Bilan

«La Suisse manque de fonds spécialisés»

Via son fonds 4FO Ventures, Jean-Pierre Rosat apporte depuis deux ans une liquidité bienvenue dans l’écosystème des startups romandes. Il veut maintenant les suivre le plus loin possible.

La prochaine étape, pour Jean-Pierre Rosat et son associé Matthieu Berger: lever un deuxième fonds, supérieur à 100 millions.

Crédits: Lionel Flusin

Si les startups suisses trouvent aujourd’hui relativement facilement des fonds en phase de démarrage, cela se corse dès que les tours dépassent les 2 à 3 millions de francs. Dans ces cas-là, 70%  des fonds sont trouvés à l’étranger. Ces investisseurs n’achètent pas un ticket de loto. Ils jouent un rôle actif, quasi quotidien, pour soutenir les dirigeants d’entreprise et leur projet. Après avoir levé près de 60 millions de francs auprès de family offices, de privés et de fonds de pension, en collaboration étroite avec la société Berger, van Berchem & Associés, Jean-Pierre Rosat est conscient de cette difficulté à soutenir financièrement les startups. Pour y faire face, il a de nouveaux projets. Entretien

Quelles sont les startups dans lesquelles votre fonds a investi?

EcoRobotix, Faveeo, Aspivix, Tsquared, L2F, 3D2CUT et Vima. Il s’agit à chaque fois de startups romandes et nous avons joué systématiquement le rôle de lead investor, soit une fonction pour laquelle il n’était pas toujours simple de trouver un partenaire local dans les phases précoces de financement que nous visons. Nous avons encore trois autres dossiers en cours. Enfin, nous avons pu effectuer un co-investissement dans un petit bijou de société à Paris, gérée par un Lausannois d’adoption, aux côtés du plus gros fonds de capital-risque dans les technologies de l’information en France.

Pareil déploiement de capital en deux ans, n’est-ce pas trop agressif? 

Nous aurons construit la totalité de notre portefeuille sur un cycle de trois ans plutôt que les cinq habituels, ce qui est assez rapide mais justifié par la qualité des dossiers. Il faut comprendre que nous devrons suivre nos sociétés sur la durée et réinvestir lors des futurs tours. Nos investissements actuels sont typiquement de 1 à 4 millions de francs par cas. C’est au-dessus de ce qu’investissent les business angels et au-dessous de ce que recherchent beaucoup de fonds de capital-risque, qui ont progressivement déplacé leurs investissements vers les phases tardives, souvent à l’étranger. Nous, nous croyons en la Suisse, et il y a une dimension citoyenne dans notre focalisation géographique. 

En termes de répartition, nous serons ainsi investis à 40% dans les technologies médicales et à 60% dans l’intelligence artificielle, ce qui représente assez bien le ratio actuellement produit par l’écosystème suisse des startups.  

Une fois votre fonds investi, qu’allez-vous faire?

Avec mon associé Matthieu Berger, nous allons évidemment nous attaquer à lever un deuxième fonds, peut-être un peu différent. Aujourd’hui, les fonds qui marchent le mieux sont ceux qui prennent la tête dès le départ et la conservent au fur et à mesure des tours. Pour nous, il est crucial d’être présents au début afin d’éviter bien des problèmes grâce à des valorisations raisonnables et des pactes d’actionnaires bien ficelés. En bout de cycle, lors de la phase d’expansion, la Suisse manque cruellement de fonds spécialisés. Nous pensons qu’il y a la place pour un acteur capable de suivre les sociétés sur leur cycle de vie complet. 

Cela signifie une plus grosse équipe et plus d’argent pour pouvoir préserver notre position de lead investor au fur et à mesure que les montants augmentent. Ce scénario passe par un fonds supérieur à 100 millions, même si l’alternative de simplement lever un 4FO bis reste attractive.

Cela paraît très ambitieux…

Comme vous le savez, les besoins restent ici encore raisonnables, avec 1,1 milliard levé par les startups suisses l’an dernier. Mais les sommes augmentent chaque année et même un fonds de 500 millions, tel que le Swiss Entrepreneurs Foundation de l’ancien conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, demeurera petit face à la croissance
à venir des startups suisses. Il faudra bien un jour que la Suisse se donne les moyens de ses ambitions...  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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