Bilan

L’âge d’or du private equity

Hans van Swaay, partenaire de Lyrique Private Equity*, signe pour Bilan une série d’articles qui vont explorer des sujets d’actualité liés au thème du private equity.
  • Crédits: Robert Thompson

Le domaine du private equity est resté longtemps méconnu. Pourtant, au cours des deux dernières décennies, les fonds de buyout, où sont concentrés la majeure partie des placements en private equity, ont surperformé les marchés boursiers, et ce presque partout dans le monde, des Etats-Unis à l’Europe occidentale en passant par l’Asie-Pacifique, selon Bain & Co. Aujourd’hui, ce domaine représente environ 3000 milliards de dollars d’actifs, dont 2000 milliards sont investis et 1000 milliards en réserve – la «dry powder» en langage d’initié. Le private equity est devenu une classe d’actifs à part entière, trouvant de plus en plus sa place dans les portefeuilles, les investisseurs de toute taille augmentant constamment leur exposition à ces actifs.

La plus grande partie de l’argent du private equity est consacrée au buyout, c’est-à-dire aux transactions par lesquelles des sociétés rentables changent de propriétaires. En 2017, Preqin, un des fournisseurs de données les plus connus dans cette industrie, dénombrait 4191 buyouts dans le monde pour une valeur totale de 347 milliards de dollars; autrement dit 83 millions de dollars en moyenne par transaction. Ce chiffre reste cependant encore bien au-dessous du pic de 696 milliards de dollars atteint en 2007. On peut donc en déduire que les investisseurs sont devenus plus prudents depuis la crise financière… 

Le venture capital, c’est-à-dire investir de l’argent dans des entreprises à fort potentiel pour financer leur croissance, affiche quant à lui un volume beaucoup plus élevé, avec 11 145 transactions, pour une valeur totale de 183 milliards de dollars. Toutefois, la valeur moyenne d’une transaction dans le domaine du venture capital, située aux alentours de 16 millions de dollars selon Preqin, est considérablement inférieure à celle que l’on retrouve dans le domaine des buyouts. Bain & Company notait qu’en 2017, le private equity représentait 13% du volume monétaire des fusions-acquisitions et 8% des transactions. Une proportion qui ne semble pas excessive et qui pourrait sans doute augmenter sans pour autant en déstabiliser les marchés. 

Un marché efficient

En se développant, le marché du private equity a non seulement gagné en maturité, mais aussi en efficience. Il est également devenu davantage prévisible du fait de la réduction des fluctuations extrêmes. Les acteurs de cette industrie ont notamment mis au point des outils, tels que le «100-day plan», permettant d’améliorer la performance des entreprises dans lesquelles ils investissent. 

Par ailleurs, nombreux sont les acteurs qui déploient des stratégies spécifiques par région. Il existe aujourd’hui environ 5500 sociétés de private equity dans le monde, dont les plus connues sont Blackstone, KKR, Apollo ou Carlyle aux Etats-Unis, et CVC, Apax ou EQT en Europe. Les plus grosses d’entre elles affichent plusieurs milliards de dollars d’actifs sous gestion; certaines sont même cotées en bourse (en général aux Etats-Unis). Ces entreprises sont devenues d’importants gestionnaires d’actifs très diversifiés alors que d’autres ont opté pour la spécialisation, sous des formes très diverses. Il existe également une pléthore de groupes de taille plus modeste mais d’excellente réputation qui se démarquent par leur stratégie de niche.

Ces fonds spécialisés se focalisent souvent sur une région, généralement un pays européen ou un petit nombre d’Etats aux Etats-Unis, sur un secteur, tel que les services financiers, ou sur un segment spécifique du private equity, telles les transactions secondaires.

Petits ou gros fonds, qui performe le mieux?

Un portefeuille de private equity soigneusement structuré, comprenant des segments et des «millésimes» différents, permet de réduire les risques grâce à la diversification, et accessoirement de surperformer les marchés. Le graphique ci-dessus illustre le profil risque/rendement médian des principales catégories de private equity. Les transactions secondaires affichent le meilleur rendement, alors que les fonds de fonds sont moins volatils mais aussi moins performants. Le segment des buyouts est intéressant dans la mesure où il offre un rendement relativement élevé ainsi que la capacité d’absorber des quantités importantes de capitaux.

A titre informatif, le plus gros fonds de buyouts au monde, levé cette année par Apollo, a atteint la somme impressionnante de 25 milliards de dollars. Les meilleurs fonds ont cependant toujours été difficiles d’accès, du fait de leur relative petite taille et du fait qu’ils sont souvent réservés à des investisseurs de longue date. Cette situation pourrait être en train de changer à mesure que le venture capital «traditionnel» s’oriente de plus en plus vers la croissance, à travers des fonds géants, à l’instar du fonds de 100 milliards de dollars récemment lancé par le PDG de Softbank, Masayoshi Son.

Conjointement, l’engouement actuel pour ces fonds de buyouts de plus en plus gros prive les fonds de taille plus modeste d’investisseurs dont ils auraient grand besoin. Pourtant, ces derniers sont souvent fort attractifs, dans la mesure où ils préparent des PME à être acquises par des acheteurs stratégiques ou par des sociétés de private equity plus grandes, et cela à des multiples très intéressants. Certains faits laissent également penser que les petits fonds résisteraient mieux à la crise que les gros.  

Plus de 5500 sociétés actives

Aujourd’hui, tout investisseur désireux de structurer un portefeuille correctement diversifié se doit de prendre sérieusement en considération le private equity. Le secteur a fait ses preuves et, avec plus de 5500 sociétés actives sur le marché, le choix ne manque pas. Mais à moins d’avoir des connaissances très pointues dans un secteur donné et beaucoup de temps à disposition, l’investisseur passif préférera investir à travers un fonds. Dans la mesure où le private equity permet aux investisseurs d’accéder à des PME performantes et des entrepreneurs triés sur le volet, cette classe d’actifs a plus que du sens aujourd’hui.

* Lyrique Private Equity est une société d’investissement active dans le private equity depuis 1987. 

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