Bilan

L'Iran, une puissance sur laquelle il faut miser

La levée des sanctions contre le pays aura des conséquences économiques et financières. Leur impact pourrait s’avérer très important.

Le retour de l’Iran sur le marché du pétrole aura des répercussions sur l’exploration.

Crédits: Vahid Salemi/Keystone

L’économie iranienne, qui peut revendiquer une place au sein du G 20, reprendra un jour son rythme de croisière, avec ses 80  millions de consommateurs, comme ce fut le cas avant la mise en place des sanctions. Ce seront alors des milliards de barils de pétrole et de mètres cubes de gaz naturel, des millions de tonnes de zinc et de cuivre, qui retrouveront le chemin de l’exportation.

De 400  milliards de dollars en 2014, le PIB nominal de l’Iran pourrait donc rapidement s’accroître et dépasser les 500  milliards d’ici à la fin 2017.

Cette évolution ne sera pas linéaire car il existe de nombreuses raisons de douter de la capacité du pays à attirer les investisseurs étrangers et à développer ses relations économiques. En premier lieu, l’écosystème de sanctions contre l’Iran est extrêmement complexe et il émane de trois sources, les Etats-Unis, les Nations Unies et l’Union européenne. En outre, l’accord de juillet sur le nucléaire iranien ne permettra de lever qu’une partie des sanctions. 

Malgré ces obstacles, on est en droit de penser que le relèvement de cette économie pourrait surprendre par son ampleur. L’histoire montre en effet que la levée de sanctions est suivie d’une phase de forte croissance économique et d’un afflux marqué des investissements directs étrangers. Cela a été le cas pour l’Afrique du Sud, la Yougoslavie, la Birmanie et la Libye. L’Iran ne devrait pas faire exception.

Les incidences de la levée des sanctions ne sauraient être immédiates, mais on peut néanmoins prévoir des changements majeurs d’ici au début 2016. Le premier concerne la capacité de l’Iran à augmenter ses exportations de pétrole. Même si elles ne retrouvent pas leur niveau antérieur avant 2018 au plus tôt, elles pèseront sur les cours du brut et accentueront leur volatilité.

Par ailleurs, il est probable que le Gouvernement iranien cherchera à convaincre son opinion publique qu’il contrôle son industrie pétrolière et à dégager un maximum de revenus dans des délais aussi brefs que possible. Cette tentation sera d’autant plus forte que les élections parlementaires se tiendront en mars  2016. A plus long terme, le retour de l’Iran sur le marché international du pétrole pourrait avoir un impact sur l’exploration.

Sachant que ce pays peut produire à un coût aussi faible que 10  dollars le baril, les techniques d’extraction plus complexes, notamment le forage en eaux profondes, pourraient être remises en question.

100  milliards de liquidités

Une deuxième grande inconnue concerne l’utilisation des quelque 100  milliards de dollars de liquidités dont le Gouvernement iranien disposera dès 2016. Ce montant représente le paiement de factures pétrolières de différents pays et avait été bloqué à l’étranger à la suite des sanctions américaines. Si une partie peut être consacrée au renforcement des réserves de change et à la recapitalisation des banques, le reste dopera sans doute les dépenses publiques. 

Cela se traduirait par une flambée des importations: d’abord celles de machines, de produits de l’industrie légère et de biens de consommation, puis celles de biens d’équipement. Les principaux bénéficiaires de cette relance des importations devraient être les exportateurs européens, notamment l’Allemagne et l’Italie. Pour ces deux pays, la réouverture de l’Iran pourrait se traduire par un supplément d’exportations de l’ordre de 10 à 12  milliards de dollars ces deux prochaines années.

Reste la grande inconnue politique: comment l’Iran parviendra-t-il à satisfaire son ambition de devenir une puissance régionale au sein du Moyen-Orient?   

* Vice-président, directeur recherche et stratégie, groupe Official Institutions, State Street Global Advisors. L’intégralité de l’étude sur l’Iran est disponible sur www.ssga.com

Elliot Hentov

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