Bilan

Journée noire pour les marchés européens, en fort recul

Zurich, Paris, Amsterdam, Londres, Milan.... Les bourses européennes ont clôturé en forte baisse mercredi soir, suite à de nouvelles inquiétudes sur la zone euro et la publication de chiffres décevants pour plusieurs indicateurs américains.

La Bourse d'Athènes a dégringolé mercredi pour le deuxième jour consécutif, avec un indice général en baisse de 5,7% mardi puis 6,25% mercredi, témoignant des inquiétudes sur la capacité de la Grèce à se sortir de la crise sans nouvelle aide.

Crédits: ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Les marchés financiers ont perdu pied mercredi, déboussolés par la résurgence des peurs sur la zone euro, la publication de mauvais chiffres faisant craindre une reprise américaine pas si solide que cela et l'apparition de nuages venus de Chine.

Le feu couvait depuis plusieurs jours mais l'incendie s'est déclenché à Wall Street, qui a subitement décroché dans l'après-midi, allant jusqu'à perdre plus de 2% et provoquant une débâcle en Europe.

La Bourse de Paris a concédé 3,63% en clôture, Francfort 2,87%, Londres 2,83% et Milan 4,44%. Athènes s'est effondré de 6,25%.

Le SMI a aussi terminé en recul de 2,32% à 8144,88 points, avec un plus bas du jour à 8085 points. Le SLI a cédé 2,5% à 1201,65 points et le SPI 2,25% à 8013,85 points. Les trente blue chips ont fini dans le rouge.

"C'est une panique irraisonnée qui intervient dans un mouvement de baisse à l’œuvre depuis quelques séances", a résumé pour l'AFP Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque.

"Les marchés américains étaient déjà attendus en baisse à l'ouverture avant même ce triple loupé sur les indicateurs américains, mais une fois la cloche sonnée (pour marquer le début de la séance), ce fut une mer de rouge", à mesure que les indices chutaient, a commenté Michael Hewson, analyste chez CMC Markets, à Londres.

Trois indicateurs ont été publiés mercredi outre-Atlantique et tous les trois ont été mauvais:  les ventes de détail ont marqué en septembre leur premier recul depuis janvier, l'activité industrielle a fortement ralenti dans la région de New York et les stocks des entreprises ont progressé.

L'économie américaine semble s'inscrire sur "une trajectoire de croissance modeste", a commenté Steven Ricchiuto de Mizuho Securities. 

Problème: l'économie américaine est le moteur de l'économie mondiale, dont la montée en régime permettait de compenser un peu les ratés en Europe.

Depuis le début du mois, les Bourses reculaient à mesure que grossissaient les doutes sur la zone euro, engluée entre stagnation et déflation.

De mauvais indicateurs allemands ont alimenté la spirale négative, le roc allemand apparaissant fissuré.

 

"Un carnage"

"Ce fut un carnage aujourd'hui sur les marchés européens, frappés par un torrent de déception", pour M. Hewson.

Les marchés "attendent plus de la part de l'Europe" confrontée à "la baisse de la croissance, la baisse de l'inflation et le ralentissement récent de l'Allemagne", a commenté pour l'AFP Alexandre Baradez, analyste chez IG France.

"Cela ne va pas bien, notamment en Europe, mais essentiellement parce que les marchés ne savent pas où on va", selon M. Dembik.

Les investisseurs, fuyant les marchés actions, se sont rués sur certains des actifs les plus sûrs du monde, les obligations à 10 ans américaines, allemandes et, dans une moindre mesure, françaises qui ont vu leur rendement - qui évolue en sens inverse de la demande - casser des planchers.

A contrario, les titres des pays périphériques et fragiles ont été délaissés, entraînant des forte hausse des rendements pour la Grèce, l'Espagne ou l'Italie.

 

Banques centrales en rempart

Classiquement, l'or, traditionnelle valeur refuge, montait nettement à 1244 dollars l'once.

Mais la retraite reste pour l'instant à peu près ordonnée, les grandes banques centrales, Réserve fédérale américaine et Banque centrale européenne, ayant tout fait jusqu'ici pour soutenir leurs économies.

"Un krach ne pourrait intervenir que si les banques centrales, comme la Fed et la BCE, brouillent du jour au lendemain les signaux", dit M. Dembik.

Mais au delà du phénomène de baisse, les performances des marchés traduisent avant tout le sentiment général que l'économie mondiale est fragile, comme l'a souligné la semaine dernière le Fonds monétaire international en révisant à la baisse ses prévisions de croissance, et que les risques sont nombreux, comme l'épidémie Ebola par exemple.

 

Pétrole en recul

La baisse des marché touche également les matières premières.

Le pétrole continuait de reculer mercredi, après avoir même perdu près de 4 dollars en une seule séance la veille, lesté par des prévisions sur l'économie mondiale, puisque l'Agence internationale de l'énergie a revu à la baisse sa prévision de demande de brut, baromètre de l'activité économique.

"La révision à la baisse des perspectives de croissance de consommation de pétrole pour 2014 et 2015 par l'AIE mardi était bien plus forte que prévu", a relevé Matt Smith, de Schneider Electric.

De même, les matières premières, dont la consommation (et donc le prix) évolue en lien étroit avec la production industrielle des grands pays, sont aussi sur une tendance à la baisse marquée depuis plusieurs semaines.

Enfin, un vent mauvais pourrait souffler de l'Est: l'inflation en Chine a nettement ralenti en septembre, à son plus bas niveau depuis près de cinq ans.

Cela peut venir renforcer les craintes de tensions déflationnistes sur fond de conjoncture morose dans la deuxième économie mondiale, qui doit publier ses chiffres de la croissance mardi.

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