Bilan

L’EPFL convertit ses anciens en business angels

Avec la Seed Night, l’EPFL met son réseau d’alumni au service des jeunes pousses sorties de ses laboratoires.

Simon Kuenzi présente sa start-up bNovate à plus d’une centaine d’anciens élèves investisseurs potentiels lors de la Seed Night de l’EPFL.

Crédits: Gilles Nahon / Nahon.ch

La Seed Night qui s’est tenue jeudi dernier au Rolex Center de l’EPFL était l’occasion pour une quinzaine de start-up de «pitcher» devant une audience particulière, celles des anciens élèves du campus. «L’idée, selon Pierre Dorsaz, le responsable des relations extérieures et de l’innovation d’EPFL Alumni, c’est de mettre en relations notre réseau d’anciens parmi lesquels on trouve nombre d’entrepreneurs à succès en relation avec ceux qui pourraient devenir leurs successeurs. Les premiers jouent ainsi le rôle de mentors, voire d’investisseurs. »

Le modèle de Stanford

Potentiellement, cette mise en réseau social est très porteuse. Si la Silicon Valley est devenue l’épicentre de l’innovation et des start-up, elle le doit largement à l’Université de Stanford. Là, non seulement les chercheurs du campus ont produit nombre des savoirs nécessaires à la troisième et aujourd’hui quatrième révolution industrielle, mais son parc industriel a été le berceau d’entreprises géantes en remontant aux pionniers comme Fairchild Semiconductors et Hewlett Packard jusqu’à Cisco et Google récemment. Quarante mille entreprises au total.

Dans cet écosystème, les anciens élèves jouent un rôle central. Ce sont eux qui, une fois le succès de leur entreprise établi, assurent le financement et conseillent la génération suivante de startuper. On ne compte plus ceux des Larry Page et Sergey Brin (Google), des Reid Hoffmann (Linkedin) et autres Peter Thiel (PayPal).

Il faut aussi relever que les quelques firmes de venture capitalists qui tirent leur épingle d’un jeu où la plupart affiche des performances médiocres sont précisément celles fondées par d’ex-entrepreneurs-alumni comme Sequoia Capital, Kleiner Perkins ou DFJ. En 2000, le MIT a d’ailleurs reconnu la force de ce modèle en lançant son Venture Monitoring Service pour trouver des mentors et des coachs parmi ses alumni.

A Lausanne, au milieu des années 2000, quelques pionniers membre de l’association des anciens élèves de l’école A3 comme Claude Florin et Marc Gandar ont, eux aussi, l’idée de doubler cette structure d’un club de business angels (A3 Angels) pour développer le mentoring et mutualiser leurs investissements. Ils entendent épauler avec leur expérience et leurs réseaux la prochaine génération d’entrepreneurs. Il en est sorti quelques success story comme Lemoptix rachetée l’an dernier par Intel.

Association avec le BAS

Avec la professionnalisation du bureau des alumni suite à la dissolution de l’association A3 en 2014, cette politique s’est systématisée. Pierre Dorsaz et son équipe chassent dans tout le réseau des anciens élèves ceux qui auraient vocation à devenir business angels. La Seed Night qui a rassemblé jeudi 21 avril 250 personnes - dont la moitié d’anciens élèves - a été ainsi l’occasion pour cette audience de découvrir 15 entrepreneurs dont 13 de l’école.

Au-delà, EPFL Alumni s’est associé au chapitre romand du club Business Angels Switzerland (BAS) qui invite une quinzaine d’alumni quatre fois par an à assister à ses « Dinner meeting» où viennent pitcher des start-up sélectionnées. Sans qu’ils aient à s’acquitter des 1600 francs (plus 800 francs par an) que coute l’adhésion à ce club.

Comme l’explique Caroline Gueissaz, responsable du BAS Romandie, «l’arrivée des alumni de l’EPFL apporte une expertise d’ingénieurs précieuse pour notre réseau.» Elle participe aussi à la croissance de ce club qui anticipait 35 membres à sa création en 2007 et en comptera bientôt 55. Mais ce sont surtout les start-up qui bénéficient de cette dynamique, l’ordre de grandeur des investissements du BAS atteignant 250 000 francs en phase d’amorçage pour chacune des 6 à 8 entreprises soutenues chaque année.

A ce sujet, Steve Tanner, cofondateur d’EcoRobotix, qui a pu lever des fonds via ce réseau à la suite d’une soirée BAS-EPFL Alumni, ajoute : «Dans le cadre de la due diligence, ils nous ont posé des questions particulièrement pertinentes qui nous ont permis de revoir nos priorités.»

Pour Thomas Leurent, ancien de l’EPFL et CEO d’Akselos, une entreprise qui développe des programmes de simulation mécanique, cette dimension de mentoring est cruciale. Après être parti étudié le programme VMS du MIT, lui-même a investi dans une demi-douzaine de start-up de l’EPFL comme Lemoptix, ScanTrust, Scientific Visual… «Nous avons systématiquement non pas un mais trois mentors par start-up parce que cela multiplie les options pour l’entrepreneur qui décide à la fin», explique-t-il.

Ingénieur EPFL parti faire carrière dans le négoce de pétrole, Jean-Matthieu Sternberg a, lui, décidé de se réorienter en investissant dans l’innovation au travers du réseau BAS-EPFL Alumni. «Avec Lemoptix, j’avais eu la chance du débutant, explique celui qui a depuis investi dans Nanolive ou bien encore Fastree3D . Comme beaucoup de business angels, Jean-Matthieu Sternberg effectue des investissements typiquement de l’ordre de 10 000 à 50 000 francs. L’avantage du rapprochement avec le BAS est de mutualiser ces montants avec d’autres équivalents, limitant ainsi la complexité de gérer tous ces investisseurs pour l’entrepreneur débutant.  

Selon Thomas Leurent, ce phénomène d’alumni devenant business angels commence à prendre de l’ampleur. Si on l’ajoute à l’apparition de quatre nouveaux acteurs du capital-risque, que découvriront les lecteurs de Bilan dans notre édition en kiosque dès mercredi, il participe à une renaissance de l’investissement dans les start-up en Romandie.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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