Bilan

La Banque Alternative Suisse brise un tabou sur les taux négatifs

La Banque Alternative Suisse (BAS) s'est retrouvée malgré elle au centre de l'attention des investisseurs après avoir brisé un tabou en appliquant un taux négatif aux particuliers.

Dans un courrier adressé mi-octobre à ses clients, la banque a expliqué qu'elle allait prélever à compter du 1er janvier 2016 un taux d'au moins 0,125% sur le solde des comptes courants et de 0,75% pour les dépôts des clients privés supérieurs 100'000 CHF.

Crédits: Keystone

La Banque Alternative Suisse (BAS), un petit établissement spécialisé dans le financement de projets à vocation sociale et écologique, s'est retrouvée malgré elle au centre de l'attention des investisseurs après avoir brisé un tabou en appliquant un taux négatif aux particuliers.

Dans un courrier adressé mi-octobre à ses clients, cette banque a expliqué qu'elle allait prélever à compter du 1er janvier 2016 un taux d'au moins 0,125% sur le solde des comptes courants et de 0,75% pour les dépôts des clients privés supérieurs 100'000 CHF.

Pour justifier cette initiative, cette banque, qui puise ses racines dans les idéaux de mai 1968, a invoqué la nécessité de protéger sa marge de manoeuvre pour financer "des projets porteurs de sens" tout en proposant des alternatives à ses clients pour placer leur argent.

La mesure n'est pas passée inaperçue dans les cercles financiers alors que les banques suisses sont sous pression depuis que la Banque nationale suisse (BNS) leur a imposé un taux négatif en janvier dernier.

"Cette décision sur les taux négatifs nous coûte beaucoup d'argent, à peu près l'équivalent de notre profit annuel l'an passé", a quantifié Martin Rohner, le directeur général de la BAS, lors d'un entretien avec l'AFP.

Pour lutter contre la surévaluation du franc suisse, une valeur refuge par excellence, la Banque Nationale Suisse applique un taux de 0,75% aux avoirs que détiennent auprès d'elle les institutions financières telles que les banques ou les compagnies d'assurance, l'objectif étant de renchérir le coûts des dépôts et ainsi de décourager les placements en francs.

Dans les semaines qui avaient suivi son application, plusieurs établissements avaient décidé de répercuter ce taux à leurs gros clients institutionnels, à l'instar d'UBS et de Credit Suisse, mais aussi de PostFinance. Aucun ne l'avait toutefois imposé aux particuliers.

Solution plus transparente

"Nous avons trouvé qu'appliquer un taux négatif était une solution plus transparente et plus équitable pour la clientèle", a considéré Martin Rohner, estimant que cette solution était préférable à l'idée d'augmenter les frais de gestion.

Certains clients ne l'ont toutefois pas entendu de cette oreille et se sont empressés d'appeler leur banquier pour exiger des explications.

"Nous avons eu des clients qui ont été surpris mais avec qui nous avons pu discuter par téléphone et qui ont fini par comprendre", a reconnu M. Rohner, tout en avouant que ses clients pouvaient parfois avoir un profil très critique.

Basée à Olten cette banque, qui compte notamment la section suisse de Greenpeace et le parti écologiste parmi ses organisations fondatrices, se positionne comme un établissement éthique, dont la vocation est de financer des entreprises porteuses de projets sociaux ou environnementaux.

Avec un bilan qui se montait l'an passé à 1,5 mrd CHF, l'essentiel de ses activités se concentre sur les coopératives d'habitation qui proposent des logements abordables, les énergies renouvelables et l'agriculture biologique mais ses projets incluent également le financement d'un cirque pour les jeunes ou d'une société qui a mis au point un nouveau type de vélo électrique, cite-t-elle en exemple.

"D'autres ont eu peur que cela ouvre la porte pour que les grandes banques appliquent à leur tour un taux négatif aux particuliers", a ajouté Martin Rohner en détaillant les réactions de ses clients.

Dans son baromètre bancaire 2015, une étude qui dresse chaque année un état des lieux du secteur, l'association suisse des banquiers a souligné que ce taux négatif affectait particulièrement les banques de gestion de fortune ou spécialisées dans les placements d'intérêts, mais que beaucoup avaient préféré assumer elles-mêmes les coûts par crainte de retraits en cascade.

S'il estimé qu'il est encore un peu tôt pour tirer le bilan, Martin Rohner a précisé que la banque n'a pas été confrontée à des retraits massifs et que les nouvelles ouvertures de compte devraient à peu près compenser les départs d'ici la fin de l'année.

"Avec l'attention des médias, nous avons vu arriver une clientèle qui ne nous connaissait pas et qui est venue parce qu'elle partage nos valeurs", a-t-il expliqué.

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