Bilan

L’investissement durable séduit les caisses de pension

Placer ses avoirs en fonction de critères sociaux et environnementaux gagne du terrain auprès des caisses de pension. Soit pour des raisons éthiques, soit pour des raisons de risque et de valorisation.

De grands fonds de pension se sont associés afin que leurs placements s’opèrent dans le respect de l’environnement, de la société civile et de l’économie.

Crédits: Lockie Currie/Getty

Avec la création de l’Association suisse pour des investissements responsables (ASIR) fin 2015, les plus grandes institutions de prévoyance de Suisse s’engagent désormais activement en faveur de l’investissement durable. La question est de savoir comment, dans un contexte de taux d’intérêt négatifs, les avoirs de prévoyance peuvent atteindre les objectifs de taux minimal LPP en s’imposant le filtre supplémentaire des critères de durabilité, alors qu’il est déjà difficile d’atteindre ces objectifs sans cette contrainte.

En effet, des fonds de pension aussi importants que celui du canton de Zurich, de l’AVS (Compenswiss), de La Poste, des CFF, de Swisscom, mais aussi la Caisse fédérale de pensions PUBLICA, et la Suva ont fondé ensemble l’ASIR et visent à ce que leurs placements s’opèrent dans le respect de l’environnement, de la société civile et de l’économie.

Il s’agit notamment pour ces gros investisseurs de «dialoguer avec les entreprises pour lesquelles un manquement systématique a été constaté par rapport aux critères normatifs de l’ASIR», critères qui se basent sur les traités internationaux signés par la Suisse, comme le Global Compact des Nations Unies. 

Ces caisses d’envergure nationale, qui gèrent des dizaines de milliards de francs, pourront-elles s’engager sans sacrifier des points de rendement? «Les institutions qui s’impliquent dans l’investissement durable ne devraient pas connaître d’effet spécifique sur leur performance», estime Dominik Irniger, responsable de la gestion des avoirs de la caisse de pension des CFF, qui s’élèvent à 16,8 milliards.

«Nous n’introduisons pas de critères durables directement dans notre processus d’investissement, explique-t-il. Nous examinons plutôt les portefeuilles à la lumière des critères normatifs de l’ASIR, et décidons sur quels aspects nous voulons ouvrir un dialogue avec les entreprises dans lesquelles on investit.»

Dans de rares cas, si les entreprises ne montrent pas de bonne volonté, les institutions membres de l’ASIR peuvent les exclure de leurs portefeuilles, mais cela reste une exception, selon le gérant de la caisse des CFF, et n’affectera pas la performance.

«Le but est de faire pression sur les entreprises afin qu’elles changent». Au final, l’impact de cet activisme actionnarial sera largement neutre sur le rendement, conclut-il.

D’autres grandes caisses ne sont pas engagées en faveur de l’investissement durable mais en tiennent compte pour des raisons de gestion des risques. La fondation d’investissement Avadis, basée à Baden, qui s’est établie à Lausanne en mai 2012, gère depuis 1999 les avoirs de la caisse de pension du groupe ABB, mais également ceux d’autres institutions, soit environ 140 caisses de pension. Elle représente 14 milliards sur le marché suisse.

«Nous ne sommes pas actifs dans l’investissement durable, mais de plus en plus, les critères durables sont intégrés d’une manière ou d’une autre dans les analyses des sociétés et dans la sélection des gestionnaires», indique Jérôme Chevallereau, responsable des ventes institutionnelles sur l’ensemble de la Suisse. «Car c’est un facteur de risque  financier, en réalité, que d’investir dans des sociétés qui présentent un risque potentiel en termes de pollution ou autres; le cas de BP est emblématique à cet égard.» 

Dès lors, «il devient de plus en plus «mainstream» d’intégrer des facteurs plus soft que des facteurs simplement financiers dans les titres qu’on achète». Avadis se spécialise avant tout dans les solutions de gestion indicielle, de private equity et d’immobilier. Dans ce dernier domaine, l’institution choisit des objets aux normes environnementales et durables, pour des raisons de réglementation et de valorisation.

Comment investir dans des valeurs suisses respectant les préceptes du développement durable tout en gagnant de l’argent? La société genevoise Vandaalen & Cie s’est associée à Covalence pour proposer un produit très réactif. Arnaud Chamorel, à la tête de Vandaalen & Cie, a créé un AMC (Actively Managed Certificate). Les AMC sont des instruments dérivés à structure dynamique et sous gestion discrétionnaire.

Il s’agit typiquement d’un portefeuille d’actifs (généralement des actions) dont la repondération est décidée par un conseiller en investissement. Nommé «Vandaalen ESG Swiss Equities», ce panier de valeurs a été établi à la fois par les analystes de chez Vandaalen chargés d’évaluer les actions du SPI selon des critères financiers (rendement du dividende, payout ratio, liquidité, volume, capitalisation boursière, flottant, etc.), ainsi que par l’équipe de Covalence qui se charge d’évaluer la réputation des sociétés en fonction de leur impact environnemental, de leur responsabilité sociale et de la gouvernance d’entreprise. 

Scruter les signaux négatifs

Vandaalen & Cie, fondée en 2001, a également développé un algorithme qui recherche les nouvelles publiées sur les sociétés concernées. Elle sélectionne et retient notamment les nouvelles négatives. Au-delà d’un certain seuil d’occurrences, une alarme est déclenchée. «Cette façon de faire permet un suivi quotidien. Les signaux négatifs perçus permettent d’agir suffisamment en amont, avant qu’un scandale n’éclate.

Un événement surprise comme celui de Volkswagen reste extrêmement rare», observe Arnaud Chamorel, «mais le marché sanctionne de plus en plus, et souvent de manière brutale, les sociétés avec une mauvaise gouvernance. Pour notre clientèle privée, un rating annuel des entreprises ne suffit pas», ajoute le dirigeant. Cet AMC est administré par Natixis. Précisons qu’il prend actuellement les valeurs du SPI comme univers d’investissement, mais que le processus peut être adapté à tout marché régulé de valeurs mobilières. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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