Bilan

La Suisse est un haut-lieu du blanchiment d'or

Près de 70% de l'or mondial transite par la Suisse et quasiment la même quantité en ressort après y avoir été raffiné, totalement propre, quelle que soit sa provenance, assure le criminologue suisse Mark Pieth.

Selon Pieth, la Suisse est le pays le plus important dans le domaine de la raffinerie, mais c'est aussi le plus lent sur le plan réglementaire.

Crédits: Yoray Liberman/Getty Images

La Suisse est la principale plateforme de négoce et de raffinerie de l'or dans le monde. Selon le professeur de droit pénal Mark Pieth, il se pourrait qu'elle soit également, du fait de ses lacunes réglementaires, le principal centre de blanchiment du métal jaune.

Dans un entretien publié lundi sur le site du quotidien péruvien "El Comercio", le Bâlois fustige les manquements des dispositifs censés prévenir le phénomène. "Il y a des lois, et les raffineries y sont soumises", mais pas à un niveau suffisant, "ce qui provient de la mine n'est pas soumis à une loi anti-blanchiment", explique-t-il.

Près de 70% de l'or mondial transite par la Suisse et quasiment la même quantité en ressort après y avoir été raffiné, "totalement propre, quelle que soit sa provenance", assure le criminologue, "c'est pour cette raison que je parle de blanchiment".

"La Suisse est le pays le plus important dans le domaine de la raffinerie, mais c'est aussi le plus lent sur le plan réglementaire", assène Mark Pieth, qui soupçonne la Confédération de vouloir, au nom du commerce, se transformer en "île de pirates", soulignant le circuit similaire que connaissent d'autres métaux comme le cuivre ou le lithium.

"Franchement, je ne pense pas que ça intéresse (les raffineries) de savoir d'où vient l'or. Même s'il leur incombe de savoir si la matière première provient d'un lieu sale et problématique, ils ne vérifient que l'étape ultérieure", déplore-t-il, opposant aux partisans de l'autorégulation le constat que "cela ne fonctionne visiblement pas".

Metalor

A titre d'exemple, il cite l'entreprise neuchâteloise Metalor, qui a récemment annoncé cesser toutes affaires avec les exploitants et collecteurs de mines artisanales, invoquant des lacunes dans les normes d'approvisionnement et les règles de conformité qu'il s'est fixées.

"Metalor se renseigne sur l'origine de l'or auprès de Minerales del Sur (distributeur d'or péruvien), qui n'est pas une entreprise très sure, mais n'entre pas vraiment dans les détails", relève Mark Pieth, qui dénonce des conditions de travail difficiles, voire insalubres, des mines qu'il a eu l'occasion de visiter.

Selon ses recherches, le Pérou, cinquième producteur mondial du métal jaune, serait le principal exportateur d'or illégal (60 tonnes) d'Amérique latine, devant la Colombie (45 tonnes). Dans ces deux pays, la part de production illégale est de respectivement 28% et 80%.

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