Bilan

La dépréciation du dollar dépasse les attentes

Les investisseurs assistent à un cycle de dépréciation du dollar, justifié d’un point de vue fondamental. Il est appelé à se poursuivre, même si son rythme pourrait ralentir au cours des prochains mois. Par Vasileios Gkionakis et Kiran Kowshik*

Devises Depuis son pic cyclique à la fin de mars, l’indice du dollar pondéré des échanges s’est replié d’environ 10%. En cause, quatre facteurs:

1. La Réserve fédérale s’est engagée à maintenir ses taux proches de zéro. Conjuguée à la hausse des prévisions d’inflation, cette annonce a entraîné une baisse des taux réels américains;

2. Les attentes d’un redressement de l’activité et des échanges commerciaux à mesure que les économies rouvrent;

3. Le grand virage politique dans la zone euro en faveur de la coopération budgétaire et de la solidarité;

4. L’aggravation de la pandémie aux Etats-Unis et l’augmentation des probabilités d’une victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle en novembre.

Cela a entraîné un spectaculaire rallye des monnaies du G10 par rapport au dollar: les devises sensibles au cycle ont surperformé et les monnaies de réserve traditionnelles se sont appréciées. Nous nous attendons à un recul supplémentaire de la devise américaine, qui reste surévaluée d’environ 8%, selon nos estimations.

Il est toutefois probable que le rythme de baisse du dollar ralentisse quelque peu au cours des prochains mois compte tenu de l’ampleur du récent mouvement. Quelles conséquences pour l’euro et le franc suisse?

Concernant l’euro/dollar, le taux de change s’est envolé parallèlement à la baisse du dollar, même si les gains enregistrés par la monnaie unique peuvent aussi s’expliquer par les avancées politiques de l’UE. En effet, le virage historique pris dans la gestion budgétaire en temps de crise a réduit le risque de redénomination et continuera à soutenir l’euro. Si les positions longues spéculatives sur l’EUR/USD ont augmenté, elles restent loin de leurs niveaux tendus antérieurs qui avaient entraîné des renversements de tendance. Dans le même temps, l’EUR/USD est assez proche de sa valeur d’équilibre (les estimations de sa juste valeur se situent entre 1,18 et 1,25).

Nous tablons sur un euro/dollar à 1,21 pour la fin de l’année. A ce stade, les risques sont équilibrés. D’une part, l’EUR/USD dépasse régulièrement le niveau de sa juste valorisation; il n’est pas exclu que cela se reproduise sur fond de confusion politique aux Etats-Unis et d’embellie en Europe. D’autre part, une aggravation de la pandémie ou tout autre événement déstabilisant les échanges commerciaux plomberaient les perspectives relatives aux monnaies des économies ouvertes.

Du côté du franc suisse, la paire euro/franc suisse n’a pas réussi à tenir le rythme malgré l’appréciation de l’euro/dollar. En effet, l’essentiel de la hausse de l’EUR/USD s’explique par la dépréciation du dollar, les rendements réels américains ayant baissé. Il est donc plus difficile pour la Suisse de recycler l’excédent de sa balance courante, également visible dans l’évolution de l’USD/CHF qui est tombé à 0,90, son plus bas niveau depuis l’abandon du cours plancher par la BNS début 2015. Alors que l’amélioration du sentiment dans la zone euro dynamise la prochaine phase de reprise de l’EUR/USD, l’EUR/CHF devrait se redresser légèrement tout en affichant une moindre corrélation avec l’EUR/USD. Nous prévoyons un taux de change de 1,11 pour l’EUR/CHF d’ici à la fin de l’année.

S’agissant des risques, une deuxième vague de Covid-19 touchant l’Europe augmenterait la demande de francs. La monnaie helvétique pourrait aussi être favorisée par une résurgence de la guerre commerciale sino-américaine.

*Vasileios Gkionakis et Kiran Kowshik, banque Lombard Odier & Cie

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