Bilan

Initiative "monnaie pleine": l'ASB avertit sur les conséquences négatives

Pour l'ASB, une étude montre que l'initiative "monnaie pleine" ignore les connaissances économiques actuelles, et que sa mise en oeuvre aurait des impacts négatifs sur l'économie suisse.

L'introduction de la monnaie pleine aurait un effet déstabilisateur, accroissant le risque bancaire et réduisant la marge de manoeuvre de la BNS.

Crédits: Keystone

L'Association suisse des banquiers (ASB) estime que l'introduction d'un système de "monnaie pleine" comme le prévoit l'initiative éponyme aurait des effets négatifs sur l'ensemble de l'économie helvétique. "La réforme impacterait au premier chef les titulaires de comptes, qui devraient financer les coûts élevés liés à la détention de monnaie pleine", explique la faîtière dans un communiqué, s'appuyant sur une étude mandatée par ses soins publiée mardi.

Pour l'ASB, l'étude du professeur Philippe Bacchetta intitulée "The sovereign money initiative in Switzerland: an assessment" montre que l'initiative "monnaie pleine", qui devrait être soumise au verdict populaire dans le courant de l'année prochaine, ignore les connaissances économiques actuelles, et que sa mise en oeuvre aurait "des impacts négatifs significatifs sur l'économie suisse".

En substance, le professeur d'économétrie et d'économie politique à l'Université de Lausanne reproche à l'initiative d'être "dénuée de tout fondement scientifique" et de s'appuyer sur des réflexions et des arguments "contraires aux évidences empiriques et à la logique économique".

Le système tel que préconisé par la réforme aurait pour effet notamment de générer "des coûts supplémentaires pour les détenteurs de comptes en réduisant les produits d'intérêts" et de comprimer les marges des instituts financiers. L'économiste estime que ces coûts, auxquels s'ajouteraient les pertes fiscales pour la Confédération, se monteraient à 0,8% du produit intérieur brut (PIB).

Risque de déstabilisation

L'introduction de la monnaie pleine aurait par ailleurs un effet déstabilisateur sur l'économie, accroissant le risque bancaire et réduisant la marge de manoeuvre de la Banque nationale suisse (BNS) en matière de politique monétaire, affirme l'auteur de l'étude commandée par la faîtière mais réalisée "dans le respect du critère d'indépendance", lit-on dans le communiqué de l'ASB.

"De manière aussi imprudente qu'irresponsable, (l'initiative) compromettrait l'emploi, les recettes fiscales, la sécurité du système économique et la prospérité en Suisse", dénonce la faîtière, mettant en garde contre le risque pour la Suisse de faire "cavalier seul". Le système de la monnaie pleine priverait les banques de leur fonction primordiale en rendant le financement des crédits et des hypothèques plus difficile, selon l'ASB.

"Le système financier actuel, tel qu'il est, fonctionne bien", assure Claude-Alain Margelisch, directeur général (CEO) de la faîtère, cité dans le communiqué. Selon lui, le modifier reviendrait à se lancer "dans une expérimentation aux conséquences imprévisibles pour les clients des banques comme pour l'économie suisse".

A l'automne 2016, le Conseil fédéral a recommandé au Parlement de rejeter l'initiative, sans présenter de contre-projet. Le Conseil des Etats, en sa qualité de conseil prioritaire, examinera l'initiative lors de sa session d'automne 2017.

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