Bilan

L'Etat islamique voudrait lancer sa propre monnaie

L'Etat islamique adopte progressivement les fonctions régaliennes des états classiques: les terroristes qui contrôlent partiellement la Syrie et l'Irak seraient sur le point de lancer leur propre monnaie.
  • Les combattants de l'Etat Islamique pourraient avoir leur propre monnaie dans les prochains mois.

    Crédits: Image: AP/SIPA
  • Les premiers Dinars spécifiques au monde arabe ont été frappés au VIIIe siècle sous le règne du calife Abd al-Malik à l'extrême fin du VIIe siècle.

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Avoir conquis un territoire ne fait pas d'un groupe armé un état. Mais au fil des mois, les membres de l'Etat Islamique sont en train de transformer les régions qu'ils contrôlent en Irak et en Syrie en un véritable état. Ils avaient commencé dès cet été en mettant en place des ministères et des taxes diverses ainsi que d'autres sources de revenus. Une nouvelle étape pourrait être franchie prochainement avec une fonction régalienne supplémentaire: la mise en circulation d'une monnaie propre.

Dans sa quête du retour aux origines, et au temps du califat, le choix du Dinar comme dénomination semble logique. C'est le nom que portait la monnaie d'or sous les califes omeyyades au Moyen-Orient et en Afrique du Nord aux VIIe et VIIIe siècles, tandis que les pièces en argent étaient appelées Dirham. De nombreux pays du bassin méditerranée ont d'ailleurs conservé ces deux noms pour leur devise.

Selon plusieurs médias dont le Daily Mail, l'annonce de ce changement de monnaie aurait été fait lors des récents prêches des imams des villes contrôlées par l'Etat Islamique, début novembre, ainsi que plusieurs témoins l'auraient rapporté. Aucune confirmation des dirigeants de l'Etat Islamique n'a pour le moment été rendue publique. Les témoignages ne sont toutefois pas aussi clairs sur le retour de l'or et de l'argent pour ces pièces. Les devises qui portent aujourd'hui le nom de Dinar (et de Dirham) comprennent au mieux une infirme part de métal précieux dans leur alliage.

D'importantes quantités d'or et d'argent nécessaires

Si Abu Bakr al-Baghdadi, le nouveau calife autoproclamé, voulait revenir aux origines strictes de cette monnaie des premiers siècles de l'Islam, il lui faudrait détenir d'importantes quantités d'or et d'argent: le Dinar comportait à l'époque 4,3g d'or pur, tandis que le Dirham était composé de 3g d'argent.

Grâce à la prise de contrôles de banques irakiennes et syriennes et aux stocks d'or des particuliers, Abu Bakr al-Baghdadi et ses disciples pourraient disposer d'un stock de base pour lancer la frappe dans les prochaines semaines. Mais ce choix du retour à la monnaie créée sous le règne du calife Abd al-Malik dans les dernières années du VIIe siècle (et qui succédaient aux pièces frappées sous le règne d'Othman en 644) pourrait se révéler un choix risqué: une importante part de métal précieux entre les mains de l'Etat Islamique serait immobilisée dans le numéraire en circulation. Or, pour acheter des armes, des munitions et des équipements divers, les terroristes pourraient avoir recours aux métaux précieux afin de payer les transactions auprès des intermédiaires et trafiquants qui les approvisionnent.

Monnaies locales, billets de banque et paiement électroniques

Une autre question qui se poserait en cas d'introduction de cette nouvelle monnaie serait le devenir des monnaies actuellement en vigueur en Syrie et en Irak. La Livre syrienne (ou Lira) et le Dinar irakien pourraient-ils être échangés par leurs détenteurs ou avoir cours pendant quelques temps concomitamment avec le nouveau Dinar? Sans même parler des Dollars américains qui circulent comme monnaie parallèle dans les deux pays et surtout en Irak.

Aucune information n'a non plus émergé quant à l'impression de billets de banque éventuels, un type de monnaie inconnu au Moyen-Orient au temps des premiers califes. Et encore moins sur les moyens électroniques de paiement. Mais les terroristes de l'Etat Islamique ont fait preuve ces derniers mois de leur habileté à maîtriser les outils modernes, notamment le web et les réseaux sociaux.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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