Bilan

L'économie suisse ralentira à cause des taux négatifs, selon Lombard Odier

Lombard Odier estime que l'économie suisse va connaître un ralentissement, principalement causé par l'environnement actuel de taux négatifs.

Sur la base de ces observations, Lombard Odier conseille de maintenir dans son portefeuille d'investissement une exposition au dollar et aux actions européennes.

Crédits: Keystone

Lombard Odier estime que l'économie suisse va connaître un ralentissement, principalement causé par l'environnement actuel de taux négatifs. Dans sa dernière stratégie de placement en date, la banque genevoise recommande de maintenir une exposition au dollar, de rester prudent face à l'euro et de trouver des sources de rendement alternatives en Suisse.

Les taux négatifs vont ralentir l'économie suisse davantage que la levée du plancher EUR/CHF et le raffermissement subséquent du franc. "Je m'inquiète de la capacité de l'économie helvétique à générer de la croissance à moyen terme", a expliqué mercredi Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier, lors d'une présentation à Lausanne. Ce dernier s'attend à des périodes de récession "nominale".

Pour M. Chaar, l'expérience des taux négatifs n'a jamais été tentée et ses bienfaits restent à démontrer. Leurs effets négatifs commencent en revanche à se manifester. Se trouvant dans l'incapacité d'"assurer" leurs crédits via des swaps, les banques rechignent de plus en plus à prêter de l'argent. Un assèchement guette l'économie helvétique, qui compose déjà depuis septembre 2013 avec une raréfaction des liquidités.

L'économiste remarque par ailleurs que les taux négatifs ont neutralisé le marché interbancaire. "Aucune banque ne va prêter à une autre en lui versant un salaire", image Samy Chaar. Un risque déflationniste n'est plus à écarter, avec comme corollaire une pression sur les salaires.

Pour remédier au manque de liquidités, il faudrait par exemple que l'Etat sorte de son "orthodoxie" budgétaire et injecte davantage d'argent dans l'économie sous forme d'investissements. Pour appuyer ses propos, M. Chaar met en exergue le solde courant de la Suisse, qui représente plus de 10% du PIB, et son déficit budgétaire anecdotique. "On pourrait pousser le déficit à 3% du PIB, dans les limites des accords de Maastricht. Ce serait raisonnable", plaide-t-il.

TAUX RELEVÉS EN JUIN

La situation est toute autre pour les Etats-Unis et le dollar. L'économiste de Lombard Odier place au plus tôt une remontée des taux de la Réserve fédérale américain (Fed) au mois de juin, contrairement au marché qui ne l'attend pas avant septembre. Avec un taux de chômage de 5,5% et une inflation sous-jacente à 1,8%, la Fed remplit déjà son mandat de plein emploi et de stabilité des prix, ce qui devrait l'inciter à agir rapidement, insiste M. Chaar.

La reprise aux Etats-Unis et la revalorisation du dollar est inéluctable pour le spécialiste. La remontée des taux par la Fed ne devrait pas enrayer une machine bien huilée par les cours actuels du pétrole et les revenus disponibles des ménages américains, au plus haut depuis deux ans.

L'enthousiasme est plus contenu, mais tout de même présent en ce qui concerne la zone euro. Les effets combinés des rachats massifs de dette par la Banque centrale européenne et du crédit bancaire ont permis une envolée des liquidités sur le marché depuis le début de l'année. "La partie la plus laborieuse de la reprise s'amorce désormais", relativise néanmoins Samy Chaar.

L'économiste ne voit pas le règlement de la dette grecque comme une menace. Il demeure convaincu qu'un compromis sera trouvé entre les créanciers et le gouvernement Alexis Tsipras. "Les Européens ne vont pas risquer la reprise pour les 6 mrd EUR que le pays doit encore payer cette année."

Sur la base de ces observations, Lombard Odier conseille de maintenir dans son portefeuille d'investissement une exposition au dollar et aux actions européennes. En zone euro, les crédits d'entreprises sont à privilégier face aux obligations d'Etat. La prudence est de mise sur l'euro.

En Suisse, la banque prône l'originalité et conseille le crédit d'entreprise en franc, l'immobilier résidentiel locatif ou encore les placements dans le 3e pilier.

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