Bilan

La blockchain et la cryptofinance décollent en Suisse romande

Entre Lausanne et Genève, l’hyperdynamique cryptosphère s’agrandit. La tokenisation intéresse davantage que les cryptomonnaies. Régulateurs et penseurs ont remplacé les spéculateurs. Immersion.

La Crypto Valley Association a inauguré son chapitre romand le 2 décembre, et l'avocat Florian Ducommun a présenté un rapport détaillé sur la qualification des crypto-actifs.

Crédits: DR

L’intérêt pour la blockchain (ou registre distribué) ne se dément pas, bien au contraire. Alors que les cryptomonnaies avaient accaparé l’attention il y a deux ans, au plus fort de la bulle spéculative, c’est aujourd’hui la tokénisation (titrisation de crypto-actifs) qui capte l’intérêt. La blockchain fait un nombre croissant d’adeptes en Suisse romande. Malgré les performances moins spectaculaires du bitcoin, de l’ethereum et des autres cryptomonnaies, l’écosystème des entrepreneurs, amateurs, curieux, experts, formateurs et industriels, lui, s’élargit chaque jour. Le trajet est cahoteux: dans cet univers, les modèles d’affaires et les concepts de levées de capitaux (ICO, STO) changent tous les six mois et les blockchains en sont déjà à leur troisième génération.

Mécanismes les plus prisés, les tokens (titres conférant un droit à des actifs ou services digitaux) et les smart contracts (codification de ces droits) intéressent aujourd’hui la finance suisse traditionnelle. Selon la Crypto Valley Association, 77% des institutions financières envisagent d’adopter la blockchain sous une forme ou une autre en 2020. Des événements consacrés à la cryptofinance et à la blockchain s’enchaînent à un rythme frénétique à Genève et Lausanne, et la deuxième édition du «Geneva Blockchain Congress» se prépare à Palexpo pour le 20 janvier 2020.

La nouvelle communauté d’enthousiastes que l’on croise dans les «meetups» et autres «summits» diffère des financiers fréquentant les cocktails dinatoires des 5 étoiles alentour. Ici, on a affaire à une population plus jeune, très anglophone, faite de «geeks» (ou de hipsters déguisés en geeks), de quelques penseurs et visionnaires, d’expatriés, de reconvertis de la finance classique ayant troqué le complet pour le survêtement, d’étudiants EPFL et d’une myriade de consultants improvisés.

Dans ces assemblées, porter un veston ou un tailleur formel serait une faute de goût, tout comme ignorer le jargon de la blockchain, comme «nodes» ou «proof-of-work». Le langage utilisé véhicule la notion d’une économie alternative qui émerge face au système classique: on y oppose les transactions effectuées «off-chain» (hors de la blockchain) à celles menées «on-chain», qui sont la référence des crypto-enthousiastes. Seul point commun avec les financiers établis: un public quasi exclusivement masculin; mais l’équilibre évolue lentement. Face au phénomène, la nouvelle génération n’a pas les hésitations de la précédente. A Genève, le jeune libéral radical Gabriel Jaccard soumettra une motion «Blockchain GVA» au Grand Conseil genevois ces prochains mois. Objectif: faire de Genève un canton 100% blockchain compatible avec un pôle de compétences de pointe, une fiscalité allégée pour les startups du secteur, et si possible des services et registres de l’Etat intégrés à la blockchain.

Un vent juridique favorable

Aubaine pour la place financière suisse: Berne a édicté un cadre juridique clair pour la cryptofinance, jugé blockchain-friendly. A l’EPFL ce 2 décembre, la Crypto Valley Association (CVA), l’organe faîtier du secteur, fondé en 2017 à Zoug, a inauguré sa section romande dirigée par Jérôme Bailly. Ses promoteurs, qui représentent plus de 800 entreprises et 4000 collaborateurs en Suisse, ont salué le projet de loi que vient de soumettre le Conseil fédéral au Parlement ce 27 novembre. Une «lex blockchain» qui précise le traitement des actifs tokénisés, mettant fin à l’incertitude juridique qui maintenait les banques et investisseurs institutionnels à bonne distance. Le projet de loi s’inspire des travaux du groupe de travail juridique de la CVA, dirigé par l’avocat Florian Ducommun. Ce dernier vient de publier «la tokenisation d’actifs en droit suisse», un guide de référence pour les entrepreneurs cherchant à réaliser en Suisse une offre de jetons d’investissement (security tokens).

Contrainte principale: la lutte contre le blanchiment d’argent. Sur ce plan, «offchain» et «onchain» sont logés à la même enseigne: les règles sont identiques à la finance traditionnelle. Les émissions de jetons, mais aussi les transferts, le règlement et la compensation des transactions seront soumis à ces dispositions. Lacune étonnante du régulateur, les transactions sur des crypto-actifs effectuées «hors bourse» ou «OTC» sont absentes du dispositif, qui se concentre uniquement sur celles passant par des bourses régulées.

Sur le panel Blockchain Unchained de Swissborg le 5 décembre à l'IMD, les intervenants se sont interrogés si le futur appartient aux blockchains assurant la "privacy" des données ou à celles assurant la transparence des données. (DR)
Sur le panel Blockchain Unchained de Swissborg le 5 décembre à l'IMD, les intervenants se sont interrogés si le futur appartient aux blockchains assurant la "privacy" des données ou à celles assurant la transparence des données. (DR)

En face de ces quelques contraintes, les gains technologiques de la blockchain sont évidents pour la finance tokénisée: il sera possible d’automatiser l’authentification des clients, le versement des dividendes, ou celui des coupons dans le cas des obligations, et de réduire considérablement le risque de contrepartie. Le tout pour un coût nettement réduit.

Plus d’idéalistes, moins de spéculateurs

Les opportunités d’émission de produits n’en sont donc qu’à leurs débuts. Mais la blockchain est un sujet qui enthousiasme bien au-delà de son seul potentiel pécuniaire. Certes, au sommet de la bulle, fin 2017, la «cryptomania» n’attirait pas que de doux rêveurs. Les spéculateurs s’entassaient et, comme lors de la «tulipomanie» au XVIIème siècle, mais avec des smartphones, le tout-venant s’est mis à passer des ordres sur le bitcoin en pleine séance de travail.

Aujourd’hui, cette phase est oubliée. Les conférences se consacrent aux concepts, applications, avec une bonne dose de futurologie. Comme pour tout écosystème naissant, la pensée prospective occupe une place majeure dans cet espace et plusieurs débats agitent la cryptosphère: transparence versus sécurité des données; une seule blockchain versus de multiples blockchains; ou tokens d’investissements versus tokens d’utilité.

Posséder, ou utiliser?

La réglementation en Suisse a choisi de se concentrer sur les jetons d’investissement. Mais ceux-ci ne sont pas seuls dans cet univers. On trouve aussi les jetons de paiement et les jetons d’utilité. Si le marché a adopté plus vite les tokens d’investissement, c’est parce qu’ils confèrent un droit de propriété sur un actif ou sur une entreprise, comme les titres boursiers classiques, et sont de ce fait mieux compris du public et plus rassurants. Leurs avantages sont nombreux. C’est une nouvelle classe d’actifs, qui permet de diversifier son portefeuille en détenant des titres décorrélés, issus d’un univers élargi aux petites entreprises non cotées en bourse. Ces droits de propriété digitaux sont fractionnalisables en très petites parts et donc accessibles à partir de petites sommes: du private equity pour tous, en quelque sorte. On imagine donc l’élargissement du marché que promet cette catégorie de titres, à des investisseurs qui n’en étaient pas auparavant. Reste à voir émerger un véritable marché secondaire des security tokens, qui permette à tout un chacun de les revendre à d’autres investisseurs: pour les experts, c’est une question de temps avant que ces jetons ne se muent en un marché de masse, standardisé et négocié à large échelle.

Cyrus Fazel. (DR)
Cyrus Fazel. (DR)

D’un autre côté, on trouve les utility tokens, ou jetons d’utilité. Ceux-ci ne confèrent pas un droit à des parts de l’entreprise, mais un droit d’utiliser ses produits et services, et parfois aussi le pouvoir de participer à la gestion de l’entreprise. Transférer du pouvoir, plutôt que de la propriété? C’est leur promesse, et peut-être l’option la plus progressiste. Les jeunes en général sont fans des utility tokens: «Je préfère utiliser des tokens pour avoir des services en retour, estime Muhammand Usman Khan, jeune consultant blockchain chez Crypto Council, à Islamabad, réagissant à un échange sur LinkedIn. Au niveau mondial, le marché du token d’investissement n’est pas encore uniforme et standardisé, même si je comprends que certains trouvent ce type de tokens plus rassurants». Parmi les adeptes des utility tokens, Cyrus Fazel, cofondateur et CEO du groupe lausannois Swissborg, avait opté pour ce type de titres lors de la levée de fonds en 2017. Dans une récente vidéo de Cryptonites TV, la chaîne Youtube de Swissborg, il rappelle que la propriété d’actions n’offre plus les mêmes avantages chez les nouvelles entreprises de la tech. «Les dividendes par exemple, n’existent quasiment plus parmi les titres technologiques, dont la valorisation est basée sur leur communauté d’utilisateurs.

Au final, est-il mieux de posséder une action Microsoft, ou d’avoir la possibilité d’utiliser tout l’écosystème Microsoft? Si on croit vraiment aux technologies de la crypto, il faut les utiliser, pas seulement y investir, car les actifs crypto sont certes intéressants comme véhicules d’investissement, mais l’essentiel n’est pas là, il est dans leur usage», conclut-il. C’est sans doute la force des tokens d’utilité: ils ouvrent la voie à de nouveaux modèles de gouvernance, contrairement aux security tokens. Avec des utility tokens, on peut obtenir un droit de referendum (vote) en proportion du nombre de tokens détenus. Dans l’idéal, un statut de «membre», comme dans les coopératives, devrait même conférer un vote à poids égal à chacun, ce qui permet un exercice plus démocratique du pouvoir. Réfléchissant à différents modèles décentralisés, Swissborg veut privilégier l’approche d’une «organisation autonome décentralisée» (DAO), concept qui a le vent en poupe et qui vise à intégrer une entreprise à sa communauté, dont les membres prendraient part au travail de l’entreprise, et aux décisions stratégiques, tout en utilisant ses produits.

Des idées éprouvées en Europe du Nord

Les penseurs de la décentralisation se trouvent aussi parmi les économistes de la gauche et de la droite libertarienne. Dans son dernier livre Capital et idéologie, l’économiste français Thomas Piketty explore l’idée d’un «socialisme participatif», fondé sur la propriété sociale, le partage des droits de vote et la participation des employés à la décision dans les entreprises. Il souligne l’apport de la délibération collective (ou intelligence collective), dont sont privées les structures hautement centralisées.

Le partage du pouvoir et l’implication des salariés dans la gouvernance des entreprises sont des concepts issus de la social-démocratie germanique et nordique. En effet, des systèmes de partage des droits de vote sont en place en Europe du Nord depuis la fin des années 1940-50. Les représentants des employés disposent de la moitié des voix dans les conseils d’administration en Allemagne et d’un tiers des voix en Suède, indépendamment de toute participation au capital. Cette cogestion, qui a permis une plus grande implication des salariés dans la définition des stratégies des entreprises, et favorisé un modèle plus productif et moins inégalitaire, valide les idées de gouvernance participative nées sur la blockchain.

Blockchain et trust anglo-saxon

D’autres concepts anciens se retrouvent modernisés sur la blockchain : celle-ci permet par exemple de distribuer de l’argent de manière planifiée. En d’autres termes, de programmer des paiements conditionnels, en utilisant ce qu’on appelle un HTLC (ou Hashed Timelock Contract). Un paiement sera effectué entre une partie A et une partie B si certaines conditions sont réunies, avec un deadline prédéfini. Ce type de conditionnalité rappelle trait pour trait certaines caractéristiques du trust anglo-saxon, ou fiducie patrimoniale.

Le trust, outil de gestion successorale pour les grandes fortunes, né il y a plus de 250 ans, nomme un trustee (ou administrateur) dont le rôle est exactement celui de la blockchain dans le cas précité: il assure des versements conditionnels, datés et précisés à l’avance par le constituant, aux bénéficiaires du trust. A cet égard, la blockchain dispose de la sophistication qu’il faut pour permettre un jour l’avènement du trust successoral digital, peer-to-peer et désintermédié ; on commence seulement à entrevoir le potentiel que cette technologie recèle dans la gestion des crypto-actifs des grandes fortunes familiales. Nul doute: la tokenisation est une tendance lourde, qui pourrait bien devenir la norme dans la finance suisse de demain.

Gauthier Vila. (DR)
Gauthier Vila. (DR)

Mais les débats qui agitent la cryptosphère vont au-delà de la tokenisation. «Au fondement des discussions, il y a la conception même du bitcoin et son protocole, témoigne Gauthier Vila, créateur chez Blockchain Swiss Creations. Une partie des gens pensent que le bitcoin n’est pas le futur en soi et qu’il faut s’en inspirer pour faire quelque chose de mieux ou de différent, poursuit le jeune lausannois diplômé en marketing et communication. Mais quelle que soit la blockchain du futur, pour qu’elle ait une véritable utilité, elle devra réunir les quatre principes fondamentaux: sans frontières, immuable, résistant à la censure et sans permission».

Transparence versus sécurité

Lors d’un panel de la conférence Blockchain Unchained de Swissborg, à l’IMD le 5 décembre, les experts se sont interrogés: le futur appartient-il aux blockchains assurant la sécurité des données, ou à celles assurant une pleine transparence? D’une part, l’ADN de la blockchain est associé à une transparence accrue des informations: ses registres transparents et immuables permettent aux investisseurs de remonter l’historique des informations, «scellées» par le registre lui-même, qui les renseignent par exemple sur les conditions d’émission d’un token, les accords entre les parties et tous les amendements successifs, ou sur l’identité des propriétaires de parts.

D’autre part la blockchain, c’est aussi la promesse d’une confidentialité (privacy), ou sécurité des données. D’aucuns mettent l’accent sur la possibilité de délimiter les accès, en créant des blockchains privées, pour corriger les effets néfastes de la captation de nos données par les géants de la tech. Les blockchains privées, qui existent déjà, permettront d’accepter des membres uniquement sur invitation et ces derniers doivent obtenir une autorisation pour agir sur la plateforme. Les différents niveaux d’accès et rôles peuvent être cryptés pour protéger des informations commerciales confidentielles. Des institutions financières et des investisseurs voulant la confidentialité peuvent aussi recourir à des protocoles privés, comme Corda ou Hyperledger. Sauf qu’avec ces blockchains à l’accès restreint, on risque de dénaturer le modèle pur des origines: «On voit effectivement naître des registres distribués plus corporate qui permettent à plusieurs acteurs de collaborer, observe Gauthier Vila. Cela fait perdre certaines vertus initiales du bitcoin comme la décentralisation et l’ouverture qu’avaient certaines blockchains comme Ethereum. Les blockchains privées avec quelques nœuds ne permettent pas de remplir toutes les valeurs de la blockchain et ne sont pas très différentes d’un système de plusieurs serveurs connectés. La réelle question, au final, est de savoir comment préserver à la fois la transparence que la blockchain apporte et garder un niveau de sécurité».

Cyril Lapinte. (DR)
Cyril Lapinte. (DR)

Si elle peut être un outil de confidentialité, la blockchain n’est pas pour autant immunisée contre des failles de sécurité, et ses utilisateurs devront mettre en place les techniques cryptographiques les plus pointues s’ils veulent qu’elle résiste aux piratages et maintienne son image de coffre-fort des données. «La blockchain ne peut exister sans sécurité du réseau, estime Cyril Lapinte, fondateur de "C-Layer", un logiciel intégrant la compliance dans la blockchain. Elle doit être parfaite, sinon tout s'écroule. La problématique intéressante est la sécurité des clefs privées des utilisateurs. C'est la condition essentielle d'une adoption massive aujourd'hui, et beaucoup y travaillent», note l’expert. Il estime que la blockchain, contrairement aux plateformes comme Facebook, n’a pas les moyens d’espionner ses utilisateurs: «La blockchain est coûteuse et ne peut se permettre de stocker des données d’utilisateurs juste pour faire du stockage. L'intérêt est de n'y mettre que les données nécessaires à la gouvernance et l'exécution des transactions et des smart contracts.»

Une, ou des blockchains?

Difficile de prévoir si à l’avenir l’écosystème prendra la forme d’une blockchain publique et entièrement décentralisée, à l’exemple d’Ethereum, ou si l’on verra naître un réseau de différentes blockchains reliées entre elles. Entre les différentes blockchains, l’interopérabilité ou «atomic swap», sera essentielle, à savoir une opération d'échange atomique de tokens ou d'informations entre deux chaînes. «Cela ferait sens d'avoir une forme de consolidation débouchant sur seulement quelques blockchains, tandis que les besoins spécifiques iront sur des sidechains plus petites, mais s'appuyant sur la confiance issue des plus grosses», pronostique Cyril Lapinte. Des anticipations expertes, qui permettent d’avoir une fenêtre sur l’économie du futur.


Découvrez également l'impact de la blockchain dans différents aspects de la vie quotidienne dans notre webdoc réalisé en partenariat avec Palexpo.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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