Bilan

L’Amazon des fintechs débarque en Suisse

Avec un financement de 66 millions mené par Index Ventures, l’application britannique Revolut est une sérieuse candidate pour devenir une plateforme bancaire qui compte.

Les fondateurs de Revolut, Vlad Yatsenko (devant à g.) et Nikolay Storonsky (devant à dr.) posent avec leur équipe.

Crédits: Dr

Réputées capables de remplacer les banques, nombre de fintechs ont diminué leurs ambitions. Beaucoup se contentent de numériser quelques fonctions financières. Au départ, Revolut, application lancée en 2015, n’a pas échappé à cette spécialisation. Anglais et Ukrainien d’origine, ses fondateurs Nikolay Storonsky et Vlad Yatsenko l’ont modelée en fonction de leur style de vie mondialisé. Evoluant entre leur siège de Londres et des bureaux en Europe de l’Est, ils ont imaginé une app de paiement globale sans frais de change.

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Cependant, si Revolut vient de lever 66 millions de dollars dans un tour de financement mené par le capital-risqueur genevois Index Ventures, c’est parce comme celui de son principal concurrent l’allemand N26, le modèle d’affaires de cette start-up a un autre potentiel. Celui de fondre en une seule application mobile tous les services financiers pour devenir une sorte d’Amazon de la banque.

«Au départ, l’application s’est concentrée sur une clientèle de voyageurs souhaitant profiter d’un taux de change favorable», raconte David de Picciotto, qui a d’abord découvert l’application en tant qu’utilisateur en arrivant en Angleterre pour ses études à l’Imperial College. Puis il a renoncé à un job chez Amazon pour développer le marché nord-américain de Revolut.

Zéro frais de change

L’app permet d’ouvrir des comptes dans seize devises différentes et de les créditer jusqu’à 5000 livres par mois sans les moindres frais de change. «Nous appliquons simplement le cours spot du marché interbancaire», poursuit Chad West, responsable de la communication. Personne sur le marché ne propose ce service à un prix aussi imbattable. Mais la très bonne idée a été de relier ces comptes à un IBAN pour l’alimenter d’un côté et de l’autre à une carte prépayée Mastercard pour régler les factures chez les commerçants ou retirer des billets au bancomat.

Ainsi, les 800'000 utilisateurs du service ont effectué plus de quatre milliards de dollars de transactions. Toutefois, cela ne suffit pas encore à distinguer Revolut de concurrents comme Ipagoo, Globcoin, Paytop et prochainement Ditto.

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L’innovation suivante a donc consisté à ajouter au service de transfert et de paiement une couche de wallet, un portefeuille numérique qui classe automatiquement les dépenses. Un paiement à la Migros va directement dans le budget épicerie, un autre à la station-service dans celui essence, etc. Outre une version premium pour les entreprises et son expansion internationale avec l’ouverture du marché suisse en juin dernier – et 10'000 utilisateurs depuis – c’est l’ajout de fonctionnalités pratiques pour les utilisateurs qui différencie Revolut.

De nombreuses fonctionnalités ajoutées

Sans réinventer la roue mais en agrégeant les services d’autres fintechs comme Lending Works pour les crédits à la consommation en Grande-Bretagne, Revolut étend progressivement son offre de services financiers: crédit, gestion de portefeuille, assurances, etc. Cette logique de plateforme connaîtra-t-elle le même succès que celle d’Amazon ou d’Alibaba dans le commerce de détail?

Difficile à affirmer. Mais quand tant de fintechs se concentrent sur une logique de silo, Revolut, de même que N26, séduit par l’universalité de ses services et une expérience utilisateur soignée. L’app britannique intègre d’innombrables astuces qu’elle n’a pas forcément inventées comme la possibilité de diviser entre convives le paiement d’une addition au restaurant, de sécuriser sa carte en associant l’autorisation de payer à sa géolocalisation en temps réel ou en la gelant (et la dégelant) instantanément depuis son mobile.

S’il est confirmé maintenant par celui des Suisses, l’enthousiasme des utilisateurs anglais suggère qu’on a peut-être trouvé un gagnant.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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