Bilan

Investir: les recettes de Warren Buffett

En cinquante ans, le «Sage d’Omaha» a bâti un gigantesque empire, qui l’a rendu milliardaire. Décryptage d’une méthode originale.
  • Sur scène, lors d’une soirée célébrant les femmes leaders.

    Crédits: Paul Morigi/Getty Images
  • Acheté en 1972 pour 25  millions de dollars, See’s Candies a rapporté près de 2  milliards. de bénéfices avant impôt

    Crédits: Dr

On dirait que Warren Buffett invalide les lois du marché. Depuis que le «sage d’Omaha» a repris Berkshire Hathaway il y a un demi-siècle, la société qui fut naguère une fabrique de textile en crise est devenue l’un des plus grands groupes mondiaux, avec une valorisation boursière de 360  milliards de dollars. Le cours de l’action a grimpé en moyenne de 21,6% par an, dépassant largement l’indice de référence américain S&P 500. 

Celui qui, en 1965, aurait investi 1 dollar dans Berkshire aurait aujourd’hui gagné plus de 18 000 dollars. Selon le magazine économique Forbes, avec ses 73  milliards de dollars, Warren Buffett est le troisième homme plus riche du monde. Mais comment s’y est pris ce sociable vieillard de 85 ans, qui évoque davantage le chef de rayon retraité d’une chaîne d’articles de ménage qu’un milliardaire, pour accumuler autant d’argent en un demi-siècle?

Pour Buffett, devenir riche était un rêve d’enfant. Fils d’un courtier en actions d’Omaha, il a précocement montré une activité assidue et, à 11 ans, il achetait sa première action Cities Service. Etudiant, il fut le meilleur élève du fameux investisseur «value» Benjamin Graham. Sûr de la philosophie d’investissement de son maître, il fonda en 1956 sa première société, Buffett Associates. 

Sans cesse en quête de sociétés sous-évaluées, il allait s’intéresser, au début des années 1960, à Berkshire Hathaway. Ce fabricant de textile de Nouvelle-Angleterre luttait pour sa survie et était contraint de vendre une usine après l’autre.

Mais avec les gains, il rachetait ses propres titres et Buffett y subodora l’opportunité d’un rapide profit. «Acheter cette action était comme ramasser par terre un mégot de cigare: bien que spongieux et repoussant, il procure gratuitement une dernière taffe», écrit Buffett dans sa lettre aux actionnaires de cette année.

Mais au lieu d’extraire la dernière taffe du mégot, Buffett ne voulut pas se séparer de sa participation. Il se sentait floué par le patron de l’entreprise. Il ne cessa d’étoffer sa position jusqu’à ce que, en mai 1965, il en prit le contrôle effectif. Berkshire demeura certes encore vingt ans dans le textile, mais l’objectif de l’entreprise s’était modifié de fond en comble. Début 1967, elle reprit l’assureur National Indemnity, domicilié à Omaha, ce qui jeta les bases d’une expansion inouïe.

«Les assurances étaient ma force. Je comprenais et j’aimais cette branche», se rappelle Warren Buffett. Dans ce secteur, il trouvait surtout fascinant ce qu’il nomme le «float»: le flux de primes continu qu’il pouvait utiliser pour d’autres investissements. Dans la collection de plus de 80 entreprises de Buffett, le secteur de l’assurance reste aujourd’hui encore le joyau de la couronne.

Reste que, tout seul, il aurait eu de la peine à édifier son gigantesque empire. Une bonne partie de son succès est l’œuvre de l’avocat Charles Munger, qui a donné à Buffett l’impulsion pour un changement de stratégie décisif. «Dans les premières années du règne de Warren Buffett, Berkshire Hathaway était confronté à une lourde tâche: faire d’un petit bric-à-brac de participations un grand groupe efficace», se souvient Charles Munger qui est resté le meilleur ami de Buffett et fonctionne comme vice-président.

Coca-Cola et Wells Fargo

Au lieu de chercher de bonnes affaires à court terme, Berkshire mise désormais sur des entreprises de qualité élevée et se montre prêt à y mettre le prix. L’exemple par excellence est See’s Candies: acheté en 1972 pour 25  millions de dollars, ce fabricant de sucreries s’est avéré un investissement hautement profitable.

Il a rapporté à Berkshire, depuis, près de 2  milliards de bénéfices avant impôt. De l’argent que Warren Buffett a pu utiliser pour racheter d’autres entreprises et pour étoffer son portefeuille de participations à l’aide de groupes mondialisés comme Coca-Cola, American Express et Wells Fargo.

La condition d’une telle stratégie est d’avoir un bilan parfaitement sain. Berkshire détient au moins 20  milliards en liquide pour pouvoir attaquer au bon moment de toutes ses forces. La dernière fois, cela s’est produit au beau milieu de la crise financière. «Nous étions pratiquement les seuls à être en mesure de soutenir le système», a dit Warren Buffett à l’assemblée générale. A l’automne 2008, il a investi au total près de 16  milliards de dollars dans des entreprises et permis à des poids lourds tels que General Electric, Goldman Sachs, Dow Chemical, Swiss Re et, plus tard, Bank of America, de survivre. 

Irremplaçable?

Désormais, Berkshire est si grand qu’il devient toujours plus difficile de maintenir le rythme de la croissance. Cela explique peut-être pourquoi Warren Buffett s’allie plus souvent avec le magnat brésilien du private equity Jorge Paulo Lemann et sa société 3G Capital. Ensemble, ils ont mis en route des transactions à hauteur de plusieurs milliards, comme les reprises de Heinz et de Kraft Foods. Mais ce qui compte le plus, c’est de savoir ce qu’il adviendra de Berkshire quand Buffett et Munger laisseront leur place. Quand bien même la succession est organisée à l’interne, leur instinct unique pour les investissements hautement profitables paraît impossible à remplacer. 

Christoph Gisiger

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