Bilan

L'initiative Minder en route vers sa consécration

Thomas Minder a sillonné la Suisse pour marteler son message. Halte aux abus des patrons profiteurs. Un message clair qui n’a pas varié depuis cinq ans que son initiative est apparue sur la scène fédérale.
«Si votre initiative passe, vous serez ces vingt prochaines années désigné comme responsable de chaque crise économique. Etes-vous prêt à être cet homme?»

Cette question a été posée en janvier à Thomas Minder. La réponse de l’entrepreneur schaffhousois a fusé: «Cela ne peut être pire qu’aujourd’hui! Regardez le cas UBS. En 2006, une vingtaine de personnes du conseil d’administration et de la direction se sont distribuées 253 millions. Tout le monde connaît la suite… Et il y aura encore 10'000 licenciements jusqu’en 2015.»

C’est l’une des forces de Thomas Minder. Il ne doute pas. Et il est resté déterminé tout au long d’une campagne où la grande majorité de la classe politique et économique du pays lui était opposée.

Il aura fallu attendre 5 ans

Il y a évidemment quelque chose de la foi du missionnaire dans la volonté de celui qui est devenu conseiller aux Etats en 2011 à pourfendre les top managers qui ne méritent pas leurs salaires. Un combat qui l’anime depuis plus de dix ans lorsque, en 2001, la Suisse a été frappée par la débâcle de Swissair.

L’initiative «contre les rémunérations abusives» a, elle, été déposée en février 2008, forte de 118'583 signatures. Elle a ainsi dû attendre 5 ans pour être soumise au scrutin populaire. Car l’initiative «contre les rémunérations abusives» a été ballottée comme rarement dans les Chambres fédérales. Le parlement a débattu des heures de contre-projet direct et contre-projet indirect.

Les exigences de Thomas Minder sont, elles, restées toujours les mêmes. C’est sans doute cela qui aura fait sa force. Car celui qui est devenu à la faveur de ce texte une personnalité nationale a accédé entre-temps au siège de sénateur (indépendant) de son canton.

Il n’empêche que Thomas Minder croit davantage en la force du peuple bien plus qu’en celle de la politique et de l’establishment. «La démocratie directe, c’est fantastique. Une initiative populaire vous donne plus de force que n’importe quelle intervention parlementaire!» assène-t-il à qui veut l’entendre.

Une première défaite pour EconomieSuisse?

Le récent sondage de l’institut GFS le donne vainqueur avec 65% des suffrages. La victoire ne devrait sans doute pas lui échapper. Reste à connaître, dimanche en fin d’après-midi lorsque les résultats officiels tomberont, l’étendue de son succès. Qui pourrait résonner comme une gifle cinglante pour les partis de droite engagés contre le texte de Thomas Minder.

La faîtière des milieux économiques, EconomieSuisse, aussi devra faire un débriefing critique de son action. Car sa campagne alarmiste n’a pas touché la population. Au contraire, disent de nombreux analystes, les maladresses de communication ont renforcé le soutien à Minder.

Et si depuis quelques années, il n’est plus rare que des initiatives populaires soient acceptées (en 2008 celle contre les actes de pornographie enfantine, en 2009 celle contre la construction des minarets, en 2010 celle pour le renvoi des criminels étrangers, en 2012 celle contre les résidences secondaires), la victoire de l’initiative de Thomas Minder sera tout de même une première. Jamais EconomieSuisse n’a perdu une campagne de votation dans laquelle elle s’était clairement engagée.



Xavier Alonso

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