée Banque Profil de Gestion) à Genève est devenu à travers RLS Finance actionnaire d’un paquet de 10% des actions de l’Eesti Krediidipank (EKP), la 4e plus grande banque du pays. Il s’agit d’une banque universelle également présente en Lettonie.

«Lorsque ma clientèle italienne a été régularisée, il fallait également que les huit fonds de placement gérés par SFP Services Inc. puissent être harmonisés avec le droit en vigueur au sein de l’Union européenne, sous peine de voir mes clients être taxés à plus de 50% au lieu d’une fourchette allant de 12,5 à 20% au maximum», indique Riccardo Tattoni.

Voilà pourquoi ce dernier a eu envie d’entrer dans le capital d’une banque européenne. «L’Estonie est le pays idéal, avec une inflation très basse, une stabilité politique excellente et des conditions fiscales très intéressantes.» Il a déjà reçu des offres de reprise de ses 10%, mais il ne souhaite pas revendre pour l’instant.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également esponsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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