Bilan

L’ether est en passe de supplanter le bitcoin

Les monnaies virtuelles flambent depuis le début de l’année. Le bitcoin voit sa suprématie menacée par le projet Ethereum, basé à Zoug.
  • Symbolisé par cette double pyramide, l'ether est en passe de dépasser le bitcoin au palmarès des crypto-monnaies.

  • La capitalisation de l'ether a pratiquement rattrapé celle du bitcoin en six mois, comme l'indique ce graphique du New York Times.

  • Jeune prodige informatique, le Russe d'origine Vitalik Buterin a basé à Zoug le projet Ethereum dont est issue la monnaie cryptée ether.

Une envolée vertigineuse. Le bitcoin qui valait moins de 500 dollars au début 2016 a crevé son plafond au mois de juin en grimpant jusqu’à quelque 3000 dollars. La valeur de la monnaie cryptée a sextuplé en moins de dix-huit mois. Basée sur la technologie de la blockchain, la devise repose sur un réseau décentralisé que ne peuvent influencer ni les banques, ni les Etats.

Depuis le début de 2017, le système concurrent de l’ether a connu un déploiement encore plus fulgurant, avec une croissance de 4500% amenant l’unité à plus de 300 dollars. Cette valorisation porte la valeur accumulée dans cette monnaie à quelque 34 milliards de dollars, soit 82% de la somme levée par le bitcoin en 7 ans d’existence, souligne le New York Times.  

Derrière le projet Ethereum se trouve un Russe de 23 ans, Vitalik Buterin. Après une enfance au Canada, le jeune prodige a basé son projet en Suisse, dans la région de Zoug surnommée Crypto Valley en raison de l’implantation de nombreuses sociétés actives dans ce domaine. D’ores et déjà millionnaire en ethers, Vitalik Buterin indique sur la liste de ces lieux de résidence la compagnie Cathay Pacific Airlines car il passe l’essentiel de son temps dans les airs.

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En 2017, l’intérêt pour les monnaies virtuelles ne se limite plus aux cercles d’initiés. La banque zurichoise Vontobel a émis il y a 11 mois un Bitcoin-Tracker-Certificate, dont le volume d’émission a doublé en mars dernier, rapporte Finanz und Wirschaft. De son côté, le Zuger Crypto Fund a annoncé pour la fin de l’année l’émission d’un fonds ETF (fonds indiciels) de monnaies cryptées, destiné dans un premier temps aux investisseurs institutionnels.

Qui va dominer? 

Si les monnaies digitales battent record sur record, c’est uniquement en raison d’une demande toujours plus forte car leur cours reflète les sommes que les investisseurs sont prêts à payer pour en acquérir. Les risques restent néanmoins conséquents. Personne ne peut dire ce que représentera le bitcoin dans cinq ou dix ans. Si l’essor des monnaies virtuelles paraît certain, on ignore laquelle va dominer et si certaines vont disparaître. Il existe dans le monde quelque 800 différentes devises cryptées, dont le Ripple qui a également le vent en poupe. La capitalisation de l’ensemble de ces monnaies dépasse actuellement 100 milliards de dollars, soit davantage que la valeur boursière d’UBS ou d’ABB, souligne Finanz und Wirschaft.

Aujourd’hui, le bitcoin jouit déjà d’une large reconnaissance, par exemple auprès de compagnies comme Overstock.com et Expedia. Le Japon l’accepte comme moyen de payement de même que l’Australie, tandis que la Chine étudie une nouvelle réglementation. Cependant, la communauté du bitcoin est confrontée à des limites techniques ainsi qu’à de vives divisions internes. Son image souffre aussi de son association avec des transactions criminelles portant sur la drogue et des demandes de rançons de hackers.

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Lancé il y a deux ans seulement, l’ether n’a encore été confronté à aucun scandale. Soutenu à la fois par les geeks et de grandes compagnies comme JPMorgan Chase et Microsoft, le projet Ethereum étend l’utilisation de la blockchain vers un nouveau type de réseau global informatique, au-delà d’une simple monnaie virtuelle. Selon William Mougayar de Virtual Capital Ventures cité par le New York Times, le moment où l’Ethereum va surpasser le bitcoin est proche. « Il n’y a pratiquement rien que l’on peut faire avec le bitcoin que l’ether ne permette pas aussi. »

Une centaine de compagnies dont Toyota, Merck ou Samsung ont quant à elles rejoint l’association à but non lucratif Enterprise Ethereum Alliance qui œuvre à intégrer les standards Ethereum dans le monde de l’entreprise. Le point de bascule où la capitalisation du l’ether doit dépasser celle du bitcoin a d’ores et déjà été baptisée avec un site dédié Flippening et sur Twitter, les observateurs utilisent le hashtag #Theflippening.

Initial Coin Offering

L’ether sert à des transactions purement financières, par exemple à lever des fonds pour les start-up qui travaillent à partir du projet Ethereum. C’est dans ce contexte que l’on utilise l’expression « initial coin offering » (ICO), qui fait écho à « initial public offering » (IPO). Cette opération permet aux entrepreneurs de lever des ethers qu’ils pourront convertir en dollars et utiliser pour leurs dépenses opérationnelles. A la mi-juin, des investisseurs ont injecté 150 millions de dollars dans la start-up Bancor spécialisée dans les monnaies virtuelles. Un mouvement suivi avec attention car un échec de Bancor serait de très mauvais augure pour le projet Ethereum.

De nombreuses plateformes internet permettent d’acquérir des monnaies virtuelles. Ces bourses mettent aux enchères la quantité de monnaie que les vendeurs mettent en vente, sur le même principe qu’e-Bay. L’acquéreur détermine l’offre la plus attrayante et paye le vendeur par un virement sur son compte bancaire. Les bitcoin sont ensuite chargés sur un portemonnaie électronique comme Ledger ou Trezor, qui enregistre la clé informatique qui permet de libérer par exemple les bitcoins.

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Il est conseillé de se tourner vers les plateformes qui enregistrent les plus gros volumes de transactions. Finanz und Wirschaft indique Bitstamp basée Luxembourg. Alors que l’ether n’est pas utilisé pour l’heure pour des transactions de la vie quotidienne, on peut néanmoins s’en procurer comme un journaliste de wedemain.fr en a fait l’expérience. Il a acquis à la mi-juin un ether pour la somme de 325 euros par l’intermédiaire de la plateforme Coinbase.

 

  

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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