Bilan

L’avenir appartient à la finance islamique

Lier systématiquement l’argent à l’économie réelle? Pour renouer avec le succès, les banques suisses feraient bien de se reconvertir dans des placements «sharia compatibles».

La finance islamique croît 50% plus vite que les autres produits bancaires traditionnels.

Crédits: Karim Sahib/AFP

La première obligation «sharia compatible» ne date pas d’hier. La toute première fut émise sous l’Empire ottoman – en 1775. Par la suite, les Allemands furent les premiers Européens à émettre une «sukuk», c’est-à-dire une obligation islamique. Ce contrat, lancé en 2004 par le gouvernement de Saxe-Anhalt, consistait en un véhicule dont l’objectif était de collecter des loyers et des rentes sur des actifs immobiliers.

En effet, comme le paiement des intérêts est prohibé selon la charia, les détenteurs de sukuks perçoivent une rémunération proportionnelle aux loyers, sachant que c’est l’ensemble du contrat qui est revendu à l’échéance afin de restituer aux investisseurs leur placement initial.

La grande spécificité d’une sukuk est qu’elle doit impérativement être corrélée à un actif sous-jacent générateur de revenus. On comprend mieux dès lors pourquoi les obligations islamiques sont essentielles à la stabilité financière.

En présence de telles règles, il est en effet impossible de contracter des dettes qui ne sont pas liées, amorties ou au moins partiellement équilibrées par des revenus à venir. Le respect de ce seul principe n’aurait-il pas évité l’hyperendettement de nombre de nos nations occidentales?

En outre, la morale n’aurait-elle pas été sauve avec des produits comme les «musharakah» ou les «mudarabah», qui autorisent certes l’encaissement de bénéfices, mais contraignent également tous les participants à partager les pertes éventuelles? Nous pensons immédiatement aux banques et à leur actionnariat ayant été secourus par l’argent du contribuable sans devoir en subir la moindre conséquence adverse… 

Dans ce monde de la finance islamique, comme l’argent est considéré pour ce qu’il est vraiment – un simple moyen de paiement – le degré de risque que sont prêts à assumer les investisseurs s’en retrouve considérablement amoindri.

Les actifs et les marchandises qui n’existent pas au moment de l’initiation du contrat ne peuvent tout simplement pas être vendus par anticipation! L’argent est donc toujours et en toutes circonstances lié à l’économie réelle.

Ce principe simple décourage ainsi fondamentalement la spéculation et exclut d’emblée tout produit dérivé, dont l’essence même est de traiter des actifs fantômes. C’est la crise des subprimes comme la crise de la dette souveraine en Europe qui auraient pu nous être épargnées, et c’est la volatilité exacerbée des marchés financiers, des matières premières et des denrées alimentaires qui aurait été nettement amoindrie si notre Occident s’était quelque peu inspiré de l’esprit de la finance islamique.

Une manne financière

Si la finance islamique ne compte aujourd’hui que pour 2% des actifs traités globalement, elle se développe néanmoins à une cadence 50% plus accélérée que les autres produits bancaires traditionnels. Les instruments sharia compatible – qui atteignent actuellement
2 trillions de dollars – commencent même à attirer des investisseurs non musulmans séduits par la sécurité et par la faible volatilité procurées par ces placements. Les investisseurs non musulmans sont même détenteurs de 80% des obligations islamiques dans
un pays comme la Malaisie!

Les Britanniques ayant bien perçu la manne financière, la City est actuellement le premier centre émetteur d’obligations islamiques hors du monde musulman. Aujourd’hui en pleine crise existentielle, le système bancaire genevois est néanmoins riche en infrastructures, en matière grise et bénéficie d’une rigueur enviée et reconnue du monde entier.

Une reconversion déterminée dans la finance sharia compatible serait pourtant exactement ce dont auraient besoin les banques suisses afin de renouer avec le succès. 

* Macro-économiste et directeur financier de Cristal Capital.

Michel Santi*

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