Bilan

Dérivés sur actions: la vente de puts a la cote

Les dérivés sur actions sont favorisés par le retour de la volatilité et la liquidité élevée. Stratégie prisée: la vente de puts. Voici comment écrire soi-même ses puts.

Crédits: Alamy

Les options sur actions, à savoir les calls et les puts, sont aujourd’hui l’une des voies privilégiées pour investir en actions. Ces contrats à terme prisés des traders sont favorisés par la liquidité sans précédent créée par les banques centrales et par un retour de la volatilité. Leur avantage: ils permettent de parier sur des actions sans les détenir, sauf si le contrat s’exécute.

Typiquement, un investisseur peut passer par sa banque pour acquérir un panier (basket) d’options call et put sur actions sous forme de produits structurés. Mais dans ce cas, il paie des frais élevés, tandis qu’il porte l’entier du risque. La solution, une approche «do-it-yourself». Pour maximiser son gain, l’idéal est d’ouvrir un compte chez un courtier en ligne et acquérir ses options. Ainsi, on économise au moins 2 à 3% de frais que prélèvent les banques sur les baskets. Une stratégie prisée des traders et investisseurs chevronnés: vendre des puts (lire les explications en encadré). «On peut écrire soi-même des puts directement depuis son compte en ligne», explique Stefan Kremeth, CEO d’Incrementum, firme d’investissement basée au Liechtenstein et en Suisse. Le trading d’options n’a pas de secrets pour le Zurichois, un ancien d’UBS qui a dirigé le sales trading chez Lombard Odier à Zurich puis chez Sal. Oppenheim.

Un pari rémunérateur, mais très risqué

Stefan Kremeth, CEO d’Incrementum. (DR)

Stefan Kremeth donne un exemple: «Disons que vous achetez 100 actions Zurich Assurances, à environ 38 000 francs suisses. Pour le faire via une option put, vous vendez 10 puts sur Zurich, échéance décembre, à un prix d’exécution (strike price) de 380 francs.» Immédiatement, le portefeille sera crédité avec la prime conférée par l’option, soit environ 12 francs x 100, soit 1200 francs. Le courtier va ensuite bloquer sur votre compte 80% des 38 000 francs à titre de marge (en cas de perte sur le pari), jusqu’à l’échéance de l’option en décembre. C’est une valeur de réserve, qui correspond à la probabilité de devoir acheter le titre s’il baisse. L’échéance a lieu chaque 3e vendredi du mois de décembre. Si en décembre le prix de Zurich est au-dessus de 380, c’est gagné. «L’option expire, elle disparaît de votre portefeuille et vous gardez les 1200 francs de prime, qui représentent votre gain», explique Stefan Kremeth. Si, en revanche, le prix est au-dessous de 380 en décembre, votre compte sera débité de 38 000 francs, et votre portefeuille sera crédité des actions Zurich, exécutées à 380 par action. Comme lot de consolation, vous aurez touché des intérêts de 5,5% par an.

Imaginons à présent que l’on réalise la même opération, mais avec un levier de 1:2, ce que font nombre de day traders dans le climat spéculatif actuel. Cela veut dire qu’on double le pari, et que la prime initiale sera de 2400 francs. On double aussi le risque. «En cas de perte, les actions Zurich seront immédiatement achetées pour vous. Et avec l’effet de levier, il faudra acheter le double de quantité. Or vous n’avez que 38 000 francs sur votre compte», explique Stefan Kremeth. Il manquera encore 38 000 francs. Votre compte sera alors négatif de 35 600 francs, soit les 38 000 francs de cash manquant moins les 2400 de prime. Dans ce cas, la banque vous accordera un crédit lombard d’environ 50%, ce qui permet de financer la moitié de l’achat forcé qui vous manquait. Tout va bien jusque-là. Sauf que, si les actions tombent encore de 10%, l’action descend à 340, vos fonds propres rebaisseront de 35 600 à 34 000 francs. Il vous faudra ajouter rapidement les 1600 francs manquants. En général, sous 48 heures. On le voit, cette stratégie offre un gain limité à la prime reçue, mais si le marché s’effondre, les pertes essuyées peuvent être potentiellement douloureuses.

En cas de mix d’actions

Les banques, quant à elles, émettent des produits qui fonctionnent sur le même principe, sauf qu’ils s’étendent sur vingt-quatre, voire quarante-huit mois. Typiquement, il y aura un mix d’actions, par exemple Zurich, Swiss Re, Helvetia, et peut-être un titre de moins bonne qualité mais qui offre un rendement plus élevé. Certains produits agressifs promettent des coupons très élevés de 8% par exemple. «Ce dont l’investisseur est rarement conscient, met en garde Stefan Kremeth, est que très souvent dans un produit structuré contenant quatre actions, si le marché chute, l’investisseur ne reçoit pas les quatre actions, mais il reçoit uniquement l’action la plus basse.»

Ainsi, si une des valeurs tombe à 0 franc, l’investisseur qui aurait placé 30 000 francs dans ce type de produit recevra 100% de ce titre, au prix de zéro. Certes, il aura touché 8% d’intérêt, mais il aura perdu 92%. Il s’agit donc de ne pas se focaliser seulement sur les coupons alléchants qui sont mis en avant dans la publicité du produit, mais de connaître les conditions à l’échéance en cas de chute des titres. On se rendra vite compte que plus les intérêts promis sont élevés, plus le risque couru sur les titres du panier est élevé. A l’inverse, si le taux d’intérêt promis est de 4%, les titres du panier seront bien moins risqués. Mais certains ne seront pas impressionnés par ce 4% et préféreront répondre à l’appel d’un 8%…


Vendre un put, explications techniques

La vente d’options de vente (puts) équivaut à parier sur la hausse d’une action à terme. Ce contrat permet au vendeur de puts de recevoir à l’avance le gain (la prime) de l’option et de toucher des intérêts. S’il perd le pari et que l’action chute, il doit utiliser sa réserve de cash pour acheter les actions sous-jacentes. Si la perte dépasse la marge provisionnée, il doit ajouter de l’argent sur le compte.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante et responsable de la Filière communication au CFJM (Centre de formation au journalisme et aux médias). Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale" qui lui vaut le prix Schweizer Journalist. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale", puis en 2011 "La fin du dollar" qui prédit la fin du statut de monnaie de réserve du billet vert. En 2016 elle signe «La finance de l'ombre a pris le contrôle».

Du même auteur:

L'INSEAD délivre 40% de MBA en Asie
La bombe de la dette sera-t-elle désamorcée ?

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."