Bilan

La recette magique des traders en pétrole genevois

Malgré l’effondrement des prix en mars-avril, des positions très rentables ont pu être prises grâce à de grandes capacités de stockage.

Crise? Quelle crise? Marco Dunand, cofondateur et patron de Mercuria, se la joue cool: «Je me suis installé à la montagne, où je vis comme un ermite et fais chaque jour deux heures et demie de promenade», a-t-il déclaré à la NZZ fin avril. Les grands courtiers en pétrole, notamment le quatuor genevois Gunvor, Trafigura et Vitol en plus de Mercuria, paraissent avoir fort bien traversé la chute des cours du brut de mars et d’avril. Ils ont largement bénéficié de l’écart entre les prix à terme – qui restaient relativement élevés du fait des anticipations, en mars-avril, d’une reprise assez rapide de l’économie après la pandémie – et les prix au jour le jour, qui se sont effondrés en avril en raison des effets cumulés de l’affrontement séoudo-russe, du coup d’arrêt de l’économie pour cause de pandémie et de l’engorgement des capacités de stockage mondiales. «Contrairement aux spéculateurs, ils n’ont pas acheté du pétrole en espérant que les prix remontent. Ils l’ont acheté à bas prix et ont immédiatement fixé le prix à terme à des niveaux bien plus haut, générant ainsi une marge attractive pour la revente. S’ils ont pu le faire, c’est grâce à leurs considérables capacités de stockage», résume Jean-François Lambert, expert de ce marché basé à Londres et à Paris.

Les anecdotes ont pullulé sur les marchés concernant ces mines de sel ou ces trains de wagons-citernes convertis dans l’urgence en cuves pétrolières. Le fait est que les prix du stockage dans des pétroliers se sont envolés en mars et en avril, jusqu’à six fois les prix moyens de 2019 pour la catégorie VLCC, celle des plus gros navires, selon le consultant grec Allied Shipping Research. «Pour ce marché, c’était énorme», commente Jérôme Reboulleau, enseignant à la HES de Genève et analyste chez Swiss Mar.

«Une excellente année»

Bien sûr, ces coûts ont impacté aussi les grands traders, mais pas suffisamment pour éroder suffisamment les marges considérables qu’ils se sont constituées. «Ce sont eux qui maîtrisent le risque au mieux, car c’est leur métier», soutient Jean-François Lambert. Ce moment privilégié ne devrait cependant pas durer. Les prix du pétrole physique sont remontés, le contango s’amenuise, poussant au déstockage du brut. Conséquence: les prix de l’entreposage sont revenus à des niveaux proches de la normale. De plus, les traders devraient subir à leur tour un ralentissement de leurs affaires du fait de la réduction des volumes à négocier. Cela n’empêche pas le consultant d’estimer que, à moins d’un accident, «les traders auront fait une excellente année».

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