Bilan

L'économie suisse se trouve sur la voie de la reprise

Le président de la BNS Thomas Jordan estime toujours que les interventions sur les marchés des changes et les taux négatifs permettent de relâcher la pression sur le franc.

M. Jordan se réjouit d'une "plus grande propension à investir" de la part des entreprises.

Crédits: Keystone

La Banque nationale suisse (BNS) a maintenu jeudi inchangée sa politique monétaire comme ses projections pour l'économie helvétique en 2017, à l'occasion de l'examen trimestriel de la situation économique et monétaire ainsi que de la publication de son rapport annuel sur la stabilité financière. Les grandes banques ont amélioré leurs capacités de résilience, mais devront encore fournir des efforts à ce niveau.


Le taux d'intérêt appliqué aux avoirs en comptes de virement a été maintenu à -0,75% et la fourchette de fluctuation du Libor à trois mois en francs entre -1,25% et -0,25%. La BNS confirme aussi son anticipation pour la croissance du produit intérieur brut (PIB) pour 2017 d'"environ 1,5%". La projection d'inflation demeure aussi fixée à 0,3% pour l'année en cours mais a été rabotée de 0,1 point de pourcentage pour les deux suivantes, à respectivement 0,3% et 1,0%.

"Comme le franc reste surévalué par rapport à l'euro de quelque 10% à 12%, la BNS n'a pas beaucoup de marge de manoeuvre. Ceci d'autant plus que les prix, après une légère progression, se sont stabilisés à peine au-dessus de 0%", ont commenté les économistes de la Banque cantonale vaudoise (BCV) dans une note.

Ni le franc, ni les cours des actions n'affichaient de réactions sensibles suite à cette reconduction de la politique monétaire helvétique.

Évolution positive mais disparate

L'économie suisse se trouve sur la voie de la reprise, a indiqué le président de la BNS. Thomas Jordan estime toujours que les interventions sur les marchés des changes et les taux négatifs permettent de relâcher la pression sur la devise helvétique.

L'embellie concerne l'industrie manufacturière ainsi que "de larges pans" des secteurs des services et de la construction, selon le banquier central en chef, qui se réjouit d'une "plus grande propension à investir" des entreprises.

Ce tableau demeure néanmoins contrasté, avec des capacités sous-utilisées et des marges sous pression. L'amélioration du taux de chômage reste "modeste" et les sociétés se montrent encore prudentes en termes d'embauche.

Le président de la direction générale de la BNS constate par ailleurs un raffermissement de l'économie mondiale, ce qui aura une influence déterminante sur les perspectives d'inflation et de la conjoncture en Suisse. Cette tendance globale va se poursuivre, selon le scénario privilégié par l'institut d'émission.

Le rapport sur la stabilité monétaire en 2016 avait fait état d'améliorations, bien qu'encore insuffisantes, des capacités des banques tournées vers le marché intérieur à résister en cas de coup dur inattendu.

Les déséquilibres sur les marchés hypothécaire et résidentiel sont demeurés élevés, en dépit d'un léger tassement. Le volume des prêts hypothécaires s'est étoffé de 2,7% en 2016. Les prix des appartements ont renchérit de 1,2% et ceux des habitations individuelles de 1,5%. Les coûts de transaction ont en revanche connu un coup de frein, après des années de forte progression.

Prise de risque encouragée par des taux anémiques


L'exposition des banques sur ces marchés s'est encore accrue, tout comme la part de crédits accordés à des revenus relativement faibles. Le risque lié à un dépassement de transformation des échéances pour sa part demeuré à un niveau historiquement élevé.

Les capitaux des banques concentrées le marché intérieur demeure nonobstant adéquate, leurs capitaux disponibles ayant évolué parallèlement à leurs actifs pondérés des risques et au volume de leur bilan. Le ratio de levier de ces établissements n'a par ailleurs pas bougé depuis 2015.

Le vice-président Fritz Zurbrügg a prévenu que la pression sur la rentabilité demeurera élevée aussi longtemps que les taux d'intérêts demeureront historiquement bas. Cet état de fait continuera à inciter les banques à s'exposer de manière plus importante encore aux risques liés au dépassement de la capacité financières des emprunteurs.

Une telle stratégie accroît la vulnérabilité de ces établissements en cas de remontée soudaine ou marquée des taux d'intérêts, ou encore en cas de correction sur les marchés hypothécaire ou immobilier, a averti M. Zurbrügg.

La propension des banques à accorder des crédits pour l'immobilier pourrait par ailleurs contribuer à la poursuite de l'envolée des prix de l'immobilier. "Une augmentation des taux d'intérêts pourrait entraîner une correction majeure des prix. Les banques qui financent les investisseurs dans ce segment pourraient alors subir des pertes sur les crédits accordés", avertit M. Zurbrügg, rappelant au passage l'importance des excédents de fonds propres actuellement détenus par les banques pour palier les conséquences d'un tel scénario.

En terme de supervision enfin, l'institut d'émission continuera à exercer une surveillance attentive des marchés hypothécaire et immobilier et se réserve toujours l'option d'adapter au besoin le volant anticyclique de fonds propres.

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