Bilan

Investir avec les as de l’obligataire

DoubleLine, bâti sur le talent du trader Jeff Gundlach, a conçu un produit qui combine sa surperformance obligataire réputée à celle du marché actions.
  • Jeffrey Sherman (à g.) et Ronald Redell, de DoubleLine, étaient de passage à Genève, invités par la Banque Bonhôte.

    Crédits: David Huc

C’est l’histoire d’une équipe de gérants spécialisés dans les obligations, menés par un trader de légende. Leur particularité: ils ont su, jusqu’ici, vendre quand il fallait vendre. Le dire est une chose, le faire en est une autre. DoubleLine, société californienne créée en décembre 2009, l’a prouvé par les performances de son équipe, avant et après la crise des subprimes. 

La firme est en effet née d’une équipe ayant fait défection. Le fondateur de DoubleLine Jeffrey Gundlach, surnommé en 2011 «King of bonds» par Barron’s,  et ses associés étaient des traders chez TCW, gérant de fonds alors détenu par Société Générale. Ils y géraient jusqu’à 70 milliards d’actifs. «Le fonds obligataire phare rapportait plus de 20% en 2009, avant qu’on ne quitte la firme, et notre principal hedge fund affichait 60% de gains», expliquent Jeffrey Sherman, responsable adjoint des investissements, et Ronald Redell, président de DoubleLine Funds, qui étaient récemment invités par la Banque Bonhôte en Suisse. 

Le 4 décembre 2009, Jeffrey Gundlach quitte TCW. Une équipe de 45 personnes finit par le suivre. Ils fondent DoubleLine, qui signifie «double ligne», en référence aux lignes de sécurité routière qu’il est interdit de franchir. «Le concept est de gérer le risque de façon stricte et de ne pas s’emballer pour la dernière mode», souligne Jeffrey Sherman. 

Aujourd’hui, le groupe gère 101 milliards de dollars et se concentre sur la gestion obligataire sophistiquée.  Son Total Return Bond Fund lancé en avril 2010 détient 55 milliards d’encours totaux et affiche une performance moyenne de 4% sur cinq ans, soit mieux que l’indice de référence de Bloomberg Barclays, selon Morningstar. Ses stratégies se basent sur les titres adossés à des hypothèques (MBS), les titres d’entreprises et d’Etats, y compris dans les pays émergents, les titres du Trésor et agences US, les matières premières et les actions.  

Depuis sa fondation, DoubleLine a connu la plus rapide croissance que son secteur ait vue depuis vingt-cinq ans. Peu d’acteurs ont réussi l’exploit de passer de 0 à plus de 100 milliards sous gestion en sept ans. La société emploie 200 personnes et appartient à 23% à Oaktree Capital, firme de gestion créée en 1995. Derrière cette croissance des avoirs, le talent de Jeff Gundlach, leader d’opinion dans le monde de l’investissement.

Son fait d’armes: avoir annoncé en juin 2007 lors d’un colloque de Morningstar que la crise des subprimes était un «désastre complet qui allait encore empirer», et d’avoir évité, lorsqu’il était chez TCW, ce marché devenu toxique, pour miser ensuite sur les chutes vertigineuses de prix des titres hypothécaires.

Selon ses représentants, l’équipe de DoubleLine n’a jamais détenu de titres adossés à des hypothèques non garanties par l’Etat avant la crise. Ses gérants ont en revanche fait partie des traders qui ont osé acheter dès 2009 ces titres, lorsque leur valeur était pratiquement à zéro. Ils n’ont pas seulement acheté des titres défaillants, mais aussi des hypothèques de qualité dont les prix étaient bradés, ainsi que des hypothèques garanties par l’Etat. Ont-ils anticipé que la Fed allait massivement, à travers les assouplissements quantitatifs, acheter les titres subprimes et ainsi recréer un marché à l’aide de sa seule planche à billets? «Non, répondent Jeffrey Sherman et Ronald Redell. Nous avons reconnu un fait: que les taux d’intérêt allaient baisser.» 

Stratégies «smart bêta» pointues

Aujourd’hui, DoubleLine vise l’Europe. Son expansion y est menée depuis 2012 avec un partenariat conclu avec Nordea. Depuis, DoubleLine a lancé une gamme de fonds UCITS à destination du marché européen. Les fonds UCITS sont des fonds alternatifs soumis aux règles de l’UE, qui leur imposent une volatilité limitée et des stratégies peu risquées pour convenir aux investisseurs moins avertis.

Deux nouvelles stratégies sont proposées par la firme californienne pour le marché européen: d’une part, le fonds DoubleLine Short Duration, qui cherche à apporter des solutions pour la gestion de trésorerie actuellement pénalisée par des rendements faibles, voire négatifs; et d’autre part, le fonds DoubleLine Enhanced Shiller CAPE, qui vise à surperformer le S&P 500 en utilisant deux composantes de rendement, la première en actions et la seconde en obligations.

La méthode CAPE, ou «Cyclically Adjusted Price/Earnings ratio», est utilisée afin d’identifier les secteurs sous-évalués du marché actions et de procéder à une rotation systématique de la première composante du portefeuille. Une théorie développée par le Dr Shiller, Prix Nobel d’économie 2013 également à l’origine du fameux indice immobilier Case-Shiller.

Concernant la seconde composante, la stratégie obligataire de DoubleLine permet de son côté d’identifier les segments obligataires sous-évalués. Au total, un dollar investi dans la stratégie principale permet d’obtenir une exposition optimale aux deux marchés actions et obligations.

DoubleLine a conclu un partenariat avec Barclays depuis 2012 pour lancer un fonds passif utilisant la stratégie CAPE sur les actions américaines. C’est encouragés par son succès que DoubleLine a développé son produit combiné. En 2016, la stratégie Enhanced CAPE a surperformé de 9% les stratégies équivalentes sur les deux marchés (voir graphique). Depuis son lancement, cette dernière a délivré
518 points de surperformance par an entre octobre 2013 et fin 2016.

Les frais (TER) sont de 64 points de base pour les institutionnels, et de 80 pb pour la version UCITS. Les stratégies de DoubleLine seront distribuées en Suisse par Bonhôte dès leur enregistrement auprès de la FINMA.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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