Bilan

Investir au Moyen-Orient, du potentiel et du risque

Trois ans après les printemps arabes, Bilan dresse un panorama des économies arabes et de leurs multiples opportunités dans les secteurs de l’énergie, de l’infrastructure et de la consommation.

Egypte: le deuxième canal de Suez, un projet à l’origine d’un boom industriel.

Crédits: Kristian Helgesen/Bloomberg via Getty Images

Depuis l’agitation des printemps arabes, le Moyen-Orient était pour ainsi dire sorti du radar des investisseurs. Qu’en est-il aujourd’hui, trois ans après les événements? Clairement, le monde des affaires amorce un retour vers la région. Des entreprises et des missions commerciales, notamment anglo-saxonnes, redeviennent actives dans le Golfe ou en Egypte. De projet d’infrastructure en investissement énergétique, en passant par le vaste marché du commerce de détail, les pays du Moyen-Orient recèlent un vaste potentiel pour les entreprises et les contractants désireux de décrocher de grands marchés. 

Bilan dresse un rapide panorama des pays et des secteurs les plus intéressants.  «N’importe quel pays, à n’importe quel moment, présente des opportunités ainsi que des risques: il n’y a qu’à voir la Suisse avant et après le 15 janvier 2015, souligne Magdi Farahat, ancien chef négociateur auprès de l’OMC et de la Cnuced pour l’Afrique et le monde arabe. Il estime que pour l’investisseur prêt à prendre quelques risques et un horizon suffisamment long des opportunités existent qui sont du même ordre que celles qui existaient en Russie en 1992, et qui ont fait des milliardaires aujourd’hui.

Pays du Golfe: l’Arabie saoudite

Dans ces économies pétrolières, le secteur privé est le moteur. L’Etat soutient uniquement les infrastructures. Au milieu de cet ensemble opulent, l’Irak se distingue comme le marché de loin le plus risqué. Aux risques correspondent les opportunités: «Il s’agit d’un des pays les plus sous-bancarisés du monde, avec un ratio crédit-PIB qui figure parmi les plus bas, souligne Magdi Farahat. Le taux de pénétration des banques y est d’à peine 3-4% du PIB irakien.» 

Dans le reste du Golfe, il n’y a pas eu de Printemps arabe, sauf des tensions au Bahreïn, où vit une majorité de musulmans chiites. Malgré le plongeon des prix du pétrole, les réserves dont disposent ces pays sont si élevées, qu’ils peuvent surmonter pratiquement toutes les crises. La moitié des fonds souverains du monde sont situés dans le Golfe, qui recèle un trésor de guerre totalisant 2500 milliards de dollars.

En particulier, presque tous les pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis (EAU) et Oman, ont consacré une partie de leurs excédents à prévenir les crises sociales en augmentant les subventions aux familles et à l’éducation, et en augmentant les salaires afin d’opérer une forme de redistribution de richesses préventive. Les pays du Golfe, selon les experts, n’ont pas su diversifier leurs économies pétrolières.

Mais pour l’investisseur suisse, le marché des actions saoudien offrira cette année des opportunités, avec son ouverture aux investisseurs étrangers. Incontournable désormais, il pèsera pratiquement autant que la Russie dans l’indice MSCI des marchés émergents. A travers la Bourse saoudienne, l’investisseur peut prendre part à l’essor massif des investissements publics dans l’infrastructure, le logement, l’éducation et la santé.  

Le Levant: la Jordanie

Dans la région du Levant, la Jordanie se détache comme étant l’économie la plus dynamique, alors même qu’elle ne dispose pas de pétrole, ni de véritable front de mer. Pourtant, les experts relèvent le succès économique de la Jordanie et la facilité d’y faire du business. D’abord, parce que le pays a su se préserver de l’instabilité politique présente tout autour de lui. Ensuite, le roi Abdallah II a rapidement cherché à contenir les tensions sociales en introduisant des contre-pouvoirs au Parlement.

Enfin, grâce à sa connectivité sans égale à l’économie de la région, dont l’Irak occidental, la Syrie du Sud, Israël et la Cisjordanie, sans compter ses liens ethniques forts avec les tribus saoudiennes. La Jordanie reste, toutefois, un petit marché, moins peuplé que la Suisse.

Le Maghreb: le Maroc

Dans les pays du Maghreb, les fortes tensions du Printemps arabe ont laissé la place à un climat politique plus serein. «La Tunisie connaît un nouveau départ, avec une nouvelle constitution, souligne Sébastien Hénin, responsable de l’Asset Management à la société The National Investor à Abu Dhabi. Son avantage est d’être un marché composé d’une importante classe moyenne.»  La Tunisie dispose là d’un avantage clé comparé à l’Algérie, où Alger apparaît comme une métropole au milieu d’une périphérie paupérisée, qu’il s’agit d’apaiser par des subventions, des logements et de l’emploi.

Le Maroc également a ajusté sa constitution pour permettre la pluralité politique. Aujourd’hui, c’est un pays qui a réussi à devenir un moteur économique de l’Afrique de l’Ouest, dans les secteurs des télécoms, de la banque et des sociétés minières. 

Egypte: boom portuaire

«L’Egypte et le Soudan sont les pays qui offrent le plus de potentiel», estime Magdi Farahat, selon lequel c’est le bon moment pour investir en Egypte. 

Avec sa population de 85 millions d’habitants et sa classe moyenne émergente, l’Egypte est l’un des marchés frontières le plus attrayants. Outre les nouveaux projets gaziers, l’Egypte se profile comme un grand marché pour l’énergie solaire et éolienne, que la Chine et les Etats-Unis s’activent déjà en vue d’exploiter. Le nouveau canal de Suez, un énorme projet industriel et touristique, qui a coûté 8,2 milliards de dollars, attire déjà des contrats de compagnies étrangères spécialisées dans l’infrastructure.

Mais c’est surtout le projet de hub de marchandises mondial qui est en passe de faire vivre cette zone, avec la création d’un ou plusieurs nouveaux ports pour les matières sèches (de blé, notamment). Ce projet s’accompagne de celui de chemins de fer pour les marchandises, de routes, de centrales électriques, de logements et de recyclage de déchets, des projets qui font de l’Egypte le nouvel eldorado de l’infrastructure.

Soudan: haut potentiel

Le Soudan est potentiellement un nouveau Brésil, Argentine ou Mexique. Il dispose à lui seul de plus de terre arable que le reste du Moyen-Orient. Son potentiel agricole dépasse celui même de l’Egypte. Des terres fortement sous-exploitées, et des sous-sols riches en pétrole et en minerai non encore explorés. Le hic, c’est bien sûr les politiques gouvernementales peu accueillantes pour les affaires, qui impliquent une certaine prise de risque pour qui veut s’engager dans ce pays. «En affaires, il faut suivre quatre étapes, préconise Magdi Farahat: «Go, See, Compare, Negotiate.»  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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