Bilan

La BNS travaille pour notre avenir!

La Banque nationale suisse, via sa politique monétaire, a su faire du franc suisse un produit d’exportation dont elle tire profit. L’AVS, au contraire, est pénalisée par les taux bas.

Le bilan de la BNS a été multiplié par huit en dix ans.

Crédits: Dr

Il y a dix ans, la Banque nationale suisse (BNS) se lançait dans des interventions sur les marchés de change pour contenir l’appréciation du franc suisse. Elle a acheté des devises et des actifs étrangers dans des proportions devenues gigantesques de 800 milliards de francs. Le bilan de l’institution a ainsi été multiplié par huit pour atteindre 120% du PIB! Il faut dire qu’en pleine crise, le franc était devenu «l’actif refuge» des investisseurs mondiaux en désarroi, au point que la monnaie nationale s’appréciait de 50%. La discrète et consensuelle BNS s’est alors muée en assureur du reste du monde, à la surprise générale.

On le sait tous, cette politique monétaire hors normes aura fait du bruit avec des annonces spectaculaires, comme l’instauration du taux plancher le 6 septembre 2011 à 1,20 franc pour un euro et son abandon le 15 janvier 2015, conduisant la monnaie helvétique à se corriger de 14% en une journée. Durant ces premières années, l’institution aura ainsi largement fait l’objet de critiques. Mais les années passent, le bilan est désormais clair et les perspectives sur le long terme n’ont jamais été aussi favorables.

Les objectifs ont été atteints. La spirale déflationniste a été évitée et la croissance du pays fait course en tête parmi les membres de l’OCDE. Les cassandres sont désormais bien discrètes sur leurs fantasmes de risques d’hyperinflation ou de faillite de l’institution.

1800 francs par habitant

L’ampleur des effets secondaires positifs est assez inattendue. En effet, désormais chaque année, la BNS bénéficie d’un rendement profitable sur ses actifs financiers étrangers accumulés, mais aussi sur son passif! D’un côté, les actifs placés en obligations rapportent 9,5 milliards de francs d’intérêts annuels, auxquels s’ajoutent 3 milliards de dividendes des actions. De l’autre, le passif, composé aux deux tiers par des dépôts bancaires, rapporte, lui, 2 milliards de francs par an grâce aux intérêts négatifs. Au total, la BNS reçoit en moyenne près de 15 milliards de francs par an, principalement de source étrangère. C’est près de 1800 francs par habitant et encore, ce chiffre ne tient pas compte de l’éventuelle appréciation des actions ou des devises détenues par l’institution. Par exemple, la performance des placements a atteint 7,2% en 2017, soit un gain de… 30 milliards!

A l’instar du fonds souverain de Norvège, qui gère les actifs issus des ressources pétrolières comme un patrimoine pour les générations futures, la BNS gère désormais les actifs issus d’une autre ressource nationale: la crédibilité d’une monnaie prisée du monde entier, du fait de la stabilité aussi bien politique que monétaire offerte par la Suisse. L’innovation est d’en avoir fait un produit d’exportation et d’en tirer profit, car les coûts de production de la monnaie sont nuls pour une banque centrale. Bien sûr, il existe un risque, celui d’une défiance sur une monnaie progressivement trop abondante. Or justement, une érosion de la force du franc serait une aubaine pour la BNS, pour autant qu’elle reste modeste et sous contrôle. En bref, à défaut de disposer d’un sous-sol pétrolifère, on compense avec un peu d’audace.

Recapitaliser le fonds AVS

Il est à noter que sur cette même période, l’AVS – la réserve de long terme des retraites  – est devenue déficitaire et cette tendance s’aggrave. Dans dix ans, la part des personnes de plus de 65 ans dans la population totale aura triplé. Cette évolution démographique devrait ainsi épuiser la fortune du fonds déjà fortement pénalisée par les taux bas, conséquence directe de la politique monétaire de la BNS. Pour que l’AVS se maintienne dans la durée, on estime qu’il faudrait dès aujourd’hui recapitaliser le fonds pour environ 45 milliards. Or, heureuse surprise, ce montant correspond au bénéfice déjà accumulé depuis 2009 et mis en réserve par les alchimistes de la BNS!

* Chief investment officer Landolt & Cie

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